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Chapitre 2

A trois heures, le départ, sous un soleil encore terrible. Dans ma charrette garnie de tapis et de nattes, trop basse de plafond pour que je songe à m’y asseoir, je m’étends comme un blessé qu’on emporte, et mes zébus aussitôt prennent ce trot sautillant, qui, pendant deux nuits, sans trêve, secouera mon sommeil. Mes attelages, bêtes et gens, changeront d’heure en heure, car il y a des relais disposés tout le long de cette route, seule voie de communication par le Sud entre l’Inde orientale où je suis et le Travancore où je m’en vais. Cette heureuse « Terre de charité » n’a pas jusqu’à présent de chemin de fer pour lui amener des parasites et drainer vers l’étranger ses richesses ; du côté du Nord, elle communique aussi avec le petit État de Cochin, au moyen de barques, suivant une série de canaux et de lagunes ; mais elle est par ailleurs préservée de tous contacts grâce à de bienfaisantes défenses naturelles : à l’ouest, une mer sans ports, des plages inabordables où les brisants déferlent, et à l’est, la chaîne des Ghâts, sorte d’épine dorsale de l’Inde, qui fait bonne garde avec ses cimes rocheuses, ses forêts, ses tigres.

Ils vont au trot et au galop mes bons zébus. Et, sitôt le village disparu, commence une longue, monotone, interminable course, sur un sol d’un rouge de sanguine, entre deux bordures de grands arbres qui imitent nos noyers et nos frênes. Les noyers sont de jeunes banians qui, avec les années, deviendront gigantesques ; des chevelures de racines, çà et là, commencent à leur pousser, descendent de leurs branches vers la terre, pour créer d’autres souches, s’étendre, envahir.

Entre ces deux rangées d’arbres, nous traversons de vastes solitudes, où sont clairsemés des palmiers.

Pour respirer et pour voir, j’ai de toutes petites lucarnes de côté, et, à l’arrière, cette minuscule porte ronde par laquelle, tête baissée, je me suis coulé dans mon sarcophage roulant.

Tout près, comme rivée à moi, suit la charrette des domestiques et des bagages ; les deux longues figures débonnaires des zébus qui la traînent sont mes très proches voisines ; toujours étendu, naturellement, je les vois presque à toucher mes pieds, les inoffensives bêtes trotteuses, que l’on conduit par une simple ficelle passée au travers du nez, et dont les cornes sont recourbées en arrière, couchées sur l’échine, comme dans la crainte de faire involontairement du mal à quelqu’un. Par un prodige d’équilibre, le cocher qui les mène, tout nu et tout en bronze, se tient accroupi à même le timon étroit, les pieds réunis sous le derrière et les mains posées sur les genoux ; il les fouette d’un fin roseau ou bien les excite avec un bruit de bouche comme en font les singes en fureur.

Et les solitudes défilent toujours, deviennent presque angoissantes à mesure que l’on s’y enfonce plus avant. De loin en loin, quelques maigres champs de riz, ou de coton ; autrement le désert, surtout le désert, éclairé au morne soleil du soir.

A l’horizon, la chaîne des Ghâts se dessine. Et c’est comme la muraille du Travancore, que nous franchirons cette nuit, par un défilé unique.

Après les pluies et les verdures de Ceylan, on s’étonne de plaines si desséchées, où l’herbe même ne pousse plus. Rien que ces étranges palmiers à tige grisâtre qui sont plantés çà et là solitaires, et qui à peine semblent appartenir au règne végétal : droits et lisses comme des poteaux géants, enflés à la base et tout de suite amincis en fuseau, ils portent au bout de leur hampe démesurée un tout petit bouquet d’éventails rigides, trop haut dans le ciel de feu. Et la raideur de ces silhouettes d’arbres se répète indéfiniment des deux côtés du chemin, jusqu’au triste horizon des plaines.

