‹ L’OliveChapitre 2 sur 12 · Au lecteur

Au lecteur

AV LECTEVR.

Combien que i’aye paſsé l’aage de mõ enfance & la meilleure part de mon adoleſcence aſſez inutilement lecteur, ſi eſt-ce qui par ie ne ſçay quelle naturelle inclination i’ay touſiours aimé les bonnes lettres : ſingulierement noſtre poëſie françoiſe, pour m’eſtre plus familiere, qui viuoy’ entre ignorans des langues eſtrangeres. Depuis la raiſon m’a confirmé en cete opinion : conſiderant que ſi ie vouloy’ gaingner quelque nom entre les Grecz, & Latins, il y fauldroit employer le reſte de ma vie, & (peult eſtre) en vain : etant ia coulé de mon aage le temps le plus apte à l’etude : & me trouuant chargé d’affaires domeſtiques, dont le ſoing eſt aſſez ſuffiſant pour dégouter vn homme beaucoup plus ſtudieux que moy. Au moyen de quoy, n’ayant ou paſſer le temps, & ne voulant du tout le perdre, ie me ſuis volontiers appliqué à noſtre poėſie : excité & de mon propre naturel, & par l’exemple de pluſieurs gentiz eſpritz françois, meſmes de ma profeſſion, qui ne dedaignent point manier & l’epée & la plume, contre la faulſe perſuaſion de ceux, qui penſent tel exercice de lettres deroger à l’eſtat de nobleſſe. Certainement lecteur, ie ne pouroy’ & ne voudroy’ nier, que ſi i’euſſe ecrit en grec, ou en latin, ce ne m’euſt eſté vn moyen plus expedié pour aquerir quelque degré entre les doctes hommes de ce royaume : mais il fault que ie confeſſe ce que dict Ciceron en l’oraiſon pour Murene. Qui cùm cytharædi eſſe non poſſent, & ce qui s’enſuit. Conſiderant encores noſtre langue eſtre bien loing de ſa perfection, qui me donnoit eſpoir de pouuoir auecques mediocre labeur y gaingner quelque ranc, ſi non entre les premiers, pour le moins entre les ſeconds, ie voulu bien y faire quelque eſſay de ce peu d’eſprit, que la Nature m’a donné. Voulant donques enrichir noſtre vulgaire d’vne nouuelle, ou plus toſt ancienne renouuelée poëſie, ie m’adonnay à l’immitation des anciens Latins, & des poëtes Italiens, dont i’ay entendu ce, que m’en a peu apprendre la communication familiere de mes amis. Ce fut pourquoy à la perſuaſion de Iaqes Peletier ie choiſi le Sonnet, & l’Ode, deux poëmes de ce temps la (c’eſt depuis quatre ans) encores peu vſitez entre les noſtres : étant le Sonnet d’Italien deuenu François, comme ie croy, par Mellin de ſainct Gelais : & l’Ode, quand à ſon vray, & naturel ſtile repreſentée en notſtre langue par Pierre de Ronſard. Ce que ie vien de dire, ie l’ay dict encores en quelque autre lieu, s’il m’en ſouuient : & te l’ay bien voulu ramenteuoir, lecteur, afin que tu ne penſes, que ie me vueille attribuer les inuentions d’autruy. Or afin que ie retourne à mon premier propos, voulant ſatisfaire à l’inſtante requeſte de mes plus familiers amis, ie m’oſay bien auaturer de mettre en lumiere mes petites poëſies : apres toutesfois les auoir communiquées à ceux que ie penſoy’ bien eſtre clervoyans en telles choſes : ſingulierement à Pierre de Ronſard, qui m’y donna plus grande hardieſſe, que tous les autres : pour la bonne opinion que i’ay touſiours eue de ſon vif eſprit, exacte ſçauoir, & ſolide iugement en noſtre poëſie françoiſe. Ie n’ay pas icy entrepris de reſpondre à ceux, qui me voudroient blaſmer d’auoir precipité l’edition des mes œuures : & comme on dict auoir trop toſt mis la plume au vent. Car ſi mes ecriz ſont bons, ma ieufeſſe ne leur