V.
L'oeil est un glauque aquarium d'eau somnolente: Tranquillité, repos apparent, calmes plis Comme ceux qui s'éternisent dans les surplis; Puis tout à coup un trouble, une ascension lente D'un désir qui vient faire une blessure à l'eau, Moires d'une blessure élargie en halo. Ce désir s'évapore; un autre lui succède. Chacun des mouvements de l'âme en cette eau tiède Est une ombre sous des vitres qui disparaît; En fuite comme avec des nageoires, l'ombre erre Et s'argente dans la transparence du verre. Aquarium peuplé de songes en arrêt! Une pensée y nage à peine définie Et retourne dormir dans des varechs couchés Parmi les minéraux du crâne et ses rochers. Une autre pensée ose -- et c'est une actinie Ouvrant dans la prunelle un coquillage-fleur, Mais qu'on l'effleure, il se reclôt avec douleur!
Paysage qui change à tout instant: pensées Qui sont des poissons noirs, des perles nuancées, Des monstres froids ou des infiniment petits, Corpuscules dans le fond de l'être blottis; Embryons de projets, vagues germes de rêves, Émergeant d'on ne sait quel abîme mental, Qui montent jusqu'à l'oeil en assomptions brèves Et viennent animer cet écran de cristal.