‹ L’Instruction populaire et le suffrage universelChapitre 5 sur 19 · IV

IV

On croit généralement que l’instruction primaire est le remède à cette triste situation, et les divers gouvernements qui se sont succédé depuis 1830 se sont fait un honneur de contribuer à son développement par la construction de maisons d’école, l’établissement d’écoles normales primaires et l’amélioration du sort des instituteurs.

On a déjà fait assurément beaucoup de choses utiles. Mais qui pourrait être satisfait de l’organisation en France de l’instruction primaire ? La plupart des instituteurs français ont à peine le nécessaire pour vivre. Leur condition matérielle les place, dans les campagnes, au-dessous des plus petits cultivateurs et même des artisans. Leur position est non-seulement misérable, mais encore précaire. On peut les changer de résidence et les suspendre, les révoquer sans donner de motifs. Les agents inférieurs de l’autorité ont sur eux trop de prise et leur font quelquefois durement sentir leur dépendance. Un tel état de choses attiédit le zèle, hérisse de désagréments de toute sorte une carrière déjà ingrate par elle-même et inspire trop souvent le désir de la quitter. Dans ces conditions il est difficile que les écoles primaires réalisent tout le bien qu’on a droit d’attendre d’elles.

Si on veut en France une instruction primaire forte et au niveau des besoins du pays, il faut au plus tôt faire sortir les instituteurs de cette condition affligeante.

Une élévation convenable des traitements et une certaine indépendance, voilà les deux conditions auxquelles des jeunes gens d’une certaine valeur consentiront à entrer dans la carrière de l’enseignement primaire et à la suivre avec zèle et dévouement.

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