Scène XVII
PAILLARDIN, dans la chambre de droite, endormi, puis les petites Mathieu, en chemise de nuit ; elles sortent du cabinet de toilette.
Violette, posant son bougeoir. — Ah ! enfin ! on va se coucher ! Ce n’est pas trop tôt !
Elle s’assied à droite.
Marguerite. — Moi, je prends ce lit-là !…
Pervenche. — Moi, je prends celui-ci !…
Paquerette. — Non, il est pour moi !
Pervenche. — Non ! non !
Petite dispute.
Violette, à mi-voix. — Ne faites donc pas tant de bruit !… Papa l’a défendu. (Elles s’asseyent toutes et lèvent leurs bas.) Ah ! que ça va être bon de se mettre dans ses draps !… (Elle se couche.) Brrou !… C’est froid !…
Pervenche défait ses cheveux.
Marguerite, son sac à la main, descendant. — Tiens ! avant de me coucher, je vais pincer mes papillotes !
Pervenche. — Oh ! c’est une idée, ça !
Toutes. — Oui ! oui ! Frisons-nous !
Bastien, sortant du 9. — Bonsoir monsieur ! madame !
Il disparaît par l’escalier.
Toutes. — Passe-moi la bougie !… À moi aussi !… Et à moi !…
Violette. — Bon ! voilà le bougeoir par terre !
Pervenche. — Que tu es maladroite !
Elles allument leurs lampes à esprit de vin.
Violette. — Oh ! regardez donc ! les lampes à esprit de vin ! On dirait des feux follets !
Pervenche, montant sur son lit. — Oui, nous avons l’air de revenants !…
Violette. — C’est vrai ! Ça me rappelle Robert le Diable !
Elles montent sur leurs lits et chantent.
Toutes :
Nonnes qui reposez sous cette froide pierre
M’entendez-vous ? Relevez-vous !
Paillardin, debout sur son lit, épouvanté. — Ah ! mon Dieu !… Des âmes !
Toutes, chœur de Robert le Diable :
Le royaume… des fantômes !
Paillardin, enjambant la tête de son lit, les bras en l’air. — Vade retro, Satana !
Toutes, l’apercevant. — Ah !
Elles s’enfuient dans le cabinet de toilette.
Paillardin. — Des revenants ! C’est des revenants ! (Il passe vivement sur le palier.) Au secours ! Au secours !