Personne jamais sur cette route, si soigneusement tracée pourtant entre ses deux bordures de banians verts ; on dirait qu’elle ne mène nulle part. Et peu à peu l’alanguissante chaleur, les petites secousses rythmées, la persistance des mêmes cahots et du même bruit amènent un assoupissement vague où la pensée commence de sombrer.

Vers cinq heures, croisé quatre passants bizarres, qui prennent l’importance d’un événement à mes yeux presque endormis et déjà habitués à ne rencontrer rien dans l’allée monotone ; quatre personnages de haute taille qui marchent à grandes enjambées rapides, le torse nu, un pagne blanc et rouge autour des reins, un large turban rouge sur la tête. Où vont-ils si vite et dans de si éclatants costumes, ces inconnus, au milieu de ces solitudes ?

Ensuite, le sommeil, par degrés, lentement, m’anéantit sur ma couche étouffante, et je perds conscience de toutes choses.

Réveil une heure après, au crépuscule mourant, pour percevoir cette dernière image de la journée.

La chaîne des Ghâts, qui s’est rapprochée tout d’un coup, comme si elle avait fait un saut de trois lieues, ferme l’Occident des plaines ; en violet sombre, elle se découpe avec une netteté invraisemblable sur la bande rouge qui traîne encore à l’horizon du couchant ; ses granits des cimes ont des formes vraiment indiennes et jamais vues ailleurs, simulant des tours, des pyramides, des dômes de pagodes. Et les minces palmiers-fuseaux qui sont toujours, avec quelques aloès d’aspect cruel, les seules plantes ici, montent du sol en traits durs, profilés contre ce qui reste de lumière, rayant partout de leurs bâtons noirs l’or pâle du ciel.

Puis l’obscurité vient, subite, attristante un peu, car la nuit sera sans lune.

Et, jusqu’au matin, secoué dans l’étroit sarcophage, je ne perçois plus rien que des choses confuses. Des sonnailles et des cris furieux, quand nous croisons des attelages de zébus trop lents à se garer des nôtres. Des arrêts, pour changer nos cochers et nos bêtes, dans des villages vaguement entrevus au bord de la route : chaumières de brahmes endormis, devant lesquelles des petites lampes veilleuses, à l’huile de cocotier, brûlent dans des niches du mur, pour conjurer les mauvais Esprits des ténèbres.

22 décembre.

Avec de grands saluts, on m’éveille tout à fait, et c’est le matin, la pointe fraîche de l’aube ; c’est le village de Nagercoïl, où je dois passer la journée, pour ne repartir qu’au déclin du soleil. La chaîne de montagnes que je regardais hier en avant du chemin, profilée sur le couchant rouge, est maintenant derrière moi, dans le rose pâle de l’horizon qui s’éclaire ; nous l’avons franchie pendant la nuit, et nous sommes au Travancore. Cette maisonnette à véranda, devant laquelle on vient d’arrêter mes zébus, c’est l’hôtellerie, et cet Indien en robe blanche, qui s’incline en portant les deux mains à son front, c’est l’hôtelier qui m’attendait, ayant reçu des ordres pour me réserver tout le logis.

Comme dans chaque village de l’Inde, cette « maison du voyageur » se compose d’un simple rez-de-chaussée, trois ou quatre pièces bien blanchies à la chaux, bien nettes et presque vides, avec des canapés en rotin pour y dormir. Et, à cause de l’ardent soleil, le toit déborde largement tout autour, soutenu par de grosses colonnes trapues.

Le bain ; le déjeuner, sous les éventails agités par des serviteurs nonchalants. Et puis la mélancolie du demi-sommeil méridien, dans le grand silence clair, avec la visite des corbeaux, sautillant sur le parquet de ma chambre.

A deux heures, une dépêche du Dewan (ministre du Maharajah), pour m’annoncer qu’une voiture attelée de chevaux doit se tenir à mes ordres, en un village de la route appelée Neyzetavaray, à partir de onze heures du soir. Et je décide de partir à l’instant, afin d’arriver cette nuit même, au lieu d’attendre la chute du soleil, comme c’est ici l’usage, et de dormir en charrette jusqu’au matin.

