tome 1 · 19
De cette première entrevue, Antioche sortit de nouveau l’âme irritée et avec la résolution de broyer cet entêtement féminin, qu’il ne voulait pas analyser. Puis, il songea à mettre quelques-uns de ses moines dans ses intérêts, et comme il avait des amitiés sérieuses, il lui fut aisé de réunir un parti de mécontents d’une quinzaine de frères, auxquels il vanta sa grande influence sur Marthe, dont il userait durant l’absence de l’abbesse, pour la satisfaction des fiévreuses joies des bons mâles.
Il n’avouait pas encore la séquestration de Josépha, il se réservait pour le jour où, dominant les frères et les sœurs par les folles ivresses qu’il décrèterait, il aurait tellement limé le souvenir de l’abbesse, qu’elle semblerait une étrangère dans l’Ordre.
La visite des sœurs aux frères qui s’annonçait en ce moment, appuya ses paroles auprès des moines qu’il embauchait, il jouissait déjà d’une certaine notoriété, par cela qu’il occupait pour la seconde fois la charge de directeur, ses amis l’exultèrent, on lui fit escorte jusqu’à la galerie de séparation, lorsqu’il s’éloigna pour rejoindre Marthe et Espérandie.
Leur repas terminé, celles-ci avaient communiqué au personnel de l’abbesse leurs instructions pour la nuit, accordant des permissions à peu près générales pour prendre part à l’orgie sexuelle, et se retrouvant enfin seules, purent causer à leur aise en attendant le retour d’Antioche.
Espérandie avait accepté avec joie la nuit à trois, pressentant qu’il y avait plus qu’une absence de l’abbesse dans ce qui se passait ; elle guettait avec impatience ce moment de solitude pour amener Marthe aux confidences.
Assises près l’une de l’autre sur un sopha, elle l’enlaça, lui becqueta l’oreille et l’attaqua habilement.
— Ma jolie mignonne, l’abbesse te voulait pour elle seule ; elle se disposait à te conférer par un titre peu banal une certaine autorité sur l’Ordre, comment se fait-il qu’elle soit ainsi partie sans laisser la lettre qui mentionne ses volontés ?
— Elle l’a laissée, Antioche la garde.
— Vraiment ! Il me la soumettra dans ce cas ; j’en ai besoin pour n’être pas en désaccord avec les ordonnances formelles qui nous régissent. J’ai eu confiance en toi, je t’aimais déjà, et j’ai été bien heureuse de ton appel.
Minaudant, penchant la tête sur la poitrine de la fillette, la magnétisant de ses œillades, Espérandie l’enveloppait de la chaleur de son corps, attisait le désir qu’elle sentait poindre dans l’âme de l’hermaphrodite, et le provoquait par les savantes invites des gestes câlins.
Marthe qui soupirait et approchait les lèvres pour baiser les yeux, les oreilles, la bouche d’Espérandie, profitait de l’abandon de son buste contre le sien pour la peloter d’abord par-dessus la robe, ensuite par-dessous.
— Tu m’aimais, Espérandie, moi aussi ! Je t’ai embrassé les cuisses, permets que maintenant je te caresse à ma faim.
— Ne nous pressons pas, ma chérie, patientons pour qu’Antioche nous serve selon nos désirs, et causons en tendres amies, ne le veux-tu pas, dis ?
— Si, si, je suis ton amie, mais je veux te toucher, te voir.
— Me toucher, me voir, oh, l’enflammée amoureuse, et comme Josépha doit t’aimer si tu es ainsi avec elle !
— Oui, Josépha m’aime, mais elle aime surtout mon petit bout de chair.
— Le petit bout de chair d’homme que tu as, voyons-le.
— Tiens, regarde, je ne suis pas méchante, je ne refuse pas de me montrer ! Tu es une vilaine amie.
— Petit, petit bout, tu serais bien gentil si tu me contais tous tes secrets, et je ne refuserais pas alors de tout te montrer, de tout te laisser toucher.
— Mes secrets, Espérandie, je n’en ai pas.
Lentement la sœur suçota l’hermaphrodisme, pelotant Marthe, et répondit :
— Si c’était à moi comme cela est à l’abbesse, je ne m’en irais pas en voyage, et je ne m’absenterais pas le jour où j’aurais promis grande ivresse et grand triomphe. Elle ne t’aime pas comme je t’aime, Josépha !
— Tu m’aimes, bien vrai, Espérandie ?
— Ne le sens-tu donc pas, ma mignonne ?
— Laisse-moi, laisse-moi te faire.
— Quoi, me faire ? Que veux tu me faire ?
— Te lécher entre les cuisses, embrasser tes fesses, puis, puis, te toucher avec ça, tu verras comme ça te rendra heureuse !
— L’abbesse ne te défend pas de le faire avec les autres ?
— Si, si, mais l’abbesse n’est pas là.
— Où est-elle ?
— Je ne sais pas.
— Comment tu ne sais pas ?