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Chapitre 63

Dans l’église du Gesù, il y a un confessionnal, le second à droite, quand on entre par la porte de la Via del Gesù.
Il est sous la mosaïque de la chaire, pris et étranglé entre les deux appuis portés par des têtes d’anges, avec l’ombre de la chaire sur son bois brun, ses colonnettes, son fronton écussonné, le creux de sa nuit, se détachant tout sombre sur le marbre jaune des pilastres sur le marbre blanc des soubassements. Il a deux marches sur les côtés pour les genoux de la pénitente ; à hauteur d’appui, un petit carré en treillis de cuivre, au milieu duquel le souffle des bouches et l’haleine des péchés ont fait un rond sali et rouillé ; plus haut, dans un pauvre cadre noir, une maigre image sous laquelle est imprimé. : Gesù muore in croce, et dont le verre reçoit comme un reflet de sang du feu remuant d’une lampe pendue dans la chapelle à côté.

C’était le confessionnal où régulièrement, le mardi et le vendredi, le P. Giansanti recevait la confession de Mme Gervaisais. Souvent elle y passait près de deux heures, deux heures pendant lesquelles, du confesseur secret, caché, ténébreux, invisible, enfoncé et disparu là, sans tête et sans visage, ne paraissait qu’une main qui tenait renversé le petit volet derrière lequel le Père écoutait masqué, – une main qui ne bougeait pas, une main grasse et pâle, sans fatigue et sans mouvement, une main impassible, coupée et clouée au bois, une main qui faisait peur à la fin, comme une main morte et une main éternelle !

L’heure se passait, puis la demie : Mme Gervaisais posait son front, qu’elle avait peine à porter, contre l’accotoir. Et l’enfant, qui, de la chapelle Saint-Ignace où sa mère l’avait agenouillé à prier, venait voir de temps en temps, voyait toujours cette main.

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