‹ Manuel des difficultés les plus communes de la langue française, adapté au jeune âge et suivi d'un recueil de locutions vicieusesChapitre 1 sur 2 · V. AUXILIAIRES.

V. AUXILIAIRES.

PERSONNE pronom indéfini, a un sens vague, s'emploie sans article et sans adjectif déterminatif, et signifie aucune personne, qui que ce soit: il est toujours du masculin et du singulier: PERSONNE n'est assez sot pour le croire;--il n'y a PERSONNE qui ne soit fâché.

Personne substantif a un sens déterminé; il est accompagné de l'article, ou d'un adjectif déterminatif, et est féminin: quelle est la personne assez SOTTE pour le croire?--il n'y a pas UNE personne qui n'en soit FACHÉE.

PERSES. On doit appeler Perses les anciens habitans de la Perse, et Persans ceux d'aujourd'hui.

PERSUADER. La grammaire permet d'écrire,--les modernes se sont PERSUADÉS qu'ils surpassaient les anciens--et--les modernes se sont PERSUADÉ qu'ils surpassaient les anciens. La raison en est qu'avec le verbe se persuader, le pronom se peut être également régime direct, ou régime indirect du verbe: en effet, on dit persuader quelqu'un, et persuader À quelqu'un.

PEU, suivi d'un pronom relatif, veut le verbe qui suit au subjonctif: il y a peu d'hommes, qui SACHENT supporter l'adversité.

Un petit peu est une faute grossière: dites simplement, un peu.

Pour le peu que est un barbarisme, il faut dire, pour peu que.

PEUR. La locution conjonctive, de peur que, veut toujours ne devant le verbe suivant: de peur qu'il NE vienne.

Avoir peur exige également ne devant le verbe qui suit: j'ai peur qu'il NE vous trompe: à moins qu'avoir peur ne soit accompagné d'une négation; ou ne soit employé interrogativement: dans ces deux cas on supprime ne: je n'ai pas peur qu'il vous trompe?

PEUT-ÊTRE employé avec le verbe pouvoir forme un pléonasme ridicule: ne dites pas: peut-être il pourra venir, mais, peut-être il viendra.

PIRE, adjectif comparatif, se joint toujours à un substantif, et s'accorde avec lui. De deux maux il faut éviter le PIRE:--les PIRES des ennemis ce sont les flatteurs.

Pire, suivi de que, veut ne devant le verbe qui suit: ce vin est pire que je NE le pensais: à moins que cet adjectif n'accompagne un verbe négatif, ou ne soit employé interrogativement: ce vin n'est pas pire que je le pensais:--ce vin est-il pire que vous le pensiez?

PIS est l'opposé de mieux, et se dit pour plus mal. Il ne se joint pas à des substantifs masculins ou féminins, mais seulement à des noms, où à des pronoms indéterminés, comme dans cette phrase, rien n'est PIS qu'une mauvaise langue.

Pis est quelquefois substantif: le PIS de l'affaire est que...

Pis est aussi adverbe comparatif: DE PIS en PIS,--de mal en PIS,--tant PIS.

Le peuple dit abusivement de PIRE en PIRE,--de mal en PIRE,--tant PIRE.

PLAINDRE. Se plaindre de ce que, suppose un sujet de plainte: il se plaint DE CE QUE vous l'avez trompé.

Se plaindre que ne suppose pas lieu à la plainte: il a tort de se plaindre QUE vous l'ayez trompé.

Le participe passé de se plaindre s'accorde toujours avec le second pronom: ils se sont PLAINTS de vous:--elle s'est plainte de votre conduite: excepté lorsque se plaindre signifie se refuser, cas dans lequel le second pronom cesse d'être régime direct, elle s'est PLAINT le boire et le manger.

PLAIRE. Ce qui plait est ce qui est agréable: ce qu'il plait est ce que l'on veut: les incensés sacrifient leurs intérêts à ce QUI leur PLAIT:--les gens d'un caractère opiniâtre ne veulent faire que ce QU'IL leur PLAIT.

