‹ L’Esclavage des noirs ou l’Heureux NaufrageChapitre 9 sur 35 · Scène VII.

Scène VII.

MIRZA, SOPHIE, VALÈRE.

MIRZA, à Sophie.

JE vous aime bien, quoique vous ne ſoyez pas eſclave. Venez, j’aurai ſoin de vous. Donnez-moi votre bras. Ah ! la jolie main, quelle différence avec la mienne ! Aſſéyons-nous ici. (Avec gaieté.) Que je ſuis contente d’être avec vous ! Vous êtes auſſi belle que la femme de notre Gouverneur.

SOPHIE.

Oui ? vous avez donc un Gouverneur dans cette Iſle ?

VALÈRE.

Il me ſemble que vous nous avez dit que vous l’habitiez ſeule ?

MIRZA, avec franchiſe.

Oh ! C’eſt bien vrai, & Zamor ne vous a point trompés. Je vous ai parlé du Gouverneur de la Colonie qui n’habite pas avec nous. (À part.) Il faut prendre garde à ce que je vais dire ; car s’il ſavoit que Zamor a tué un blanc, il ne voudroit pas reſter avec nous.

SOPHIE, à Valère.

Son ingénuité m’enchante ; ſa phyſionomie eſt douce ; & prévient en ſa faveur.

VALÈRE.

Je n’ai pas vu de plus jolie Négreſſe.

MIRZA.

Vous vous moquez, je ne ſuis pas cependant la plus jolie ; mais, dites-moi, les Françoiſes ſont-elles auſſi belles que vous ? Elles doivent l’être, car les François ſont tous bons, & vous n’êtes pas eſclaves.

VALÈRE.

Non, les François voient avec horreur l’eſclavage. Plus libres un jour ils s’occuperont d’adoucir votre ſort.

MIRZA, avec ſurpriſe.

Plus libres un jour, comment, eſt-ce que vous ne l’êtes pas ?

VALÈRE.

Nous ſommes libres en apparence, mais nos fers n’en ſont que plus peſans. Depuis pluſieurs ſiècles les François gémiſſent ſous le deſpotiſme des Miniſtres & des Courtiſans. Le pouvoir d’un ſeul Maître eſt dans les mains de mille Tyrans qui foulent ſon Peuple. Ce Peuple un jour briſera ſes fers, & reprenant tous ſes droits écrits dans les loix de la Nature, apprendra à ces Tyrans ce que peut l’union d’un peuple trop long-tems opprimé, & éclairé par une ſaine philoſophie.

MIRZA.

Oh ! bon Dieu ! Il y a donc partout des hommes méchans !

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