doibt oſter leur louange meritée. S’ilz ne ſont telz, elle doibt pour le moins leur ſeruir d’excuſe : d’aultant que ſi i’ay faict en cet endroit quelque acte de ieuneſſe, ie n’ay faict ſi non ce que ie deuoy’. Pour le moins ce m’eſt vne faulte commune auecques beaucoup d’autres meilleurs eſpriz que le mien. Ie ne ſuis tel, que ie vueille blâmer le conſeil d’Horace, quand à l’edition des poëmes : mais auſsi ne ſuis-je de l’opinion de ceux, qui gardent religieuſement leurs ecriz, comme ſainctes reliques pour eſtre publize apres leur mort : ſçachant bien que tout ainſi que les mors ne mordent point, auſsi ne ſentent-ilz les morſures. Cete conſcientieuſe difficulté lecteur, n’eſtoit ce qui me retardoit le plus en la premier edition de mes ecriz. Ie craignoy’ vdn autre inconuenient, qui me ſembloit auoir beaucoup plus apparente raiſon de future reprehenſion. C’eſt, que telle nouueauté de poëſie pour le commencement ſeroit trouuée fort etrange, & rude. Au moyen de quoy, voulant preuenir cete mauuaiſe opinion, & quaſi comme applanir le chemin à ceux qui excitez par mon petit labeur voudroient enrichir noſtre vulgaire de figures, & locutions eſtrangeres ; ie mis en lumiere ma Deffence & Illuſtration de la langue Françoiſe ne penſant toutefois au cõmencement fair plus grand œuure qu’vne epiſtre, & petit aduertiſſement au lecteur. Or ayie depuis experimété ce qu’au parauãt i’auoy aſſez preueu c’eſt, que d’un tel œuure ie ne rapporteroy, iamais fauorable iugement de noz rethoriqueurs Frãçois : tant pour les raiſons aſſez nouuelles, & paradoxes introduictes par moy en noſtre vulgaire, que pour auoir (ce ſemble) hurté vn peu trop rudement à la porte de noz ineptes rimaſſeurs. Ce que i’ay faict, lecteur, non pour aultre raiſon, que pour eueiller le trop long ſillence des cignes : & endormir l’importun croaſſement des corbeaux. Ne t’eſbahis donques ſi ie ne reſpons à ceulx, qui m’ont appellé hardy repreneur : car mon intention ne feut onques d’auctorizer mes petiz oeuures par la reprehenſion de telz gallans. Si i’ay particularizé quelques ecriz, ſans toutefois toucher aux noms de leurs aucteurs, la iuſte douleur m’y à cõtrainct voyant noſtre langue quand à ſa nayſue proprieté copieuſe, & belle eſtre ſouillée de tãt de barbares poëſies, qui par ie ne ſcay quel noſtre malheur plaiſent cõmunement plus aux oreilles françoiſes, que les ecritz d’antique, & ſolide erudition. Les gentilz eſpris, meſmes ceulx, qui ſuyuent la court, ſeule eſcolle, ou voluntiers on apprent à bien, & propremẽt parler, deuroient vouloir pour l’enrichiſſemẽt de noſtre langue, & pour l’honneur des eſpriz françois, que telz poëtes barbares ou feuſſent fouettez à la cuyſine, uiſte punition de ceulx, qui abuſent de la pacience des Princes, & grands Seigneurs par la lecture de leurs ineptes oeuures : ou (ſi on les vouloit plus doucement traicter) qu’on leur donnaſt argent pour ſe taire, ſuyuant l’exemple du grand Alexandre, qui vſa de ſemblable liberalité en l’endroict de Cherille poëte ignorant. Certes i’ay grand’honnet, quand ie voy’ le peu d’eſtime que font les Italiens de noſtre poëſie en comparaiſon de la leur : & ne le treuue beaucoup etrange, quand ie conſidere que voluntiers ceulx qui ecriuent en la langue Toſcane, ſont tous perſonnaiges de grand’ erudition : voir iuſques aux Cardinaux meſmes, & aultres ſeigneurs de renõ, qui daignent bien prẽdre