On doit répondre à quelqu'un qui offre quelque chose, ce QU'IL vous plaîra, et non pas, ce QUI vous plaîra.

Le participe passé de plaire est toujours invariable:--ils nous ont PLU:--ils se sont PLU réciproquement:--ils se sont PLU à me contrarier:--elles se sont PLU à la campagne.

PLAISIR (il y a). Cette locution prend à devant une consonne, et de devant une voyelle. Il y a plaisir À l'entendre chanter:--il y a plaisir D'avoir affaire à un homme si loyal.

PLÉONASME. Le pléonasme est autorisé lorsqu'il ajoute à la phrase plus d'énergie et de grâce; mais souvent il est un vice à éviter. Voici quelques phrases dans lesquelles le pléonasme est vicieux. S'entr'égorger les uns les autres: les mots les uns les autres sont superflus:--plaintes réciproques de part et d'autre: de part et d'autre sont redondans: discours rempli de beaucoup de citations: beaucoup est inutile.--À Mons. N, Prêtre, Curé de N;--À Mons. N, Prêtre, Vicaire de N:--Je, soussigné, Prêtre, Curé de N. Le mot prêtre dans ces phrases est superflu:--une heure de temps: retranchez de temps:--ainsi donc vous avez tort; l'un des deux termes ainsi et donc est redondant:--les ennemis reculent en arrière: on ne recule pas en avant; en arrière est donc superflu; un brillant éclat: brillant est superflu, car tout éclat est brillant:--un cadavre inanimé; certes il n'y a pas de cadavre animé:--il fut forcé malgré lui d'y consentir; supprimez malgré lui:--il faut s'entr'aider mutuellement; le dernier mot de cette phrase n'ajoute rien au sens:--un petit peu; retranchez petit:--dépêchez-vous vite; vite est superflu:--tempête orageuse; retranchez orageuse:--voyons voir; répétition barbare:--je vais aller le chercher, dites je vais le chercher:--pour faire fuir les ennemis on n'aurait seulement qu'à se montrer; seulement est superflu:--je vais dîner, et puis ensuite je me rendrai chez vous; puis signifie ensuite, il faut donc retrancher l'un ou l'autre:--réellement vrai; langage ridicule:--au jour d'aujourd'hui; jour est de trop:--hémorragie de sang: retranchez de sang, puisque le mot hémorragie signifie par lui-même perte de sang:--il est impossible qu'on puisse réussir; dites, il est impossible de réussir:--il est impossible de pouvoir; otez de pouvoir:--je suis bien parfaitement, ou très-parfaitement votre humble serviteur; les mots bien et très, joints à parfaitement, sont redondans, parce qu'on ne peut rien ajouter à ce qui est parfait:--un des modèles les plus parfaits est une faute, retranchez les plus. Quelques grammairiens souffrent dans la conversation familière ces expressions, montez en haut;--descendez en bas;--je veux unir ces deux prairies ensemble.

PLIER, c'est mettre en plusieurs doubles: plier du linge;--plier une lettre.

PLOYER. Je ploie, tu ploies, il ploie, nous ployons, vous ployez, ils ploient, je ployais, nous ployions, vous ployiez, ils ployaient, je ployai, je ploierai, je ploierais, ploie, ployons, ployez, que je ploie, que nous ployions, qu'ils ploient, que je ployasse, ployant, ployé, ployée.

Ployer, c'est courber, faire fléchir: ployer une branche d'arbre.

PLUPART. Le substantif plupart étant un collectif partitif, veut que le verbe et les autres correspondans, comme adjectifs, participes et pronoms s'accordent avec le substantif exprimé, ou sous-entendu après la plupart: la plupart du monde PENSE,--la plupart des sénateurs ÉTAIENT MÉCONTENS et FATIGUÉS de la guerre;--la plupart ÉTAIENT d'avis que...

