‹ L’HermaphroditeChapitre 21 sur 33 · tome 1 · 21

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La violence qui se déchaînait dans le couvent des Bleuets, loin de calmer les appétits de la chair chez ceux qui la suscitaient, les exaspéra au contraire.

Antioche avait Marthe et Espérandie pour cette nuit, il y joignit Bottelionne, dont la forte charpente charnelle s’harmonisa à merveille à la gracilité mi-masculine de Marthe, à l’élégance fine et aristocratique d’Espérandie.

Oublier une telle nuit, Marthe le déclarait impossible.

Elle aimait la femme comme elle croyait aimer l’homme, et avec des partenaires comme Espérandie et Bottelionne, elle ne manqua pas d’attraits féminins à encenser.

Antioche la posséda une seule fois, et possédée par lui, elle s’amusa, tandis qu’il la tenait enconnée dans ses bras, à le souffleter de petites gifles en murmurant :

— Le chien, le chien, il empale les cuisses de la pauvre Marthe.

Les bruits des combats amoureux qui se livraient dans le couvent, ne parvenaient pas jusqu’à la chambre de l’abbesse Josépha, où s’accomplissait cette douce orgie.

Marthe et Espérandie se roulèrent sur le tapis, Bottelionne étendue sur le lit de sa maîtresse, se délectait de la vue de leurs exploits, sans négliger pour cela de courir s’y associer à son idée. Puis, de nouveau réinstallée, elle s’offrait aux deux femmes et au moine, qui se succédaient dans les délices de ses charmes, s’y vautrant parfois dessus tous les trois à la fois ; elle organisait alors des postures où chacun trouvait son compte.

— Un coq pour trois poules, s’exclamait-elle, ne le tuons pas.

— Il y a un demi-coq, ripostait Marthe.

— Un demi-coq qui vaudrait deux poules s’il y avait d’autres cavaliers, ajoutait Espérandie.

Mais si des pupilles pouvaient aller jusqu’à cinq fois dans le con d’une femme, Antioche, avec trois femmes, ne pouvait faire moins que de se surpasser. Il avait la bonne fortune de posséder un de ces organismes qui dépensent peu à la secousse et reviennent souvent à la charge. La détente se ressentait certes de la brièveté de l’opération, seulement comme il récupérait vite les forces et agissait en conséquence, on finissait par proclamer sa supériorité sur bien de fougueux fouteurs.

Marthe était en soixante-neuf avec Bottelionne, il pressait Espérandie comme il l’eût fait pour une nouvelle conquête, quoique ils n’en fussent pas à leurs débuts ensemble, l’esprit de révolte leur inspirait l’un pour l’autre une passion qu’ils ne ressentirent pas jusqu’à cette heure ; il lui dit en montrant Marthe perdue entre les cuisses de Bottelionne :

— Notre amour naît par elles !

— Par elles et par nous.

— Le penses-tu, Espérandie ?

— Par nos actes, par l’assistance que je t’apporterai.

— Parle.

— Elles n’entendent pas ; baise-moi pour que mes paroles entrent dans ton cœur et dans ton âme, et n’aillent pas jusqu’à leurs oreilles, ou plutôt, viens, viens sur le lit qu’elles ont quitté et tu sauras.

Il la porta sur le lit de l’abbesse qu’avaient abandonné Marthe et Bottelionne pour s’ébattre par la chambre en bonds serpentins, se mangeant de suçons, se laissant, se ressaisissant, et sur le lit, l’enconnage se poursuivit, leurs lèvres s’agrippèrent, elle murmura :

— Demain, sous la robe noire et masquée, je t’accompagnerai à la loge de l’Ermite, et tu remettras à l’abbesse le libellé de la lettre que j’aurai préparée.

— Tu imposeras une lettre ?

— Je veux la retraite de Josépha ; je serai nommée au vote pour la remplacer.

— Ce serait notre triomphe.

— Oui, car tu aurais l’amour de l’abbesse.

Les transports les emportèrent dans les sublimes extases, où il ne devrait subsister aucune mauvaise pensée ; les lois de ce monde sont ainsi faites, qu’on outrage tout ce qui est noble et grand, qu’on honore tout ce qui est vil et odieux.

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