I
Nous avons en France des littérateurs, des savants et des écrivains de tous genres, dont les travaux exercent une influence immense sur le monde entier. Ils ont pour lecteurs un certain nombre d’hommes que leur éducation libérale, leurs goûts particuliers, les nécessités de leur profession ou l’indépendance de leur fortune mettent à même de suivre attentivement le mouvement des lettres, des sciences et des idées, de s’y associer et d’en faire un instrument d’ambition honorable ou de simple jouissance intellectuelle. Mais au-dessous de cette classe qui conserve dans notre pays le dépôt des connaissances humaines, qui travaille à l’augmenter sans cesse ou qui en tire les plus douces satisfactions, il existe une immense population, jusqu’à laquelle n’arrivent que quelques lueurs de cette instruction si éclatante dans la région supérieure. Cependant c’est cette population qui travaille et dont le labeur infatigable enrichit la France, qui alimente les armées, au sein de laquelle se retrempe et se rajeunit sans cesse la classe plus élevée, qui fait les grandes révolutions et qui aujourd’hui est investie du droit redoutable de choisir et d’imposer au pays son chef, son gouvernement, ses représentants au Corps législatif et dans les conseils généraux, les défenseurs de ses intérêts immédiats dans les communes.