Sous un étincellement de lumière blanche, le départ, et le salut à deux mains de l’hôtelier, et le muet quémandage des serviteurs de bronze, alignés devant ma charrette, y compris l’obligatoire pauvre vieille femme presque nue qui, dans toutes les auberges de l’Inde, a mission de déverser l’eau des bains. Distribution à tout ce monde des petites pièces en argent du Travancore, maniées aujourd’hui pour la première fois, toutes petites pièces épaisses qui semblent de gentilles graines brillantes — et nos zébus prennent le trot, dans l’accablante chaleur.

Une région de plus en plus feuillue, égalant bientôt les magnificences de Ceylan. La jungle est pleine d’arbustes fleuris. Les hauts palmiers-fuseaux, qui étaient hier si jaunes et desséchés, ont ici de luxuriants bouquets d’éventails ; les cocotiers reparaissent en masse, avec leurs grandes plumes vertes, et les banians de la route éploient leurs chevelures jusqu’à terre, font dôme partout au-dessus de nos têtes. Le pays semble n’être plus qu’une immense solitude d’arbres, un inextricable fouillis vert. Et cependant nous croisons maintenant, le long de notre chemin ombreux, beaucoup de monde, des gens en charrette à zébus comme les nôtres, des pâtres menant des troupeaux, et surtout des cortèges de femmes, d’innombrables files de femmes portant des charges sur la tête dans des corbeilles de sparterie.

Çà et là, un petit temple en granit, d’une antiquité imprécise, voûté de pierres plates rappelant en miniature les monuments de l’ancienne Égypte. Ou bien, sous quelque banian plus énorme, qui est devenu sacré à force d’être vieux, une tombe de saint fakir, enguirlandée de fleurs fraîches, une statue de Ganesa, le Dieu à tête d’éléphant, qu’une main pieuse a ornée d’un collier d’œillets d’Inde enfilés avec des roses.

C’est cependant une surprise, une déception pour les yeux, que ces femmes rencontrées en si grand nombre ne soient pas plus jolies, quand la plupart des hommes sont beaux : la couleur bronze leur sied moins bien qu’aux visages mâles, l’épaisseur des lèvres, qui se dissimulait sous les moustaches viriles, paraît chez elles excessive, et, à part quelques très jeunes, aux contours purs comme ceux des Tanagra, presque toutes ont la poitrine hâtivement déformée, d’ailleurs sans aucune draperie pour en masquer le déclin. Elles portent une boucle d’or passée dans chaque narine et le lobe de leurs oreilles, allongé démesurément par le poids des anneaux, chez les vieilles traîne jusque sur l’épaule. Il est vrai, ce sont des femmes de parias ; celles des hautes castes ne courent point les routes en charriant des fardeaux, et nous ne les avons pas vues encore.

De distance en distance, on a charitablement construit des reposoirs pour toutes ces porteuses des chemins ; de solides tables en granit, à hauteur humaine, permettant de se débarrasser un moment de la charge, et de la replacer ensuite sur la tête, sans avoir la fatigue de se courber jusqu’à terre.

D’ailleurs, partout quelle tranquillité charmante ! Quel calme édénique, dans ces rares villages, nichés sous la verdure !…

A l’ombre d’un banian, près d’une vieille idole de Siva, aperçu un personnage en robe violette, à la longue barbe blanche, au profil iranien, paisiblement assis à lire : un évêque ! un évêque syriaque ! A première vue, quelle étrange rencontre, en ce pays des mystères de Brahma !

Cependant, à la réflexion, rien de plus naturel. Le Maharajah du Travancore, je le savais, compte dans son peuple environ cinq cent mille sujets chrétiens. — Des chrétiens dont les ancêtres avaient ici des églises aux époques où l’Europe était encore païenne : ils se prétendent disciples de saint Thomas, qui serait venu aux Indes vers le milieu du premier siècle ; plus vraisemblablement, ils sont des Nestoriens, arrivés jadis de la Syrie, qui continue de leur envoyer des prêtres ; au moins sont-ils de souche antique et très vénérable, cela ne fait pas discussion. On trouve en outre, dans le Nord du royaume, des Juifs émigrés après la seconde destruction du temple de Jérusalem. Et personne ne les a inquiétés jamais, pas plus que les chrétiens, car la tolérance religieuse a été ici de tous les temps, et il n’y a point d’exemple que le sang humain ait coulé sur cette « Terre de Charité ».

