L’INSTRUCTION POPULAIRE
ET
LE SUFFRAGE UNIVERSEL
PARIS
CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES
FÉVRIER 1861
L’auteur de cette brochure n’est ni un écrivain de profession, ni un publiciste. Porté par goût et par état à suivre le mouvement de l’instruction populaire en France, il a depuis plus de trente ans étudié à un point de vue pratique les causes qui en ont retardé jusqu’ici le progrès et les moyens de la faire arriver à son développement légitime.
Une circonstance particulière a donné lieu à la publication de quelques-unes de ses idées sur cette question intéressante.
Un homme d’État éminent, grand jurisconsulte, qui plus qu’un autre peut être frappé des résultats de l’ignorance populaire tels qu’ils sont constatés dans les statistiques de la justice criminelle de notre pays, et qui recherche avec ardeur tous les moyens de la combattre, visitait, il y a quelques semaines, une des grandes imprimeries de Paris. En parcourant l’immense salle où vingt-cinq machines à double ou quadruple puissance reçoivent en blanc et rendent toutes imprimées dans leur mouvement rapide et continu des montagnes de papier, il demandait quel était, en moyenne, le nombre de feuilles imprimées chaque jour dans l’établissement :
« Un nombre équivalent à deux cent vingt kilomètres de longueur, lui répondit-on, soit une bande de papier qui couvrirait le chemin de Paris au Havre.
— L’écoulement est-il en rapport avec une si puissante fabrication ?
— La presque totalité des publications qui sortent de cette imprimerie sont spécialement destinées à l’instruction populaire ; un grand nombre d’autres établissements typographiques à Paris et dans les départements sont dirigés vers le même but ; mais leur production réunie à la nôtre équivaut à peine à la dixième partie des livres qui pourraient être débités en France, si les obstacles administratifs et fiscaux n’entravaient pas les éditeurs.
— Voudriez-vous me rédiger une note sur cette question importante ? Donnez les explications et justifications nécessaires ; elle ne passera pas inaperçue. »
Cet appel fait avec bienveillance et avec le désir sincère de s’éclairer sur la situation intellectuelle du pays a été l’occasion de cet écrit que notre interlocuteur nous a autorisé à communiquer au public.