la peine d’enrichir leur vulgaire par infinité de beaux ecriz : vſant en cela de la diligence, & diſcretion familiere à ceulx, qui legerement n’expoſent leurs conceptions au publique iugement des hommes. Penſe donques ie te prie, lecteur, quel prix doiuẽt auoir en l’endroict de celle tant docte, & ingenieuſe nation Italienne les ecriz d’ung petit Magiſter, d’un Conard, d’un Badault, & aultres mignons de telle farine, dont les oreilles de noſtre peuple ſont ſi abbreuuées, qu’elles ne veulent auiourd’huy receuoir aultre choſe. Ie ſuis certain que tous lecteurs de bon iugement prendront ce, que ie dy, en bonne part : veu que ie ne parle du tout ſans raiſon. Au fort ſi nos petiz Rimeurs ſ’en trouuoint vn peu fachez, ie leur conſeilleroy’ de prendre pacience : conſiderant que ie ne ſuis vng Ariſtarque, ou Ariſtophane, dont la graue cenſure doiue oſter leurs ecriz du rôle de now poëſies : ou retarder leurs aucteurs de mieux faire à l’aduenir. Auſſi leur meſcontentement ne me doit rompre ma deliberation, qui par veu ſolennel me ſuis obligé aux Muſes, de ne mẽtir iamais (que ie le puiſſe entendre) ni en vin, ni en poëſie. Toutefois ie ne veux pas du tout eſtre iuge ſi ſeuere, & incorruptible en matiere de poëſie, que ie ſuyue l’hereſie de celuy qui diſoit mitte me in lapicidinas. Quelques vns ſe plaignent de quoy ie blâme les traductions poëtiques en noſtre langue, dont ilz ne ſont (diſent-ilz) illuſtrateurs ny gaigez ny renommez. Auſi ne ſuis-ie. Mais ſ’ilz n’alleguent aultre raiſon, ie n’y feray point de reſponſe. ENcores moins à ce qu’ilz diſent, que i’ay reſerué la lecture de mes ecriz à vne affectée demydouzaine des plus renommez poëtes de noſtre langue. Car ie n’auoy’ entrepris de faire vn catalogue de tous les aultres, meſmes de ceulx, qui ne m’etoient conneuz ny à leurs noms, ny à leurs oeuures. Ceux, dont ie ne cherche point les applaudiſſemens, ont occaſion de gronder. Auſſi plaiſent leurs aboys : car ie n’en crain’ gueres les morſures. Ie fonde encor’ (diſent ilz) l’immortalité de mon nom ſur moindre choſe que leurs eſcritz : dont toutefois ilz ne pretendent aucune louange. Ce n’eſt à eulx, ny à moy à iuger de noſtre cauſe : qui (dieu mercy) n’eſt de telle importãce, que la court y doibue eſtre longuement embeſongnée. Auſſi n’ay-ie pas fondé mon aduancemẽt ſur telles magnifiques cõparaiſons. Si en mes poëſies ie me loue quelques fois, ce n’eſt ſans l’imitation des anciens : & en cela ie ne penſe auoir encor’ eſté ſi excesſif, que i’aye pour illuſtrer le mien, offenſé l’hõneur de perſonne. Et puis ie me vante d’auoir inuenté ce, que i’ay mot à mot traduit des aultres. A peu que ie ne leur fay la reſponce, que fiſt Virgile à vn quiddam Zoile, qui le reprenoit d’emprunter les vers d’Homere. I’ay (ce me ſemble) ailleurs aſſez deffendu l’immitation. C’eſt pourquoy ie ne feray longue reſponſe à cet article. Qui vouldroit à ceſte ballance examiner les eſcritz des anciens Romains, & des modernes Italiens : leurs arrachant toutes ces belles plumes empruntées, dont ilz volent ſi haultement : ilz ſeroint en hazard d’eſtre accoutrez en corneille Horacienne. Si par la lecture des bons liures, ie me ſuis imprimé quelques traictz en la fantaiſie, qui apres venant à expoſer mes petites conceptions ſelon les occaſios, qui m’en ſont données, me coulent beaucoup plus facilement en la plume, qu’ilz ne me reuiennent