Ils trottent toujours, nos zébus. Sur le soir, le soleil se voile ; l’air s’emplit, comme à Ceylan, d’humidité équatoriale. Les cocotiers, amis des pluies chaudes, dominent de plus en plus, à l’exclusion des autres arbres ; nous sommes entrés maintenant sous cette voûte infinie de palmes, de grandes plumes magnifiques, qui maintient éternellement dans la nuit verte toute la rive occidentale de l’Inde, toute la côte du Malabar, sur une longueur de plusieurs centaines de lieues. Et, comme nous passons au pied des contreforts de la chaîne des Ghâts, notre ciel s’encombre de cimes rocheuses, de forêts suspendues, de lourdes nuées d’orage.

Après quatre heures de secousses, rythmées au trot de nos zébus, quand devient intolérable la lassitude d’être étendu, je me glisse hors du sarcophage, par la petite lucarne de l’avant, pour aller m’asseoir un moment sur le timon, à côté de mon cocher en posture de singe. La lumière du jour a déjà beaucoup baissé ; sous ces nuages et sous ces palmes, c’est le commencement du crépuscule. Devant nous s’en va, toujours pareil, le tunnel vert des banians de la route ; mais, de place en place, au milieu des bois, apparaissent des choses qui semblent fantastiques, dans la pénombre du soir. On dirait de monstrueuses bêtes brunes, un peu informes, tantôt isolées, tantôt réunies en troupeaux, ou bien empilées les unes sur les autres. Et ce sont tout simplement des blocs granitiques, mais si étranges ! Des blocs qui ont les rondeurs molles des pachydermes et le poli de leur peau ; aucun lien d’ailleurs ne les réunit entre eux, et il semble qu’ils soient venus là séparément, ou qu’on les ait roulés, jetés, amoncelés comme des corps après un massacre. En même temps les grosses branches, les grosses racines des arbres affectent des contournements de trompe… Et c’est comme si la nature de ce pays avait été obscurément préoccupée, dans tous ses enfantements, de certaine forme animale particulière, comme si la conception de l’éléphant avait été en germe ici, de toute antiquité, même dans la pensée inconsciente qui façonna le granit des origines.

En vérité, de plus en plus on dirait des éléphants partout, ou bien des embryons d’éléphants ; on est obsédé par ces ressemblances, qui naturellement s’exagèrent à mesure que tout s’assombrit autour de nous dans les bois.

Huit heures du soir. Les orages sourds, qui menaçaient, se sont dissipés on ne sait comment. Ciel pur, nuit étoilée. Grillons et cigales chantent comme en délire. Le fouillis des arbres est tout vibrant de la joie des insectes.-

En avant de nous, on agite des torches. Il y a une foule qui s’avance dans le noir des feuillées. Nous entendons des cymbales et des tambours, un chœur de voix humaines. C’est un cortège, en marche bruyante, sous les banians et les grandes palmes. Éclairés par la flamme des torches, passent une vingtaine de tout jeunes hommes, le torse nu, portant à l’épaule, dans un palanquin très enguirlandé et fleuri, un des leurs qui est vêtu comme un rajah ou comme un dieu : longue robe toute dorée et couronne d’or.

Il s’agit d’une fête de mariage, et c’est le nouvel époux que promènent religieusement ses amis.

Onze heures. Je dormais, gisant au fond de ma charrette. On ouvre une de mes petites lucarnes pour me présenter, à la lueur d’un fanal, une lettre timbrée aux armes du Travancore : deux éléphants et une conque marine. Nous sommes au village de Neyzetavaray, et elle vient du Dewan, la lettre ; elle me souhaite la bienvenue au nom du souverain et m’annonce que la voiture est là.

