‹ Livre d’images sans imagesChapitre 24 sur 34 · VINGT-TROISIÈME SOIRÉE.

VINGT-TROISIÈME SOIRÉE.

« Je regardais le Tyrol, disait la Lune, les sombres sapins projetaient leurs longues ombres noires sur les rochers. Je voyais une des images de saint Christophe portant l’enfant Jésus sur ses épaules, comme on les voit peintes, dans ce pays, en grandeur colossale sur les murs des maisons, qu’elles couvrent depuis le toit jusqu’à terre. Ailleurs je voyais saint Florian qui verse de l’eau sur une maison en flammes, tandis que le Christ, au corps sanglant, était suspendu sur la grande croix près du chemin. Pour la nouvelle génération, ce sont là de vieilles images, tandis que moi je les ai vu élever et remplacer par d’autres. Au sommet d’une montagne, au-dessus du précipice, on voit suspendu, comme le nid d’une hirondelle, un couvent solitaire de nonnes ; deux sœurs étaient montées au clocher pour sonner les cloches ; elles étaient jeunes toutes les deux, aussi leurs regards volaient-ils par delà les monts et cherchaient-ils le monde. Une voiture de voyage venait à passer au fond de la vallée, le cor du postillon se faisait entendre ; les pauvres nonnes, absorbées par la même pensée, tenaient leurs regards fixés sur la voiture, et je voyais briller une larme dans les yeux de la plus jeune. Les sons du cor s’affaiblissaient de plus en plus, dominés par les cloches du couvent. »