‹ L’HermaphroditeChapitre 23 sur 33 · tome 1 · 23

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Coucher avec Izaline, qu’il avait dépucelée à son arrivée au couvent, Victor-Étienne s’y fût peut-être hasardé ; mais il n’ignorait pas qu’elle s’était enfermée avec Raymonde, après la pollution de Maillouchet.

Puis, des tristesses l’envahissaient : il désapprouvait l’acte d’Antioche, il ne se résignait à la neutralité que pour ne pas soulever une intervention qui pousserait les choses au pire.

Il se décida à aller faire une courte prière dans la chapelle, avant de se retirer pour reposer. La nuit approchait de son déclin.

Réconforté par cet élan vers le grand Créateur, il sortit et se heurta sur le seuil de la porte à une femme, le haut du corps enveloppé de sa jupe de surah, la chemise sur les bras.

— Sœur Laurette ! s’écria-t-il.

— Victor-Étienne ! répondit la jeune femme. Tu vis donc toujours terré, qu’on ne t’aperçois plus aux fêtes ! À toi comme aux autres, la sœur Izaline n’a pas porté chance !

— L’en accuses-tu, Laurette ?

— Je serais une niaise si je le faisais. Le réel me prouve la faute d’une hypothèse. Tu pries, toi, et moi, je me livre avec rage, pour me rappeler à l’attention d’en haut, cela ne sert à rien.

— De chez qui viens-tu ?

— De chez Ananka. Il m’a parlé du passé, ce vieux passé de quelques mois… Mais, j’y songe, tu es seul, je ne t’ai pas aperçu, veux-tu faire, je ne suis pas fatiguée, et… tes regards brillent.

— Je voulais dormir, Laurette.

— Dormir, Victor-Étienne, quand on a sous la main une femme comme celle que je t’abandonne !

— Ananka est gourmand !

— Je le suis davantage ; mène-moi dans ta chambre, j’y reste toute la journée, si ça te va ; tu sais, je suis des plus cochonnes.

— Quoi, après une séance avec Ananka, tu es encore prête à recommencer avec moi !

— À recommencer tout, pour toi surtout ! N’ai-je pas toujours été gentille lorsque tu me courais après… il y a deux ans.

— Je ne t’ai pas oubliée.

— Donc, ne parlons pas davantage dans le couloir ! Vite, vite, à ta chambre, et je te satisferai. Tiens, touche-moi, vois, je brûle déjà, et si cette petite Izaline s’était trouvée sur notre route, hein, le trio complet.

— Izaline ! Elle est avec la petite Raymonde.

— Raymonde ! L’abbesse la lui a envoyée ?

— À ce qu’il paraît. Viens, viens, Laurette, de te peloter j’ai le feu dans les mains, et je n’ai pas baisé depuis plus de quinze jours.

— Toi !

— Presque un pucelage que je te porte.

— Tu me rendras celui que je t’ai livré par mes séductions sur Izaline. Oh, la jolie, la jolie queue, plus belle et plus satinée que celle d’Ananka, et qu’elle jouira bien dans ma petite bonbonnière !

— Ma garcette de Laurette, puisque tu n’es pas fatiguée, nous nous en paierons !

— J’avais frais aux épaules et me voilà toute incendiée ! Ah, cochon, si on s’arrête à chaque pas, on le fera en chemin.

— Pourquoi montres-tu tes insolents nénés ?

— Insolents, salop, ils t’excitent ! Mon cul aussi, dis, tu le pelotes, fourre une lippée, Ananka m’a enculée.

— Tu veux que je te le baise ?

— Ta langue chatouille agréablement.

— C’est toi qui nous arrête.

— Oui, pour que tu me baises de suite, par devant et par derrière, tu m’as enragée.

Il lui bondit sur la croupe après d’ardentes feuilles de roses, et il l’enfila en levrette, avec force rapidité.

Ils se roulèrent, sautant, s’attaquant, s’extravaguant à de folles étreintes, où elle rampait sur les tapis qui recouvraient les moindres coins des établissements, glissant comme une couleuvre pour l’émoustiller, le faisant entrer et sortir, l’entraînant jusqu’à la porte de sa chambre, enfournée plus de dix fois sur la route, lui, commençant à sentir l’approche de la décharge, la retenant à grand’peine.

Sur le seuil de la porte qu’il ouvrit en se redressant brusquement, puis pour tomber à cheval sur son dos, il l’encula prestement, elle, s’abandonnant enfin, tous les deux jouirent et délirèrent, murmurant :

— Ce n’est qu’un acompte, ce n’est qu’un acompte, ah, chéri, ah, adoré, ah, amour, tout, tout, tout, encore.

— Tout, tout, ma langue pour t’essuyer, Laurette.

L’orgie de la chair dominait bien partout dans le Couvent des Bleuets, et cette nuit voyait les sexes s’accoupler dans une folie luxurieuse qui exigerait des chapitres et des chapitres pour être narrée dans tous ses détails. Les sœurs et les moines combattaient dans les doux assauts de l’amour, on ne songeait pas à l’abbesse, qui, cependant, avait annoncé pour ce soir, une fête toute autre que celle vécue.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

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