‹ Livret de Roméo et JulietteChapitre 4 sur 4 · VII. FINAL

VII. FINAL

chanté par toutes les voix des grands chœurs et du petit chœur
et le père laurence.

Le père Laurence :

Je vais dévoiler le mystère :
Ce cadavre, c’était l’époux
De Juliette ! — Voyez-vous
Ce corps étendu sur la terre ?
C’était la femme hélas ! de Roméo ! — C’est moi
Qui les ai mariés !

Les deux chœurs :

Qui les ai mariés !Mariés !

Le père Laurence :

Qui les ai mariés ! Mariés !Oui, je dois
L’avouer. — J’y voyais le gage salutaire
D’une amitié future entre vos deux maisons…

Les deux chœurs ;

Le père Laurence.

Récit mesuré.

Mais vous avez repris la guerre de famille !…
Le jour où cet hymen en secret fut béni
Vit Tybalt expirant et Roméo banni.
(Au vieux Capulet.)
C’était Roméo seul que pleurait votre fille ;
Et dans l’aveuglement qui frappait vos esprits,
Vous la forciez, malheureux père,
D’épouser le comte Pâris !
C’est alors qu’elle vint me trouver : « Je n’espère
» Qu’en vous, me cria-t-elle, il me faut un moyen
» De fuir cet autre hymen… ou bien
Je me tue à vos pieds ! » — Dans ce péril extrême,
Je lui fis prendre, afin de conjurer le sort.
Un breuvage qui, le soir même,
Lui prêta la pâleur et le froid de la mort.
J’écrivis aussitôt à son époux fidèle
De rompre son exil pour venir là, près d’elle,
À l’heure où renaîtrait sa vie avec l’amour,
Et l’arracher, tremblante, à sa tombe d’un jour.
Quelque hasard retint mon message en sa route,
Et je venais, tout seul, ici la secourir…
Mais Roméo, trompé par mille bruits sans doute,
M’avait devancé pour mourir
Sur le corps de sa bien-aimée ;
Et, presque à son réveil, Juliette informée
De cette mort qu’il porte en son sein dévasté,
Du fer de Roméo s’était contre elle armée
Et passait dans l’éternité
Quand j’ai paru ! — Voilà toute la vérité.

Les vieillards Capulets et Montagus (avec consternation).

Mariés ! ! !

Le père Laurence.

Air.

Pauvres enfans que je pleure,
Tombés ensemble avant l’heure ;
Sur votre sombre demeure
Viendra pleurer l’avenir !
Grande par vous dans l’histoire,
Vérone un jour sans y croire,
Aura sa peine et sa gloire
Dans votre seul souvenir !

Où sont-ils maintenant ces ennemis farouches ?
Capulets ! Montagus ! venez, voyez, touchez…
La haine dans vos cœurs, l’injure dans vos bouches,
De ces pâles amans, barbares, approchez !

Dieu vous punit dans vos tendresses,
Ses châtimens, ses foudres vengeresses
Ont le secret de nos terreurs !
Entendez-vous sa voix qui tonne :
« Pour que là haut ma vengeance pardonne
» Oubliez vos propres fureurs. »

Chœur des Capulets, montrant les Montagus :

Mais notre sang rougit leur glaive !

Chœur des Montagus, montrant les Capulets :

Le nôtre aussi contre eux s’élève !

Les Capulets :

Ils ont tué Tybalt…

Les Montagus :

Ils ont tué Tybalt… Qui tua Mercutio ?

Les Capulets :

Et Pâris donc ?

Les Montagus :

Et Pâris donc ? Et Benvolio ?

Les Capulets :

Perfides ! point de paix !

Les Montagus :

Perfides ! point de paix ! Non, lâches, point de trêve !

Tous :

Non, non, non, non !

Le père Laurence, avec indignation :

Silence ! malheureux ! pouvez-vous sans remords,
Devant un tel amour étaler tant de haine !
Faut-il que votre rage en ces lieux se déchaîne,
Rallumée aux flambeaux des morts !
Avec une force croissante :
Grand Dieu, qui vois au fond de l’ame,
Tu sais si mes vœux étaient purs !
Grand Dieu, d’un rayon de ta flamme,
Touche ces cœurs sombres et durs !
Et que ton souffle tutélaire,
À ma voix sur eux se levant,
Chasse et dissipe leur colère,
Comme la paille au gré du vent !

Fin de l’air.

pendant la dernière partie de l’air.

Les deux chœurs, après l’air :

Dieu ! quel prodige étrange !
Plus d’horreur ! plus de fiel !
Mais… des larmes du ciel !
Toute notre ame change !

Le père Laurence, leur présentant un crucifix :

Jurez donc, par l’auguste symbole,
Sur le corps de la fille et sur le corps du fils,
Par ce bois douloureux qui console ;
Jurez tous, jurez tous par le saint crucifix,
De sceller entre vous une chaîne éternelle
De tendre charité, d’amitié fraternelle ;
Et Dieu, qui tient en main le futur jugement,
Au livre du pardon inscrira ce serment !

SERMENT DE RÉCONCILIATION.

Les deux chœurs, Capulets et Montagus :

Nous jurons, par l’auguste symbole,
Sur le corps de la fille et sur le corps du fils,
Par ce bois douloureux qui console ;
Nous jurons, nous jurons par le saint crucifix,
De sceller entre nous une chaîne éternelle
De tendre charité, d’amitié fraternelle ;
Et Dieu, qui tient en main le futur jugement
Au livre du pardon inscrira ce serment !

Les Montagus seuls aux Capulets :

Et nous voulons par notre hommage,
Vous rendre Juliette encor :
Nous élèverons son image.
Toute brillante d’or !

Les Capulets seuls aux Montagus :

Ah ! que son Roméo fidèle,
Dans l’or aussi revive aux yeux ;
Rayonnant toujours auprès d’elle,
Comme il rayonne aux cieux.

Les vieillards seuls :

Allons ! frères !
Fêtons leurs noces funéraires !
Sur la tombe où vivront leurs amours,
Jurons-nous d’être amis pour toujours !

Les Capulets aux Montagus, avec un peu d’hésitation :

Amis !…

Le père Laurence :

Amis !… Le ciel attend !

Les Montages aux Capulets, en hésitant aussi :

Amis !…

Le père Laurence :

Amis !… Dieu vous entend !

Les trois chœurs unis :

Amis pour toujours ! ! !

FIN

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