en la memoire : doibt on pour ceſte raiſon les appeller pieces rapportées ? Encor’ diray-ie bien, que ceulx, qui ont leu les oeuures de Virgile, d’Ouide, d’Horace, de Perrarque, & beaucoup d’autres, qui i’ay leuz quelquefois aſſez negligemment, trouuerront, qu’en mes eſcriptz y a beaucoup plus de naturelle inuention, que d’artificielle, ou ſuperſticeuſe immitation. Quelques vngs voyans que ie finiſſoy’, ou m’efforçoy’ de finir mes Sonnetz par ceſte grace, qu’entre les aultres langues ſ’eſt faict propre l’Epigramme françois, diligence qu’on peult facilement recongnoiſtre aux oeuures de Caſſola Italien, diſent pour ceſte raiſon, que ie l’ay immité, bien que de ce temps la il ne fe feuſt congneu ſeulement de nom, ou Apollon iamais ne me ſoit en ayde. Ie me ſuis beaucoup trauaillé en mes ecriz de reſſembler aultre que moymeſmes : & ſi en quelque endroict i’ay vſurpé quelques figures, & façons de parler à l’imitation des eſtrangers : auſſi n’auoit aucun loy, ou priuilege de le me deffendre. Ie dy encores cecy lecteur, affin que tu ne penſes que i’aye rien emprunté des noſtres, ſi d’auanture tu venois à rencontrer quelques epithetes, quelques phraſes, & figures priſes des anciens, & appropriées à l’vſaige de noſtre vulgaire. Si deux peintres ſ’efforcent de repreſenter au naturel quelque vyf protraict, il eſte impoſible qu’ilz ne ſe rencontrent en meſmes traictz, & lineamens, ayans meſme exemplaire deuant eulx. Combien voit on entre les Latins immitateurs des Grecz, & entre les modernes Italiens immitateurs des Latins de commencemens, & de fins de vers, de couleurs, & figures poëtiques quaſi ſemblables ? Ie ne parle poinct des orateurs. Ceulx qui voudront conſiderer le ſtile des Ciceroniens, ou aultres, ne trouuerront eſtrange la reſſemblance, qu’ont, ou pourrõt auoir les poëmes frãçois, ſi chacun ſ’efforce d’eſcrire par immitation des eſtrangers. Tous ars, & ſciences ont leurs termes naturelz. Tous meſtiers ont leurs propres outilz. Toutes lãgues ont leur motz & loqutions vſitées : & qui n’en voudroit vſer il ſe faudroit forger à part nouueaux artz, nouueaulx meſtiers, & nouuelles lãgues. Ce que i’ay dict, cetuyci la dict encor’, & cetuyla, auſſi les Muſes n’ont reſtrainct, & enfermé en l’eſprit de deux ou trois tout ce, qui ſe peut dire de bonne grace en noſtre poëſie. S’il y a quelques faultes en mes eſcritz, auſſi ne ſont tous les aultres parfaictz. Ceulx qui auecques raiſon me voudront faire ce bien de me reprendre, ie mettray peine d’en faire mon profit. Car ie ne ſuis du nombre de ceulx, qui ayment myeux deffendre leurs faultes, que les corriger. Mais ſi quelques vngs directement ou indirectement (cõme on dict) me vouloient taxer nõ point auecques la raiſon, & modeſtie accoutumée en toutes honneſtes controuerſies de lettres : mais ſeulement auecques vne petite maniere d’irriſion, & contournement de nez, ie les aduerty’ qu’ilz n’attendẽt aulcune reſponſe de moy : car ie ne veux pas faire tãt d’honneur à telles beſtes maſquées, que ie les eſtime ſeulement dignes de ma cholere. Si quelques vns vouloient renouueler la farce de Marot, & de Sagon, ie ne ſuis pour les ẽpeſcher : mais il fault, qu’ilz cherchent aultre badin pour iouer ce rôle auecques eux. Voyla vng petit deſſeing lecteur, de ce que ie pourroy’ bien reſpondre à mes calomniateurs ſi ie vouloy’ prẽdre la peine de leur tenir plus long