‹ L’HermaphroditeChapitre 1 sur 33 · tome 1 · 01

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Dans un boudoir satin bleu et jaune, noyé sous les tentures délicates, sur une coucheuse, une fillette d’une quinzaine d’années, mollement étendue, les coudes sur un coussin, écoutait d’une oreille distraite les discours que lui débitait la jeune et jolie sœur requéreuse du Couvent des Bleuets, sœur Félicia.

Vêtue d’une blouse et de pantalons bouffants de soie noire, la fillette, une brunette aux yeux éveillés, la lèvre

légèrement moqueuse, ne répondait que par monosyllabes à sa compagne, qui finit par lui dire :

— Ma chère enfant, vous ne paraissez pas bien vous rendre compte de l’affection que vous porte notre chère abbesse, en me déléguant, moi personnellement, au soin d’achever votre instruction. On vous a retirée de classe pour vous créer une vie de délices, soyez-en reconnaissante en prouvant de la bonne volonté.

— Sœur Félicia, y a-t-il de ma faute dans les distractions qui m’emportent ? Et puisque je suis décidée à entrer dans votre Ordre, que ma famille y consent devant la piété que j’affiche ; puisque l’abbesse, puisque Josépha, dois-je dire, m’a trouvée assez grande fille pour me remarquer, comment voulez-vous que je ne pense pas tout le temps aux plaisirs qu’elle me procure.

— Marthe, toutes les sœurs des Bleuets ont une instruction soignée et complète ; vous seriez vous-même blessée, si, plus tard, lorsque vous revêtirez notre robe, vous ne compreniez pas les hautes envolées qui attirent l’esprit de vos compagnes. Je m’applique à vous faciliter l’étude, aidez-moi à la pousser vigoureusement, vous serez plus vite délivrée.

— Je vous le promets, ma gentille sœur, et vous ne vous plaindrez pas de moi. Laissez-moi m’accoutumer à la nouvelle vie que je mène, à toutes les belles choses qu’on me conte, et vous verrez. Vous savez que Josépha a décidé que nous échangerions un anneau béni par l’aumônier, et que, par cet échange, je serais son petit mari devant la communauté. À quoi bon apprendre beaucoup, je vous assure que je m’arrangerai très bien pour remplir l’office d’un homme. Vous vous rappelez ce que vous m’avez dit à ce sujet : « La femme a entre les cuisses le détroit, et ce détroit on le bouche avec l’isthme que l’homme conserve sous la culotte ; l’homme et la femme unissant le détroit et l’isthme forment deux continents distincts. » La petite isthme que j’ai au-dessus de mon détroit, travaillera volontiers pour le plaisir de Josépha et de celles aussi qui se montreront aimables à mon égard.

— Ne parlez pas de votre petite isthme, Marthe, où j’oublierai mon rôle de professeur, et vous m’exposerez à la colère de l’abbesse.

— Si, si, parlons-en au contraire, et je vais vous la présenter pour que vous lui donniez une caresse et remettiez à demain la suite de la leçon.

Marthe soulevait sa blouse, s’apprêtait à dénouer le cordon qui retenait le pantalon bouffant, un timbre qui annonçait l’approche de quelqu’un l’arrêta, et Félicia, se levant, dit avec un soupir :

— La leçon est finie, mon enfant, et on ne me laisse pas cueillir la caresse que vous m’offriez, ce sera pour une autre fois.

— Si vous aviez été moins rigide, ma jolie sœur, vous l’auriez volée sur la part de Josépha.

— Chut, taisez-vous, mignonne, voici Bottelionne.

Une soubrette, costumée d’une jupe courte rouge avec corsage assez échancré, belle et solide fille d’une vingtaine d’années, pénétra dans le boudoir et dit :

— Sœur Félicia, madame l’abbesse vous prie de l’accompagner chez monsieur l’aumônier, relativement à la fête qu’elle projette pour honorer mademoiselle Marthe. Elle vous attend dans l’antichambre.

— Merci, Bottelionne, j’y vais.

Marthe, restée seule avec la soubrette, quitta la coucheuse et, toute gamine, se jeta à son cou en lui disant :

— Il t’a donné un billet, eh ?

— Cherchez-le, petit mauvais sujet, vous m’en faites courir des risques !

Sans se gêner, Marthe fourra la main dans le corsage de la belle fille, lui pelota les seins, les lui sortit, tout en s’emparant d’une lettre qu’elle enferma dans sa blouse. Baisant les nénés, elle reprit :

— Tu en as de la chair, Bottelionne, un peu plus que l’abbesse ; elle ne se défie pas de toi comme des sœurs, et je suis bien heureuse de te tripoter, de m’amuser avec toi ! Dis, je voudrais que tu apportasses ma réponse à Antioche !

— Vous l’avez déjà écrite ?

— La voilà.

Elle la prit dans une poche, et Bottelionne acceptant le billet, l’enferma avec ses seins en disant :

— Je le lui porte de suite. Lisez votre poulet, je suis sûre que l’heure est venue, si vous répondez dans le sens qu’il désire.

— Oh oui, j’y réponds ! Depuis que ses lettres m’arrivent, grâce à toi, je m’ennuie moins et je pense constamment à lui. Cours vite lui donner ma réponse.

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