Scène X.
les Précédens excepté L’INDIEN. Les Eſclaves armés ſont remplacés par les Eſclaves ſans armes.
un Eſclave, à genoux.
Monseigneur, nous n’avons pas été du nombre des rebelles. Qu’il nous ſoit permis de demander la grace de nos camarades ! Que pour racheter leur vie on nous faſſe éprouver les châtimens les plus terribles ! qu’on augmente nos travaux pénibles, & qu’on diminue nos alimens ; nous ſupporterions cette punition avec courage. Monſeigneur, vous vous attendriſſez, je vois couler vos pleurs.
M. DE SAINT-FRÉMONT.
Mes enfans, mes amis, que me propoſez-vous ? (Au Juge.) Que voulez-vous que je réponde à ce trait d’héroïſme ? Ah ! Ciel ! ils montrent tant de grandeur d’âme, & nous oſons les regarder comme les derniers des humains ! Hommes civiliſés ! vous vous croyez ſupérieurs à des Eſclaves ! De l’opprobre & de l’état le plus vil, l’équité, le courage, les élèvent en un inſtant au rang des plus généreux mortels. Vous en avez l’exemple devant les yeux.
LE JUGE.
Ils connoiſſent bien votre cœur ; mais vous ne pouvez céder à votre penchant ſans compromettre votre dignité. Je les connois mieux que vous ; ils promettent tout dans ces momens ; d’ailleurs, ces criminels ne ſont plus en votre puiſſance, ils ſont livrés à la rigueur des loix.
M. DE SAINT-FRÉMONT.
Eh bien ! je vous les abandonne. Hélas ! les voici. Où me cacher ? Que ce devoir eſt cruel !