propoz. Quãd à ceux qui blaſment en moy cet etude poëtique, comme totalement inutile, ſ’ilz veulent combatre contre la poëſie, elle a des armes, pour ſe deffendre : ſ’ilz plaignent l’empeſchement de ma promotion, ie les remercie de leur bonne volunté. Ceux qui ayment le ieu, les banquetz & aultres menuz plaiſirs, qu’ilz y paſſent & le iour, & la nuict ſi bon leur ſemble. Quand à moy, n’ayant aultre paſſetems de plus grand plaiſir, ie donneray voluntiers quelques heures à la poëſie. Et combien ce m’eſt vn labeur peu laborieux, & coutumier, ſi ce n’eſt ou faiſant quelque voiage, ou en lieu qui n’ait aultre plus ioyeuſe occupatiõ, bien l’entendent ceux qui me hantent de familiarité. I’ayme la poëſie, & me tire bien ſouuent la Muſe (cõme dict quelq’un) furtiuement en ſon oeuure : Mais ie n’y ſuis tant affecté, que facilement ie ne m’en retire, ſi la fortune me veult preſenter quelque choſe, ou auecques plus grand fruict ie puiſſe occuper mon eſprit. Ie te prie donques amy lecteur, me faire ce biẽ de penſer que ma petite muſe telle qu’elle eſt, n’eſt toutefois eſclaue, ou mercenaire comme d’ung tas de rymeurs à gaiges : elle eſt ſerue tant ſeulement de mon plaiſir. Ie te prie encores ne trouuer mauuais cet aduertiſſemẽt, ou t’ẽnuyer de ſa lõgueur, cõme oultrepaſſant les bornes d’une epiſtre : En recõpence de quoy ie te fay’ preſẽt de mõ Oliue augmẽtée de plus de la moitié, & d’une Muſagnoeomachie : c’eſt a dire la Guerre des Muſes & de l’Ignorãce. Ceux qui ne treuuent rien bon, ſi non ce qui ſort de leur main, y trouuerront à mordre en beaucoup de lieux : meſme en cet endroict ou ie fay mention de quelques ſcauans hommes de noſtre France. Les vns diront que i’en ay laiſſé, que ie ne deuoy’ pas oublier. Les aultres, que ie n’ay pas gardé l’ordre : nommant quelques vngs les derniers, qui meritoiẽt bien eſtre au premier ranc. Ie n’ay qu’vne petite reſponſe à toutes ces obiections friuoles : c’eſt, que mon intention n’eſtoit alors d’ecrire vne hyſtoire, mais vne poëſie. Et combien ce genre d’eſcrire eſt peu conſciencieux en telles choſes, ie m’en rapporte ſeulement à ceux qui l’entendent. Mais pour quoy pren-ie tant de peine lecteur, à preoccuper l’excuſe de ce qui ſera trouué (peult eſtre) la moindre faulte de mes oeuures ? I’ay touſiours eſtimé la poëſie comme vng ſomptueux banquet, ou chacun eſt le bien venu, & n’y force lon perſonne de manger d’une viande, ou boire d’un vin, ſ’il n’eſt à ſon gouſt, qui le ſera (poſſible) a celuy d’un aultre. C’eſt encor’ la raiſon pourquoy i’ay ſi peu curieuſemẽt regardé a l’orthographie : la voyant auiourdhuy auſſi diuerſe, qu’il y a de ſortes d’ecriuains. I’appreuue, & loue grandement les raiſons de ceux, qui l’ont voulu reformer : mais voyãt que telle nouueaulté deſplaiſt autant aux doctes comme aux indoctes : i’ayme beaucoup mieulx louer leur inuention que de la ſuyure : pource que ie ne fay pas imprimer mes oeuures en intention qu’ilz ſeruent de cornetz aux apothequaires : ou qu’on les ẽploye à quelque aultre plus vil meſtier. Si tu treuues quelques faultes en l’impreſſiõ tu ne t’en dois prendre à moy, qui m’en ſuis rapporté a la foy d’autruy Puis le labeur de la correction eſt tel, ſingulieremẽt en vn œuure nouueau, que tous les yeux d’Argus ne fourniroient à voir les faultes, qui ſ’i treuuent.

a diev ami lectevr,

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