‹ L’Esclavage des noirs ou l’Heureux NaufrageChapitre 15 sur 35 · Scène IV.

Scène IV.

M DE SAINT-FRÉMONT, seule.

Mon époux eſt ſorti pour cette malheureuſe affaire : il eſt allé dans une des habitations où l’on demandoit ſa préſence. Depuis cette cataſtrophe la révolte règne dans l’eſprit de nos eſclaves. Tous ſoutiennent que Zamor eſt innocent & qu’il n’a tué le Commandeur que parce qu’il s’y eſt vu forcé ; mais les Colons ſe ſont réunis pour demander la mort de Mirza & de Zamor, & on les fait chercher par-tout. Mon mari voudroit bien faire grace à Zamor, quoiqu’il ait prononcé ſon arrêt, ainſi que celui de la pauvre Mirza, qui doit périr avec ſon amant. Hélas ! l’attente de leur ſupplice me jette dans une triſteſſe profonde. Je ne ſuis donc pas née pour être heureuſe ! En vain je ſuis adorée de mon époux : mon amour ne peut vaincre la mélancolie qui le conſume. Depuis plus de dix ans il ſouffre, & je ne puis deviner la cauſe de ſa douleur. C’eſt le ſeul de ſes ſecrets dont je ne ſois pas dépoſitaire. Il faut, lorſqu’il ſera de retour, que je redouble d’efforts pour le lui arracher. Mais je l’entends.

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