‹ L’Esprit de l’Institut des filles de Saint LouisChapitre 3 sur 10 · Pauvreté

Pauvreté

IL ne vous eſt point permis, mes cheres Filles, de vous regarder comme celles pour qui la Maiſon eſt faite, tout eſt aux jeunes Demoiſelles ; la fondation eſt uniquement pour leur éducation, vous n’y êtes que pour elles ; regardez-vous comme leurs ſervantes en Jesus-Christ, de même que S. Paul ſe regardoit comme le ſerviteur des peuples qu’il étoit chargé d’évangeliſer : & que nôtre Seigneur luy-même déclare qu’il eſt venu pour ſervir, & non pas pour être ſervi. Vous n’avez droit de ſubſiſter dans la Maiſon des Demoiſelles, qu’autant que yous les ſervirez, que vous les inſtruirez, que vous les édifierez, que vous les ſantifierez.

En vous regardant ainſi comme étant deſtinées de Dieu à leur ſervice, vous ne devez jamais vous regarder comme maîtreſſes & proprietaires de ces grands biens attachez à leur Maiſon. Vous faites vœu de pauvreté, & cette pauvreté ne doit pas être moins réelle dans une Maiſon de fondation Royale, que chez les Capucines : le bien donné n’eſt pas donné pour vous enrichir, ni pour vous faire violer vôtre vœu de pauvreté, ce ſeroit une ſcandaleuſe fondation ; il n’eſt donné que pour l’établiſſement & l’éducation des jeunes Demoiſelles. Pour vous, mes cheres Filles, vous devez être pauvres au milieu de tant de richeſſes.

Epargnez religieuſement tout ce que vous pourrez empêcher de couter à la Maison : il n’eſt point juſte de quitter le ſiecle qui eſtime les richeſſes, & où vous auriez peut-être été pauvres, pour trouver dans un cloître ſous pretexte du vœu de pauvreté, les richeſſes & les commoditez que vous n’auriez pas eu dans le monde. Vous devez conſiderer que vous êtes receues gratuitement pour l’œuvre de Dieu, & que vous devez vivre le plus frugalement qu’il vous eſt poſſible ſur les revenus de la Maiſon.

Le Roy, vôtre Fondateur, a ôté ces biens, ou au peuple de ſon Royaume, ou à l’Egliſe qui les poſſedoit : il a donc pris ces grands biens ſur des peuples pauvres & chargez, & ſur l’Egliſe qui tient en dépoſt le patrimoine des pauvres & le prix des pechez des hommes, pour une œuvre tres ſainte. Comment des Filles qui ont fait vœu de pauvreté oſeront-elles diſſiper ce bien conſacré, pour contenter leurs fantaiſies, & pour ſe raprocher du luxe du ſiecle. Je prie Dieu de ne le permettre jamais. Si vous viviez d’aumônes journalieres comme les Capucines, cette aumône vous avertiroit de la néceſſité d’épargner, de retrancher, & de vous réduire au pur néceſſaire ; vous auriez honte de vivre largement ſur les charitez qu’on vous feroit pour vous ſoulager dans vos extrêmes beſoins : cependant vous vous trompez, ſi vous Croyez que la pauvreté des Capucines doive être plus éxacte que la vôtre. Quelle difference y a-t-il dans le fond, entre vivre d’aumônes journalieres, & vivre d’aumônes qui ſe payent une fois l’année ? Vôtre fondation eſt grande, royale, & magnifique : vous avez des biens immenſes deſtinez à un tres-ſaint uſage ; mais pour vous, tout demande une rigoureuſe pauvreté : vous l’avez voüée, & vous ſçavez combien vôtre tres-bonne Mere & pieuſe Inſtitutrice inſtruite des intentions du Roy vôtre Fondateur, vous l’a recommandée. Quelle condamnation pour vous, ſi vôtre imperfection ſur la pauvreté diminuoit un jour le nombre des Demoiſelles, ou que par là vous manquaſſiez à faire les charitez auſquelles vous êtes obligées dans les lieux qui dépendent de vous.

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