‹ L’Esclavage des noirs ou l’Heureux NaufrageChapitre 8 sur 35 · Scène VI.

Scène VI.

VALÈRE, ZAMOR, SOPHIE, MIRZA, apportant des fruits & de l’eau ; elle entre en courant, & ſurpriſe de voir une femme, elle s’arrête.

ZAMOR.

Approche, Mirza, ne crains rien. Ce ſont deux infortunés comme nous ; ils ont des droits ſur notre ame.

VALÈRE.

Être compâtiſſant à qui je dois la vie & celle de mon épouſe ! tu n’es point un Sauvage ; tu n’en as ni le langage ni les mœurs. Es-tu le maître de cette Iſle ?

ZAMOR.

Non, mais nous l’habitons ſeuls depuis quelques jours. Vous me paroiſſez François. Si la ſociété d’eſclaves ne vous ſemble pas mépriſable, c’eſt de bon cœur qu’ils partageront avec vous la poſſeſſion de cette Iſle, & ſi le deſtin le veut, nous finirons nos jours enſemble.

SOPHIE, à Valère.

Que ce langage m’intéreſſe ! (Aux Eſclaves.) Mortels généreux, j’accepterois vos offres, ſi je n’allois plus loin chercher un père que peut-être je ne retrouverai jamais ! Depuis deux ans que nous errons ſur les mers, nous n’avons pu le découvrir.

VALÈRE.

Eh bien ! reſtons dans ces lieux : acceptons pour quelque-tems l’hoſpitalité de ces Indiens, & ſois perſuadée, ma chère Sophie, qu’à force de perſévérance nous découvrirons l’auteur de tes jours dans ce Continent.

SOPHIE.

Cruelle deſtinée ! nous avons tout perdu, comment continuer nos recherches ?

VALÈRE.

Je partage ta peine. (Aux Indiens.) Généreux mortels, ne nous abandonnez pas.

MIRZA.

Nous, vous abandonner ! Jamais, non, jamais.

ZAMOR.

Oui, ma chère Mirza, conſolons-les dans leurs infortunes. (À Valère & à Sophie.) Repoſez-vous ſur moi ; je vais parcourir tous les environs du rocher : ſi les pertes que vous avez faites ſont parmi les débris du vaiſſeau, je vous promets de vous les apporter. Entrez dans notre cabane, Étrangers malheureux ; vous avez beſoin de repos ; je vais tâcher de rendre le calme à vos eſprits agités.

SOPHIE.

Mortels compâtiſſans, que de graces nous avons à vous rendre ! vous nous avez ſauvé la vie, comment m’acquitter jamais envers vous ?

ZAMOR.

Vous ne me devez rien, en vous ſecourant je ne fais qu’obéir à la voix de mon cœur. (il ſort.)

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