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Chapitre 46

Il y a à Castel-Gandolfo un endroit abandonné, un coin désert où personne ne passe, une place inanimée, muette, où des gamins jouent à la marelle italienne, au filo molino, une terrasse à parapet de terre et de pierre, d’où roulent à pic dans le lac des pentes d’arbres et d’arbustes, diminuant à l’œil dans la descente et ne semblant plus, tout au bord de l’eau, que des tiges de graminées. C’est au chevet de l’église, une église montrant l’oubli et la décrépitude des siècles sur son fronton effacé, ses fenêtres bouchées, son balcon descellé d’où pend un morceau de grille, sa grande porte pourrie, son vieux plâtre mangé par les mousses jaunes. De chaque côté se pressent, délabrées, lépreuses comme cette ruine d’église, de pauvres maisons de paysans, terminées par ces grands promenoirs aux baies carrées qui permettent d’embrasser la campagne.

Ce fut là, dans une de ces maisons dont elle avait fait blanchir à la chaux tout l’étage supérieur, que Mme Gervaisais s’installa avec des meubles loués à Rome, des fleurs, des stores, préférant, au confortable qu’elle aurait pu trouver dans un appartement de la grande rue, ce plaisir d’être tout le jour abritée du soleil, à vivre de l’air, à jouir du paysage, du petit lac, de son eau solitaire, de son bleu dormant, de sa plénitude ronde dans la coupe d’un ancien volcan, de son immobilité sans rides dans cette ceinture de bois et cette sauvagerie coquette, qui ont fait si poétiquement appeler ces petits lacs du pays des « miroirs de Diane ».

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