Scène II.
ZAMOR, MIRZA.
ZAMOR.
Que notre ſort eſt déplorable, ô ma chère Mirza ! Il devient d’autant plus affreux, que je crains que le zèle de ce François à vouloir nous ſauver ne le perde lui-même ainſi que ſon épouſe. Quelle idée accablante !
MIRZA.
Elle me pourſuit auſſi : mais peut-être ſa digne épouſe aura pu fléchir notre Gouverneur, ne nous affligeons point avant ſon retour.
ZAMOR.
Je bénis mon trépas, puiſque je meurs avec toi ; mais, qu’il eſt cruel de perdre la vie en coupable ! on m’a jugé tel, notre bon maître le croit ; voilà ce qui me déſeſpère.
MIRZA.
Je veux voir moi-même M. le Gouverneur. Cette dernière volonté doit m’être accordée. Je me jetterai à ſes pieds ; je lui révélerai tout.
ZAMOR.
Hélas ! que pourras-tu lui dire ?
MIRZA.
Je lui ferai connoître la cruauté de ſon Commandeur & de ſon amour féroce.
ZAMOR.
Ta tendreſſe pour moi t’aveugle : tu veux t’accuſer pour me rendre innocent ! ſi tu dédaignes la vie à ce prix, m’en crois-tu aſſez avare pour vouloir la conſerver aux dépens de tes jours ? Non, ma chère Mirza, il n’y a point de bonheur pour moi ſur la terre, ſi je ne le partage avec toi.
MIRZA.
Je penſe de même, je ne pourrois plus vivre ſans te voir.
ZAMOR.
Qu’il nous auroit été doux de prolonger nos jours enſemble ! ces lieux me rappellent notre première entrevue. C’eſt ici que le tyran reçut la mort ; c’eſt ici qu’on va terminer notre carrière. La Nature ſemble en ces lieux être en contraſte avec elle-même. Jadis elle nous paroiſſoit riante : elle n’a rien perdu de ſes attraits ; mais elle nous montre à la fois l’image de notre bonheur paſſé & de l’horrible ſort dont nous ſerons les victimes. Ah ! Mirza, qu’il eſt cruel de mourir quand on aime.
MIRZA.
Que tu m’attendris ! ne m’afflige pas davantage. Je ſens que mon courage m’abandonne ; mais ce bon François revient à nous ; que va-t-il nous apprendre ?