‹ L’Hôtel du libre échangeChapitre 52 sur 59 · Scène IX

Scène IX

Les Mêmes, PAILLARDIN

Paillardin. — Eh bien ! quoi ! Qu’est-ce qu’il y a ?

Pinglet, très digne. — Approchez, Monsieur !

Paillardin, étonné et riant. — Monsieur !… Qu’est-ce qui te prend ?

Madame Pinglet. — Ah !… Paillardin !…

Pinglet. — Pas un mot, Madame… Laissez parler la justice des hommes. (À Paillardin.) Où m’avez-vous dit que vous étiez cette nuit ?

Paillardin. — Mais à l’hôtel du Libre-Échange !

Madame Pinglet, abasourdie. — Hein !

Paillardin. — 220, rue de Provence !

Pinglet, triomphant. — Ah ! ah ! vous l’entendez, Madame !

Madame Pinglet, abasourdie. — Mon dieu ! est-ce que j’aurais été frappée de démence ? Est-ce que véritablement j’aurais… Oh ! non, non ! ce n’est pas ! ce n’est pas !

Paillardin, à part. — Mais qu’est-ce qu’ils ont donc ?

Pinglet. — Et avec qui étiez-vous à l’hôtel du Libre-Échange ?… Hein ! avec qui étiez-vous ?

Paillardin. — Mais seul !

Pinglet. — Allons donc ! (Terrible.) Vous y étiez avec madame !

Paillardin. — Hein !

Pinglet, terrible. — Je sais tout, Monsieur !… Vous êtes l’amant de ma femme !

Paillardin. — Moi ?

Madame Pinglet, à son mari. — Là ! vous voyez bien !

Pinglet. — Taisez-vous, Madame !

Paillardin. — Ah çà ! qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ? Voyons, tu veux rire.

Pinglet. — Je veux rire ?… Ah ! Ah ! Tiens, lis ! (Il lui donne la citation.) C’est canaille ce que je fais là !

Paillardin. — Qu’est-ce que c’est que ça ?… (Lisant.) À madame Pinglet, surprise en compagnie de monsieur Paillardin dans la descente de police opérée cette nuit à l’hôtel du Libre-Échange. (Riant.) Ah ! ah ! elle est drôle !… C’est une farce, hein ? C’est une farce !…

Pinglet. — Une farce ! Est-ce que j’ai l’air de farcer, Monsieur ?

Madame Pinglet, suffoquée. — Oui, mon mari est persuadé que j’ai pu… moi, avec vous… oui !

Paillardin. — Comment ! moi ! votre amant ! (Se tordant.) Ah ! c’est drôle ! Ça, c’est drôle !

Pinglet. — Oh ! ne riez pas, Monsieur !

Paillardin. — Ah çà ! voyons, c’est sérieux ? Tu crois positivement que moi… Tu es stupide, tu sais, tu es stupide !

Pinglet. — Oh ! n’essayez pas de vous en tirer par des impertinences.

Madame Pinglet tombe accablée sur un fauteuil.

Paillardin. — Ah ! non, moi l’amant de… (À mi-voix.) Oh ! voyons, écoute, mon vieux, je ne voudrais pas te dire des choses désagréables… mais, sérieusement, avant de m’accuser, je t’en prie, regarde-la, mon ami ! regarde-la !

Pinglet. — Ah ! non !… Mais je vous conseille de bêcher ma femme à présent !

Madame Pinglet. — Il me bêche ?

Pinglet, indigné. — Oui, Madame ! Voilà ce qu’il fait maintenant ! Il brûle les dieux qu’il a adorés !… Il vous rejette dans un coin, comme un vieux citron dont on a exprimé le jus !

Paillardin. — Tiens ! Tu es stupide !

Pinglet. — Oui ! Oui ! Tout ça, ce ne sont pas des arguments ! Comment expliques-tu cette citation !

Paillardin. — Est-ce que je sais, moi !… Quelque plaisanterie de fumiste ! Et, la preuve, c’est que moi, moi qui suis impliqué au même titre que ta femme, dans cette soi-disant affaire, je n’ai rien reçu. Tu m’entends ? Rien !… Eh ! bien, tant que je n’aurai pas reçu une citation comme celle-là, je nierai jusqu’au bout.

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