Or c’est une joie, au sortir de la charrette indienne, de monter dans cette voiture élégante et bien suspendue, une joie de partir au trot allongé de deux excellents chevaux. Sur le siège, un cocher à la livrée du Maharajah, longue robe, turban doré qui brille confusément dans l’obscurité ; sur les marchepieds, deux agiles coureurs, qui ont l’air d’avoir des ailes quand ils partent en avant, avec de terribles cris, pour faire ranger les attelages à zébus, toujours plus nombreux dans le chemin. Après tant de cahots, endurés dans une petite caisse fermée, c’est presque une ivresse d’aller si facilement et si vite, à ciel ouvert, sous les étoiles et sous la fuite incessante des grandes palmes. Nous fendons l’air délicieux de la nuit, en respirant tout le temps des parfums de fleurs, comme si notre course avait lieu à travers quelque interminable jardin de féerie.

Encore des musiques et la flamme rouge des torches. C’est un autre cortège nuptial qui se promène, malgré l’heure plus tardive et plus silencieuse. Le marié, cette fois, est à cheval, sa robe dorée traînant sur la croupe de sa bête, et il ressemble à un roi mage.

Vers une heure du matin, les palmes tout à coup cessent leur manège de grandes plumes noires s’enchevêtrant et fuyant au-dessus de nos têtes : il y a une coupée dans la futaie, nous arrivons dans une rue.

Et cette rue semble profondément dormir, à la lueur fraîche et cendrée qui, dans les régions tropicales, tombe des étoiles durant les nuits sans lune. Les maisons qui, dans le jour doivent être blanches, paraissent bleuâtres à cette heure. Au-dessus de leurs vérandas, elles ont toutes un étage, avec des colonnettes compliquées et de minuscules fenêtres découpées en ogives, en trèfles, en festons, en dentelures. En bas, de chaque côté des portes closes, dans des niches de la muraille, brillent comme des vers luisants les petits lumignons de lampes qui veillent contre la visite des mauvais Esprits. Quantité de bêtes familières sont là, couchées et immobiles sur les marches, le plus près possible des logis humains, comme pour chercher aussi protection contre on ne sait quels maléfices indéfinis, des zébus, des moutons, des chèvres, qui ne s’éveillent point à notre passage. On n’entend d’autre bruit que celui de nos roues légères, sur la route sablée. Et tout cela, maisons, troupeaux endormis, immobilités spectrales des choses, baigne dans une indécise lumière bleue, comme au reflet de quelque feu de Bengale lointain.

Devant nous, voici une vaste enceinte, avec un portique monumental, surmonté de miradors à colonnes et ouvert sur une avenue que des files de lanternes révèlent large et vide. Au-dessus de la muraille, on voit passer des palmiers, des toits de palais, et tout au fond, dans l’axe et dans le recul de cette avenue droite, montent les gigantesques tours des temples brahmaniques. Évidemment nous allons entrer, car ce doit être, ceci, la capitale du Travancore, la ville du Maharajah, la vraie Trivandrum, et la rue bleuâtre peuplée de bêtes endormies n’en était qu’un faubourg…

J’ignorais que seuls les Indiens des hautes castes ont le droit d’habiter dans cette enceinte privilégiée de Brahma. Devant la grande porte que je pensais franchir, ma voiture brusquement tourne à droite, me replonge dans l’obscurité des arbres, m’emmène assez loin encore, par des routes, plutôt des allées de parc, pour m’arrêter au milieu d’un jardin, devant une belle demeure qui, hélas ! n’a plus guère la physionomie indienne.

Et c’est là qu’un appartement m’était destiné ; là que je devais recevoir, de la part du Maharajah, une très gracieuse hospitalité, mais dans un Cadre européen qui me fit constamment l’effet d’une anomalie, d’une faute aimable, au cœur du vieil Hindoustan merveilleux.

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