Chapitre 103
A cette époque, Mme Gervaisais n’avait plus à se mettre sur le dos qu’une vieille robe noire, trop large pour sa maigreur, et qu’Honorine avait remployée ; en linge, elle possédait six chemises reprisées et quelques mauvais mouchoirs. Et elle ne voulait pas entendre parler de rien racheter.
De jour en jour, depuis des mois, elle avait fait plus étroites, plus mesquines, plus honteuses, les privations pour elle et autour d’elle. À la suite du renvoi du domestique, puis de la voiture, elle avait restreint la dépense de l’intérieur, resserré sa maison, sa vie, celle de son enfant, avec la plus extrême parcimonie d’une avarice maniaque, et qui, venant d’elle, surprenait Honorine, ne pouvant y trouver d’autre explication qu’un caprice de malade, et ne sachant ce que devenait l’argent de Madame.
Cette âpreté, cette dureté impitoyable contre elle-même et les autres ne faisait que croître. Si frileuse qu’elle aurait mieux aimé « se passer, disait-elle, de pain que de feu », elle se refusait la chaleur d’un brasero par les matinées ou les soirées froides.
Quand Mme Gervaisais s’était établie dans le Transtevere, Honorine avait pensé à ne pas laisser sa maîtresse s’empoisonner avec les plats italiens de la trattoria du quartier ; et elle s’était mise à lui faire, de son mieux, la cuisine. Mme Gervaisais avait fini par trouver que la cuisine à la maison coûtait trop cher ; et elle avait fait venir d’à côté son économique et monotone dîner quotidien : un bouillon avec des abattis de dindon, et un poulet de Rome, un poulet de la grosseur d’un pigeon, sur lequel trois bouches devaient vivre.
Son fils serait mort de faim, si Honorine ne l’avait nourri en cachette.
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