‹ L’Instruction populaire et le suffrage universelChapitre 17 sur 19 · XVI

XVI

Il faut s’expliquer ici sur les avantages et les inconvénients du timbre des journaux.

La perception d’un impôt de quelques millions sur les entreprises de journaux n’a jamais été considérée comme une ressource naturelle du budget. Il faut le dire, c’est une entrave apportée législativement à l’essor de la presse périodique.

Lorsque la vie politique en France était limitée à une partie très-restreinte des classes élevées, cette mesure pouvait ne présenter que de faibles inconvénients. Mais peut-on dire qu’il en soit de même sous un régime où des droits politiques si importants sont conférés à tous les citoyens sans exception ? Le devoir du gouvernement au contraire est de lever tous les obstacles qui peuvent arrêter l’instruction générale du pays.

Les journaux politiques qu’on essaye de fonder ne peuvent se développer qu’à la faveur d’une distribution gratuite considérable de numéros pendant plusieurs années, et ils périssent presque tous après quelques mois d’existence sous la charge du timbre.

Au moment où l’on rend à la presse la publicité des débats politiques et où l’on met les journaux dans l’obligation de choisir entre le silence et la reproduction complète, n’est-il pas équitable de compenser le surcroît de dépense par l’abaissement des frais de poste et la suppression du timbre ? La connaissance des affaires et des intérêts généraux du pays ne peut pénétrer jusqu’aux dernières classes sociales qu’à la condition du bon marché poussé aux dernières limites.

Il importe en outre au gouvernement et au public qu’il s’établisse dans le pays un nombre d’organes suffisant pour représenter tous les intérêts légitimes et toutes les idées utiles. La presse périodique ne peut satisfaire tous les besoins de l’esprit humain qu’à la condition de prendre mille formes diverses. Dans cette immense variété d’opinions qui se combattent sans cesse, la vérité et la justice finissent bientôt par se faire jour.

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