Dans le premier exemple l'accord a lieu avec monde, dans le second avec sénateurs, et dans le troisième avec le mot sénateurs sous-entendu; c'est comme s'il y avait, la plupart des sénateurs étaient d'avis que...

PLUS. Le superlatif le plus, la plus, les plus, veut après lui le subjonctif: les mouvemens des planètes sont les plus réguliers que nous CONNAISSIONS.

Avant les adverbes plus, mieux, moins, on emploie le, la, les, pour exprimer une comparaison: cette dame ne pleurait pas, quoiqu'elle fût LA PLUS affligée, c.-à-d., la dame plus affligée que les autres.

Au contraire on emploie simplement le pour marquer une qualité portée au plus haut degré, sans aucune idée de comparaison avec d'autres objets: cette dame ne pleure pas alors même qu'elle est LE PLUS affligée:--il s'est baigné dans l'endroit où les eaux sont LE MOINS rapides.

Dira-t-on, les opinions LES PLUS ou LE PLUS généralement suivies?

La réponse dépend de l'intention de celui qui parle.

S'il s'agit d'opinions considérées en elles-mêmes, et sans comparaison, on dira LE PLUS généralement suivies.

Si au contraire, vous avez en vue d'autres opinions moins suivies, et que vous vouliez indiquer une comparaison, vous direz LES PLUS généralement suivies.

Lorsque le terme de comparaison placé après plus exprime une idée de mesure, de quantité, cet adverbe doit être suivi de la préposition de, et non de que: il est plus D'à demi mort:--mon argent est plus D'à moitié dépensé.

PLUS TÔT, PLUTÔT. Il ne faut confondre ces deux mots. Plus tôt, locution adverbiale, est l'opposé de plus tard: plutôt, adverbe, marque une préférence. Plutôt mourir que de trahir ma foi.

POINT. Pas énonce simplement la négation: point l'exprime avec beaucoup plus de force: il n'a PAS d'esprit ce qu'il faut pour cette place:--c'est un homme qui n'a POINT d'esprit.

Il n'en est pas de même quand on interroge: si ma question est accompagnée de doute, je dirai; n'avez-vous point été là? mais si je suis persuadé, je dirai par manière de reproche: n'avez-vous pas été là?

PORTE. Les mots composés qui suivent ne prennent point d's au pluriel: porte-éguille, porte-baguette, porte-balle, porte-chape, porte-collet, porte-crayon, porte-croix, porte-crosse, porte-dieu, porte-drapeau, porte-enseigne, porte-étendard, porte-lanterne, porte-malheur, porte-manteau, porte-mousqueton, porte-respect, porte-verge, etc. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS.

POUPÉE, jouet d'enfant. On substitue souvent à ce mot celui de catin. Le mot catin, quoique désigné par quelques auteurs comme synonyme de poupée, sonne mal aux oreilles délicates, au point qu'il n'est plus prononcé en ce sens dans la bonne société, et que le Dict. de l'Académie, Édit. de 1834, ne lui donne d'autre signification que celle de femme de mauvaises moeurs.

POURVOIR. Passé défini, je pourvus: futur, je pourvoirai; conditionel, je pourvoirais: imparfait du subj. que je pourvusse. Le reste sur voir.

POUVOIR. Je puis est plus usité que je peux. On ne dit pas peux-je? mais puis-je? Avec pouvoir on peut supprimer pas et point; je ne puis:--il ne peut sortir:--il en est de même des verbes cesser, oser, et savoir.

PRENDRE GARDE QUE veut ne devant le verbe suivant: prenez garde qu'on NE vous trompe: excepté quand il est employé interrogativement, ou avec une négation.

PRÉPOSITIONS. Les prépositions à, de, en, se répètent toujours avant chaque régime: il dut la vie À la clémence, et À la magnanimité du vainqueur:--il est doux DE servir, et DE contribuer à sa gloire.

