‹ L’Esclavage des noirs ou l’Heureux NaufrageChapitre 33 sur 35 · Scène XI.

Scène XI.

les Précédens, L’INDIEN, ZAMOR, MIRZA, les Eſclaves armés.

ZAMOR.

IL n’y a plus d’eſpérance ; nos bienfaiteurs ſont entourés de ſoldats. Embraſſe-moi pour la dernière fois, ma chère Mirza !

MIRZA.

Je bénis mon ſort, puiſque le même ſupplice nous réunit. (À un vieillard & une vieille Eſclave.) Adieu, chers auteurs de mes jours ; ne pleurez plus votre pauvre Mirza, elle n’eſt plus à plaindre. (Aux Eſclaves de ſon sexe.) Adieu, mes compagnes.

ZAMOR.

Eſclaves, Colons, écoutez-moi : j’ai tué un homme, j’ai mérité la mort ; ne regrettez point mon ſupplice, il eſt néceſſaire au bien de la Colonie. Mirza eſt innocente ; mais elle chérit ſon trépas. (Aux Eſclaves particulièrement.) Et vous, mes chers amis, écoutez-moi à mon dernier moment. Je quitte la vie, je meurs innocent ; mais craignez de vous rendre coupables pour me défendre : craignez ſur-tout cet eſprit de faction, & ne vous livrez jamais à des excès pour ſortir de l’eſclavage ; craignez de briſer vos fers avec trop de violence ; attendez tout du tems & de la juſtice divine, remplacez nous auprès de M. le Gouverneur, de ſa reſpectable épouſe. Payez-les par votre zèle & par votre attachement de tout ce que je leur dois. Hélas ! je ne puis m’acquitter envers eux. Chériſſez ce bon Maître, ce bon père, avec une tendreſſe filiale, comme je l’ai toujours fait. Je mourrois content ſi je pourrois croire du moins qu’il me regrette ! (Il ſe jette à ſes pieds.) Ah ! mon cher Maître, m’eſt-il permis encore de vous nommer ainſi ?

M. DE SAINT-FRÉMONT, avec une vive douleur.

Ces paroles me ſerrent le cœur. Malheureux ! qu’as-tu fait ? va, je ne t’en veux point, je ſouffre aſſez du fatal devoir que je remplis.

ZAMOR, s’incline & lui baiſe les pieds.

Ah ! mon cher maître, la mort n’a plus rien d’affreux pour moi. Vous me chériſſez encore, je meurs content. (Il lui prend les mains.) Que je baiſe ces mains pour la dernière fois !

M. DE SAINT-FRÉMONT, attendri.

Laiſſe-moi, laiſſe-moi, tu m’arraches le cœur.

ZAMOR, aux Eſclaves armés.

Mes amis, faites votre devoir. (Il prend Mirza dans ſes bras, & monte avec elle ſur le rocher, où ils ſe mettent à genoux. Les Eſclaves ajuſtent leurs flêches.)

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