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Chapitre 101

Le combat fut long, la dispute intérieure fut épouvantable chez la mère. La lutte dura des semaines, des mois. Il fallut plus d’une fois l’autorité et la parole du confesseur. Mais déjà cependant, d’un jour à l’autre, l’enfant sentait un peu moins de sa mère dans la femme qui le faisait manger, l’emmenait quand elle sortait, laissait tomber par habitude, le matin et le soir, sur son front, la froideur de sa bouche. Le petit être se sentait oublié de ses pensées, de ses yeux, de ses regards ; il souffrait de la privation de ces doux petits mots inutiles dont elle ne le gâtait plus, de ces silences de caresse avec lesquels, autrefois, elle semblait lui dire, les lèvres fermées : « Je t’aime ! » Avec lui, elle n’avait plus sa voix de petite mère, et elle ne lui donnait plus rien de cette tiédeur d’amour, l’air vital de son petit cœur.

Au souffle de toutes les idées, versées en elle, sur l’indignité des affections charnelles et imparfaites pour la créature périssable et créée sur le sacrifice généreux qu’on en doit faire au Créateur, cette froideur de Mme Gervaisais grandissait péniblement, au milieu de tourments, de rechutes, de retours qui la rejetaient à son enfant, la traversaient d’envies soudaines de l’étreindre, d’élans dont elle se sauvait en fuyant brusquement dans sa chambre, où elle fondait en larmes, se grondant de ses faiblesses, et se tendant à l’affreux supplice de l’insensibilité maternelle, faisant sur elle le travail de « broyer son cœur », selon l’ordre du Trinitaire.

À la longue, un sentiment de peur d’elle-même lui venait devant le pauvre petit, comme devant un danger : elle se reculait de lui, se défendait de sa présence ainsi que d’une tentation. Le sentiment d’une femme en garde contre une séduction de sa chair et de ses os se glissait en elle contre son enfant. Et à la fin de tous ces bouleversements d’une conscience et des instincts d’une mère, elle s’arrachait une sorte de haine, peut-être cette haine sainte, cette monstrueuse victoire dénaturée sur le sang, la dernière et suprême victoire de la religion, une haine d’un mélange étrange pour ce fils où elle ne voyait plus son fils, mais seulement un obstacle à son salut, un empêchement des bontés de Dieu sur elle, un ennemi chéri et détesté de sa vie éternelle !

À l’exemple d’une illustre Sainte qui ne pouvait guérir d’une affection terrestre, elle récitait tous les jours, selon la recommandation de son confesseur, l’hymne du Veni Creator Spiritus. Un certain jour, comme elle le récitait, tout à coup, une main puissante et efficace lui fit l’effet de lui retourner le cœur et d’en renverser tout ce qui y restait de tendre : elle ne se sentit plus aimer son enfant, elle ne se sentit plus aimer personne.

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