Les autres prépositions, surtout celles qui n'ont qu'une syllabe, se répètent quand les régimes n'offrent aucune ressemblance de signification. DANS la paix et DANS la guerre:--PAR la force et PAR l'adresse.

Au contraire elles ne se répètent pas quand les régimes sont des expressions synonymes: DANS la mollesse et l'oisiveté:--PAR la force et la violence:--À TRAVERS les dangers et les obstacles.

PRÈS, veut après lui la proposition de: près DES montagnes;--près DU château, excepté dans le style familier; près le marché.

Près de indique aussi le temps et le nombre: il est PRÈS DE deux heures;--il y a PRÈS DE vingt ans. Ne dites pas: il est PROCHE de deux heures:--il y a PROCHE de vingt ans.

PRESQUE. L'e final de presque s'élide seulement dans presqu'île; ainsi écrivez sans élision, ouvrage PRESQUE achevé:--habit PRESQUE usé.

PRÊT À adjectif, signifie disposé à: prêt À partir:--ils sont prêts À commencer. Près de préposition, signifie sur le point de: le soleil est près DE se coucher.

PRÉVALOIR se conjugue sur valoir, excepté au présent du subjonctif, où il fait, que je prévale, que tu prévales, qu'il prévale, que nous prévalions, que vous prévaliez, qu'ils prévalent.

PRIER. Imparf. de l'ind. nous priions, vous priiez, ils priaient: présent du subjonctif, que nous priions, que vous priiez.

Prier DE dîner se dit d'une invitation accidentelle: Prier À dîner d'une invitation préméditée.

PRONOMS RELATIFS. Les pronoms relatifs qui, que, lequel, laquelle, dont, où, veulent le subjonctif après eux, quand ils ont pour antécédent un nom employé dans une phrase qui marque le doute, le désir, l'interrogation ou le commandement; et l'indicatif, lorsque la phrase exprime quelque chose de positif.

Pronoms relatifs avec l'indicatif.

Je connais quelqu'un qui POURRA vous rendre ce service:--voilà un livre que vous POURREZ consulter au besoin:--prêtez-moi ce livre dont vous n'AVEZ pas besoin:--ne quittez pas une place où vous ÊTES commodément, et d'où vous ENTENDEZ bien.

Les mêmes pronoms avec le subjonctif.

Connaissez-vous quelqu'un qui PUISSE me rendre ce service?--donnez-moi un livre que je PUISSE consulter au besoin;--prêtez-moi un livre dont vous n'AYEZ pas besoin:--choisissez une place où vous SOYEZ commodément, et d'où vous ENTENDIEZ bien.

Auquel, à laquelle, sont d'un usage très-ordinaire, et presque toujours indispensable quand il est question de choses: le jardin AUQUEL je donne mes soins:--les sciences AUXQUELLES je m'applique.

Mais si l'on parle de personnes, on est libre d'employer à qui, ou auquel, à laquelle: Dieu À QUI, ou AUQUEL nous devons rapporter toutes nos actions.

Quand ce sont des prépositions autres que de et à, qui régissent le pronom relatif, l'on peut employer indifféremment qui ou lequel, si l'on parle de personnes, et dire; cherchons à fléchir le Juge DEVANT QUI, OU DEVANT LEQUEL nous devons paraître un jour:--on s'ennuie toujours avec ceux AVEC QUI, ou AVEC LESQUELS il n'est pas permis de s'ennuyer.

Mais si l'on parle de choses, l'on doit se servir de lequel, laquelle: l'opinion CONTRE LAQUELLE je me déclare.

Qui s'emploierait cependant dans les cas où les choses seraient personnifiées: rochers À QUI je me plains:--la gloire À QUI je me suis dévoué.

