‹ Les Œuvres de François RabelaisChapitre 8 sur 409 · Gargantua · 6

Gargantua · 6

vlx tenens ces menuz propos de beuuerie, Gargamelle commença ſe porter mal du bas. Dont Grandgouſier ſe leua deſſus l’herbe, & la reconfortoit honeſtement, penſant que ce feut mal d’enfant, & luy diſant qu’elle s’eſtoit là herbée ſoubz la ſaulſaye, & qu’en brief elle feroit piedz neufz, par ce luy conuenoit prendre couraige nouueau au nouuel aduenement de ſon poupon, & encores que la douleur luy feuſt quelque peu en faſcherie, toutesfoys que ycelle ſeroit briefue, & la ioye qui touſt ſuccederoit, luy tolliroit tout ceſt ennuy : en ſorte que ſeulement ne luy en reſteroit la ſoubuenance. Couraige de brebis (diſoyt il) depeſchez vous de ceſtuy cy, & bien touſt en faiſons vn aultre. Ha (diſt elle) tant vous parlez à voſtre aize, vous aultres hommes. Bien de par dieu ie me parforceray, puis qu’il vous plaiſt. Mais pleuſt à dieu que vous l’euſſiez coupé. Quoy ? diſt Grandgouſier. Ha (diſt elle) que vous eſtes bon homme, vous l’entendez bien. Mon membre (diſt il) ? ſang de les cabres, ſi bon vous ſemble, faictes apporter vn couſteau. Ha (diſt elle ia dieu ne plaiſe. Dieu me le pardoint, ie ne le dis de bon cueur : & pour ma parolle n’en faictes ne plus ne moins. Mais ie auray prou d’affaires auiourd’huy, ſi dieu ne me ayde, & tout par voſtre membre, que vous feuſſiez bien ayſe.

Couraige, couraige (diſt il) ne vous ſouciez au reſte, & laiſſez faire au quatre bœufz de deuant. Ie m’en voys boyre encores quelque veguade. ſi ce pendent vous ſuruenoit quelque mal, ie me tiendray pres : huſchant en paulme ie me rendray à vous.

Peu de temps apres elle commença à ſouſpirer, lamenter & crier. Soubdain vindrent à tas ſaiges femmes de tous couſtez. Et la taſtant par le bas, trouuerent quelques pellauderies aſſez de mauluais gouſt, et penſoient que ce feuſt l’enfant, mais c’eſtoit le fondement qui luy eſcappoit, à la mollification du droict inteſtine, lequel vous appellez le boyau cullier, par trop auoir mangé des tripes, comme auons declairé cy deſſus.

Dont vne horde vieille de la compaignie, laquelle auoit reputation d’eſtre grande medicine, & là eſtoit venue de Brizepaille, d’aupres Sainct Genou, deuant ſoixante ans, luy feiſt un reſtrinctif ſi horrible que tous ſes larrys tant feurent oppilez & reſerrez, que à grande poine, auecque les dentz, vous les euſſiez eſlargiz, qui eſt choſe bien horrible à penſer. Meſmement que le diable à la meſſe de ſainct Martin, eſcripuant le quaquet de deux gualoiſes, à belles dentz alongea ſon parchemin.

Par ceſt inconuenient feurent au deſſus relaſchez les cotyledons de la matrice, par leſquelz ſurſaulta l’enfant, & entra en la vene creuſe, & grauant par le diaphragme iuſques au deſſus des eſpaules (ou ladicte vene ſe part en deux) print ſon chemin à gauche, & ſortit par l’aureille ſeneſtre.

Soubdain qu’il fut né, ne cria comme les aultres enfans, mies, mies. Mais à haulte voix ſ’eſcrioit, à boire, à boire, à boire, comme inuitant tout le monde à boire. ſi bien qu’il fut ouy de tout le pays de Beuſſe & de Bibaroys.

Ie me doubte que ne croyez aſſeurement ceſte eſtrange natiuité. Si ne le croyez, ie ne m’en ſoucie, mais vn homme de bien, vn homme de bon ſens, croit touſiours ce qu’on luy dict, & qu’il trouue par eſcript.

Eſt ce contre noſtre loy, noſtre foy, contre raiſon, contre la ſaincte eſcripture ? De ma part, ie ne trouue rien eſcript es bibles ſainctes qui ſoit contre cela. Mais ſi le vouloir de Dieu tel euſt eſté, diriez vous qu’il ne l’euſt peu faire ? Ha pour grace, ne emburelucocquez iamais vos eſpritz de ces vaines penſees, car ie vous diz, que à Dieu rien n’eſt impoſſible. Et s’il vouloit les femmes auroient doreſnauant ainſi leurs enfans par l’aureille.

Bacchus ne fut il engendré par la cuiſſe de Iupiter ?

Rocquetaillade naſquit il pas du talon de ſa mère ?

Crocquemouche de la pantofle de ſa nourrice ?

Minerue naſquit elle pas du cerueau par l’aureille de Iupiter ?

Adonis par l’eſcorce d’vn arbre de mirrhe ?

Caſtor & Pollux de la cocque d’vn œuf pont & eſclous par Leda ?

Mais vous ſeriez bien d’aduantaige eſbahys & eſtonnez ſi ie vous expouſoys preſentement tout le chapitre de Pline, auquel parle des enfantemens eſtrange, & contre nature. Et toutesfoys ie ne ſuis poinct menteur tant aſſeuré comme il a eſté. Liſez le ſeptieſme de ſa naturelle hiſtoire, capi. iij, & ne m’en tabuſtez plus l’entendement.

Tenez : mettez ſur voſtre pis
La vie qui cy eſt eſcripte :
Elle eſt de ſainte Marguerite ;
Si ſeres tantoſt deliuree.

.... Sainct Genou
Près Sainct-Iulian des Vouentes,
Marches de Bretaigne ou Poictou.

Notez en l’egliſe de dieu
Femmes enſemble caquetoyent.
Le dyable y eſtoit en vng lieu,
Eſcripuant ce quelles diſoyent.
Son rolet plain de point en point,
Tire aux dens pour le faire croiſtre :
Sa prinſe eſchappe & ne tient point ;
Au pilier seſl heurté la teſte.

Si les enfans qu’on fait, ſe faiſoient par l’oreille.

(L’Eſcole des femmes, acte I, sc. 1. Lemerre, Petite bibliothèque littéraire, t. II)

Fede è fuſtanzia di coſe ſperate,
Ed argomento delle non parventi.