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Chapitre 100

Cette nuit-là, Mme Gervaisais ne se coucha pas. Agenouillée devant un crucifix accroché au mur de sa chambre, elle passa toute la nuit à s’entretenir avec le morceau de cuivre, lui racontant sa vie, lui disant ses larmes dans une de ces conversations presque familières de l’exaltation, qui font parler à Dieu, attendre qu’il réponde, et causer avec lui comme avec une personne qui serait là.

Elle lui disait :

« Je vous ai tout sacrifié, mon Dieu, depuis que je vous connais… Mon Dieu, mon Dieu ! je vous prie, écoutez-moi en pitié… Oui, j’ai été longtemps sans vous voir, et je ne trouvais pas le chemin pour aller à vous… Mais vous savez depuis mon affliction, mon amertume, combien je me déteste, combien je me fais horreur et dégoût dans mon passé… Et pourtant, mon Dieu, je ne peux pas ne plus être mère… je ne peux pas ne plus aimer mon enfant… C’est trop, mon Dieu ! c’est trop ! Mon Dieu, mon confesseur jésuite me permettait mon enfant… Il trouvait que cet amour-là ne vous faisait point tort… Pourquoi celui-ci m’en demande-t-il plus ?… Mon Dieu ! je vois bien votre tête inclinée vers moi, vos yeux abaissés sur moi, vos bras ouverts devant moi, en signe de clémence et de pardon… Mais vous ne me répondez pas, mon Dieu ?… Mon Dieu ! mais est-il juste que cet enfant soit malheureux et qu’il souffre par moi ?… que je le tue !… moi qui l’ai déjà estropié en lui donnant la vie !… Car vous m’avez frappée à sa naissance, mon Dieu… Oh ! je ne vous accuse pas, mon Dieu !… Vos volontés sont à vous… Mais faut-il qu’il en meure à présent, mon pauvre innocent d’enfant !… Répondez-moi, mon Dieu… Vous ne me répondez pas, mon Dieu… »

Et la misérable femme, gémissante et sanglotante, se tordait à terre, sous le crucifix, ainsi qu’une mère de fils condamné aux pieds d’un juge impitoyable et muet. Et la nuit s’avançant, la douleur désespérée de ses supplications, le cri de cette grâce qu’elle demandait toujours plus haut, finissaient par réveiller Honorine qui crut un moment quelqu’un entré chez sa maîtresse. Pieds nus, elle vint écouter à la porte de la chambre, effrayée.

Pendant une longue heure elle entendit ces mêmes larmes, ces mêmes sanglots, ces mêmes prières : « Répondez-moi, mon Dieu !… mais répondez-moi donc, et faites que je vous entende ! »

Puis ce ne furent plus, sous l’épuisement, que des pleurs étouffés, des plaintes, une voix presque évanouie qui continuait à murmurer : « Enfin ! c’est toujours mon enfant !… »

Dernier mot de cette cruelle litanie, dans le silence de la chambre, au bas de l’agonie d’un Dieu en croix.

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