PRONONCIATION. La prononciation de la conversation diffère de celle de la déclamation, et de la lecture, en ce qu'elle souffre une infinité d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas trop rudes. L'usage est tellement prononcé à cet égard, qu'il serait d'un pédant de ne pas s'y conformer. Ainsi dans la conversation, folâtrer et rire:--aimer à jouer, se prononcent, folâtré et rire:--aimé à jouer. En général l's finale des verbes ne se prononce point devant une voyelle: ainsi, tu aimes à rire:--tu joues avec prudence, se prononcent, tu aime à rire:--tu joue avec prudence.

L'articulation vicieuse de la diphthongue oi, si fréquente chez nous, doit attirer l'attention sérieuse de l'instituteur; ou plutôt, devons-nous dire, sa conscience est grevée à cet égard, d'une immense responsabilité envers ses élèves et la société.

En discutant la prononciation de cette diphthongue, Gatel, dans la préface de son dictionnaire, p. XII (Édit. de 1813) dit:

«Quant à la diphthongue oi...je n'ignore pas que l'usage lui donne chez nous...une susceptibilité de plusieurs nuances, pour ceux du moins qui...ont les organes extrêmement souples et délicats. C'est tantôt le son d'oe, ou plutôt d'oè;...tantôt celui d'oa...tantôt celui d'oua...mais ces nuances m'ont paru en général si légères, si difficiles à saisir...que...j'ai jugé plus convenable...de désigner toujours...la prononciation d'oi par oa, en prenant la seule précaution d'affecter l'a de l'accent circonflexe, suivant que le son en devait être plus ou moins fortement appuyé.»

Duvivier, dans son article des diphthongues, dit que le son le plus naturel de la diphthongue oi,

«est celui que l'on suit en grec, où l'on fait entendre l'o et l'i, comme dans voi-ïelle, roi-ïaume (voa-ïelle, roa-ïaume) mais,» dit-il, «elle a encore d'autres sons qu'il est difficile de représenter par écrit.»

Outre Gatel déjà cité, Noël et Chapsal dans leur dictionnaire, et Rolland dans son vocabulaire, désignent toujours la prononciation de la diphthongue oi par oa, ou oua. Suivant eux, voir, boire, croire, moi, toi, droit, etc., se prononcent, voar, boar, croar, moa, toa, droa.

Il faut donc éviter de donner le son de l'è ouvert à la diphthongue oi, et se garder de prononcer, vo-ère, bo-ère, cro-ère, mo-è, to-è, dro-è, etc.

Le Dictionnaire de l'Académie, et la plupart des grammairiens modernes donnent, à quelques nuances près, la même règle pour la prononciation de la diphthongue oi.

Le son de la voyelle a, comme le son de quelques autres voyelles, peut être aigu ou grave: il est aigu dans patte, natte et grave dans hâte, pâte. On conçoit, facilement que le son grave doit être plus fort, plus rempli que le son aigu: mais on doit éviter de prononcer l'a comme les anglais le prononcent dans LAW (loi): et les allemands dans JA (oui) avec une effrayante ouverture de bouche. La douceur, l'harmonie de la langue française, ne peut souffrir la rudesse de tels sons.

L'Académie vient à l'appui de cette règle de la prononciation de la voyelle a.

«Le son de l'a, en français, est le même dans tous les mots: il ne différe que par sa durée, et par des nuances peu sensibles. Il est long ou bref: long dans pâte, grâce; bref dans glace, trace. Dict. de l'Ac. Édit. de 1832.»

Les autres voyelles susceptibles de devenir graves, sont e, u, o: tempête, jeûne, côte.

PROPORTIONNEL adjectif, et PROPORTIONNELLEMENT adverbe, termes de mathématiques, sont employée quand il s'agit de quantités en lignes, en nombres ou en grandeurs, qui sont en proportion. Réduire PROPORTIONNELLEMENT un grand plan à un petit.

Dans les autres cas, où il est question de proportion entre une chose et une autre chose, on se sert du participe proportionné, et de l'adverbe proportionnément: le remède est PROPORTIONNÉ au mal:--il n'a pas été récompensé PROPORTIONNEMENT à son mérite.

