XVII
On ne peut nier que les hommes qui sont appelés par leur talent ou leur profession à répandre l’instruction générale dans le pays par la publication des journaux et des livres n’ont pas toujours compris les devoirs de leur mission. Le bon et le mauvais ont été souvent mêlés dans la propagande des idées et des livres ; et la sévérité des législateurs a été justifiée à certains égards.
Mais il faut choisir entre l’ignorance et l’instruction populaire, et peser les dangers de l’une avec les avantages de l’autre.
La question est de savoir si à tout prendre un peuple éclairé vaut mieux ou moins qu’un peuple ignorant ; si des droits politiques et sociaux redoutables peuvent être maintenus entre des mains incapables, ou si l’instruction populaire doit être élevée au niveau de ces droits.
Le mélange du bien et du mal se retrouve en toutes choses, dans les diverses formes de gouvernement, dans les conditions sociales, dans les qualités même de notre corps et de notre esprit. Pourquoi n’en serait-il pas de même en matière de civilisation ? Ce qui est essentiel, c’est qu’en définitive la somme du bien l’emporte sur le mal. Aucun bon esprit ne peut admettre un seul instant que si tout le monde est à l’œuvre avec une égale liberté sous la protection des lois répressives, les idées perturbatrices, les doctrines immorales l’emporteront sur la noble et légitime propagande des idées morales et des vérités scientifiques. Les lois dont le gouvernement est armé, sa vigilance, et, il faut le dire aussi, la force toute-puissante dans notre pays de l’opinion publique suffisent pour ôter tout prétexte à la crainte.
La libre diffusion des livres et des journaux sous la surveillance de l’État et de la magistrature, voilà le seul moyen d’éclairer et de moraliser les populations.