‹ L’Esclavage des noirs ou l’Heureux NaufrageChapitre 20 sur 35 · Scène IX.

Scène IX.

LES PRÉCÉDENTES, SOPHIE, ſuivie de tous les eſclaves.

SOPHIE, ſe jettant aux genoux de M de Saint-Frémont.

Madame, j’embraſſe vos genoux. Ayez pitié d’une malheureuſe étrangère qui doit tout à Zamor, & n’a d’autre eſpoir qu’en vos bontés.

M DE SAINT-FRÉMONT, à part.

Ah ! je reſpire. (Haut, en la relevant.) Levez-vous, Madame, je vous promets de faire tout ce qui ſera en mon pouvoir. (À part.) Sa jeuneſſe, ſa ſenſibilité, touchent mon cœur à un point que je ne puis exprimer. (À Sophie.) Étrangère intéreſſante, je vais tout employer pour vous faire accorder la grace que vous exigez de mon époux. Croyez que je partage vos douleurs. Je ſens combien ces infortunés vous doivent être chers.

SOPHIE.

Sans le ſecours de Zamor, auſſi intrépide qu’humain, je périſſois dans les flots. Je lui dois le bonheur de vous voir. Ce qu’il a fait pour moi lui aſſure dans mon cœur les droits de la Nature ; mais ces droits ne me rendent point injuſte, Madame, & le témoignage qu’ils rendent à vos rares qualités fait aſſez voir qu’ils ne ſont point reprochables d’un crime prémédité. Quelle humanité ! Quel zèle à nous ſecourir ! Le ſort qui les pourſuit devoit plutôt leur inſpirer la crainte que la pitié ; mais, loin de ſe cacher, Zamor a affronté tout péril. Jugez, Madame, ſi avec ces ſentimens d’humanité, un mortel peut être coupable ; ſon crime fut involontaire, & c’eſt faire juſtice que de l’abſoudre comme innocent.

M DE SAINT-FRÉMONT, aux Eſclaves.

Mes enfans, il faut nous réunir avec les Colons, & demander la grace de Zamor & de Mirza. Nous n’avons pas de tems à perdre : (À Sophie.) & vous, que je brûle de connoître, vous êtes Françoiſe, peut-être pourriez-vous… mais les momens nous ſont chers. Retournez auprès de ces infortunés ; Eſclaves, accompagnez ſes pas.

SOPHIE, tranſportée.

Ah ! Madame, que de bienfaits à la fois ! Hélas ! je voudrois, autant que je le déſire, vous prouver ma reconnoiſſance. (elle lui baiſe les mains.) Bientôt mon époux viendra s’acquitter envers vous de ſon devoir. Cher Valère, quelle heureuſe nouvelle je vais t’apprendre ! (Elle ſort avec les Eſclaves)

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