PROPRE À, désigne une vocation, ou une destination encore imparfaite. Propre pour, marque une capacité acquise: un homme propre à la guerre, pourra être un jour un guérier: un homme propre pour la guerre, a ce qu'il faut pour l'être maintenant.

PUISQUE. L'e de puisque ne s'élide que devant il, ils, elle, elles, on, un, une: même observation pour le mot quoique.

QUATRE-VINGTS prend la marque du pluriel: quatre-vingts hommes: excepté quand il est suivi d'un autre adjectif de nombre: quatre-vingt-dix hommes. Il est également invariable quand il s'agit de la date: l'an mil huit cent quatre-VINGT.

QUELQUE s'écrit de trois manières:

1º. suivi d'un verbe il se met en deux mots, quel que, et alors quel adjectif s'accorde au genre et en nombre avec le sujet du verbe: QUELS QUE soient les humains.

2º. suivi d'un substantif il s'écrit en un mot, quelque, et s'accorde en nombre avec ce substantif: QUELQUES raisons que vous puissiez me donner.

3º. suivi d'un qualificatif, soit adjectif, soit participe, soit adverbe, quelque s'écrit également en un mot: mais alors il est adverbe, et conséquemment reste invariable: QUELQUE puissans qu'ils soient:--QUELQUE considérés que nous soyons:--QUELQUE adroitement qu'ils s'y prennent.

L'e finale de quelque s'élide seulement devant un, une, autre, il, elle, elles: quelqu'un,--quelqu'une,--quelqu'autre, --quelqu'il soit,--quelle qu'elle soit.

QUELQUE CHOSE. Quand quelque chose signifie une certaine chose, il est substantif masculin. J'ai vu quelque chose de BEAU. Il est substantif féminin lorsqu'il veut dire, quelque soit la chose. Quelque chose que je lui ai DITE.

QUÊTER. C'est abusivement qu'on emploie ce mot pour signifier mendier. Quêter, c'est faire une collecte pour les pauvres, pour les objets de confréries, pour les établissemens religieux, etc. Mendier c'est demander l'aumône.

Même remarque pour quêteur qu'on fait synonyme de mendiant.

Quêteux pour mendiant est doublement barbare.

QUI prend le nombre et la personne de son antécédent, et les communique au verbe dont il est le sujet. Conséquemment on dira: moi qui AI parlé:--toi qui AS parlé:--lui ou elle qui A parlé:--nous qui AVONS parlé:--vous qui AVEZ parlé:--ils, ou elles qui ONT parlé.

On doit donc aussi dire, si c'était moi qui VOULUSSE--si c'était vous qui VOULUSSIEZ--si c'était lui qui VOULUT, et non pas, si c'était moi qui VOULUT:--si c'était vous qui VOULUT, etc.

On dira, vous parlez comme un homme QUI ENTEND la matière, et non pas, QUI ENTENDEZ la matière:--vous parlez comme des hommes QUI S'Y CONNAISSENT, et non pas, QUI VOUS Y CONNAISSEZ:--tu étais le seul qui PUT me dédommager: parce que dans ces phrases, le relatif qui représente le substantif qui le précède immédiatement: et en effet, c'est comme si l'on disait; vous parlez comme un homme, LEQUEL HOMME entend la matière, etc. et puis ce substantif, que l'on est censé répéter après lequel, étant réellement le sujet, communique au verbe le genre, le nombre et la personne.

Lorsque le relatif qui est précédé d'un adjectif, c'est au pronom qui est placé auparavant que se rapporte ce relatif: en conséquence il faut dire; nous sommes ici PLUSIEURS qui nous SOUVENONS des succès....--c'est vous SEULS qui vous CHARGEZ de cette responsabilité:--nous étions DEUX qui ÉTIONS du même avis. Observez que l'on dirait: nous étions DEUX juges qui ÉTAIENT du même avis, et non pas, qui ÉTIONS du même avis, à cause du substantif juges qui est l'antécédent de qui.

QUI, QUE. On doit éviter la multiplicité de ces pronoms, surtout quand ils sont interrogatifs. La grammaire ne les condamne pas absolument, mais l'oreille en est offensée. Ainsi au lieu de: QUI est-ce QUI a fait cela?--QU'est-ce QUE c'est QUE cela?--QU'est-ce QUE tu as? dites: QUI a fait cela?--QU'est-ce QUE cela?--QU'as tu?

QUICONQUE devient féminin quand il désigne spécialement une femme: quiconque est bonne mère est ADORÉE de ses enfans.

QUOIQUE, en un mot, signifie bien que; QUOIQUE vous soyez instruit, soyez modeste: en deux mots, il veut dire, quelque chose que: QUOI QUE vous lui disiez, il ne vous écoutera pas.

L'e de quoique ne s'élide que devant il, elle, ils, elles, ou, un, une.

R. Dans la lecture, dans le discours soutenu, et dans les vers, r finale des infinitifs en er est nulle devant une consonne ou une h aspirée: mais suivie d'une voyelle ou d'une h muette, elle se fait entendre.

Dans la conversation r est une lettre muette à la fin des infinitifs, même devant une voyelle: aimer à boire,--parler et chanter, se prononcent aimé à boire,--parlé et chanté.

RAILLERIE. Entendre raillerie, c'est bien prendre la raillerie. Entendre LA raillerie, c'est avoir le talent de railler.

RAPPELER, (se) veut un régime direct; ne dites pas, je me rappelle DE cette personne:--je me rappelle DE cette chose:--je m'EN rappelle: dites, je me rappelle cette personne:--je me rappelle cette chose:--je me le rappelle.

On met cependant la préposition de devant l'infinitif: dans ce cas de n'est qu'un mot euphonique, et l'infinitif n'en est pas moins le régime direct: je me rappelle D'avoir vu.

RAPPORT. Avoir rapport à exprime une idée de relation, de liaison: les effets ont rapport AUX causes. Avoir rapport avec marque une idée d'analogie, de ressemblance: nos plus belles tragédies ont beaucoup de rapport AVEC celles des Grecs.

RAVOIR ne se dit qu'à l'infinitif.

RÉGIMES, (deux). Quand un verbe a deux régimes, l'un est simple et l'autre est composé: alors il faut toujours placer le régime simple le plus près possible du verbe: apportez-moi-la,--dites-moi-le, seraient donc des fautes, parce que moi est régime composé, et le, la, régimes simples; il faut dire, apportez-la-moi, --dites-le-moi,--donnez le-lui,--chantez-la-nous, etc.

RÉGIME PRONOM. Toutes les fois qu'un verbe actif est suivi d'un infinitif, on doit employer le, la les, devant ce verbe actif, si l'infinitif n'est pas régime direct: car alors il faut que le pronom soit régime direct, puisqu'un verbe actif exige un régime de cette nature: mais on doit employer lui, leur, quand l'infinitif est le régime direct du verbe actif, un verbe actif ne pouvant pas avoir deux régimes directs.

On doit donc dire en parlant d'un homme, je L'ai vu faire bien des sottises, et non pas, je LUI ai vu faire bien des sottises: et en parlant des animaux; c'est la brutalité qui LEUR fait suivre les mouvemens de leur colère: et non pas: c'est la brutalité qui LES fait suivre, etc.

Dans la première phrase le pronom LE (cet homme) est le régime direct de voir et non pas de l'infinitif faire; c'est comme s'il y avait, j'ai vu cet homme faisant bien des sottises.

Dans la seconde phrase suivre est le régime direct de faire, et leur (aux animaux) le régime indirect; c'est comme si l'on disait; c'est la brutalité qui fait suivre aux animaux les mouvemens de leur colère.

On ne doit pas dire, l'idée LES a pris d'aller à la campagne: mais, l'idée LEUR a pris, etc. Ici le verbe est pris neutralement, et ne saurait avoir de régime direct.

Il y a une grande différence entre, je LUI ai vu donner un soufflet, et, je L'ai vu donner un soufflet,--entre, les offres de service que je LEUR ai vu faire, et, les offres de service que je LES ai vus faire:--entre, les liqueurs que je LEUR ai vu verser, et, les liqueurs que je LES ai vus verser. Cette différence est telle, qu'en confondant les deux régimes l'on exprimerait positivement le contraire de ce que l'on voudrait faire entendre.

RÉFORMATION, RÉFORME. La réformation est l'action de réformer; la réforme en est l'effet.

RÉSOUDRE. Je résous, tu résous, il résout, nous résolvons, vous résolvez, ils résolvent, je résolvais, je résolus, je résoudrai, je résoudrais, résous, résolvons, résolves, que je résolve, que nous résolvions, que vous résolviez, que je résolusse, résolvant: il a deux participes passés, résolu et résous: ce dernier n'a point de féminin.

Lorsqu'il est question de déterminer une chose douteuse, on se sert de résolu: ce jeune homme a RÉSOLU de changer de conduite. En parlant des choses qui se convertissent en d'autres, on se sert de résous; le soleil a RÉSOUS le brouillard en pluie.

Quant résoudre est actif, il régit de avant l'infinitif, on a résolu D'agir sans plus tarder: employé passivement il prend à ou de devant l'infinitif: je suis résolu À partir, ou DE partir. Quand résoudre est réfléchi, il régit à; je me suis résolu À demander une retraite.

RESPECT. On dit également respè ou respeck. Quand aux mots aspect et circonspect, il faut prononcer aspeck et circonspeck. Cependant Boiste prononce assepekte.

RESTE. Au reste se dit des choses dont on a déjà parlé, et sur lesquelles il reste quelque chose à dire; voilà l'opinion de Bernard: AU RESTE je vous en écrirai.

Du reste s'emploie quand ce qui suit n'est pas dans le même genre que ce qui précède; il est bizarre, emporté, DU RESTE brave homme.

RÉSULTER n'est usité qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes du singulier. Il prend avoir et être.

RÉUNIR, lorsqu'il signifie, posséder en même temps, ne doit jamais être suivie des prépositions à ou avec; ne dites donc pas, Turenne réunissait la prudence À la hardiesse, ni, AVEC la hardiesse: dites, Turenne réunissait la prudence ET la hardiesse. En matière de Fief et d'autres choses semblables, on dit, réunir à.--Réunir un grand Fief À la Couronne.

Le verbe unir rejette la préposition avec, et veut à. Turenne unissait la prudence À la hardiesse.

RÊVER À, c'est réfléchir profondément; il rêve À une affaire. Rêver de, c'est faire un songe: j'ai rêvé DE vous:--j'ai rêvé DE combats.

REVERS INATTENDU. On prononce rever inattendu.

RIRE. Le participe ri est invariable: ils se sont RI,--elles se sont RI de mes menaces.

ROSBIF, du mot anglais roast-beef, signifie boeuf rôti.

ROYAL. On disait autrefois, des lettres royaux,--des ordonnance royaux: la raison a fait justice de cette bizarre irrégularité: aujourd'hui l'on dit, lettres royales, ordonnances royales.

S. L's finale se fait entendre dans les mots anus, aloès, as, atlas, blocus, calus, foetus, iris, maïs, moeurs, prospectus, lapis, laps, en sus, locatis, vis, vasistas, et dans les mots purement étrangers, tels que bibus, chorus, agnus, gratis, Crésus, Délos, Rubens, Valens, (prononcez, rubinze valinze) Bacchus, Pallas, etc.

Exceptions. L's ne sonne pas dans Mathias, Thomas, Judas.

Quand le pronom y, ou le pronom en, suit immédiatement la seconde personne singulière de l'impératif terminé par un e muet, il faut, pour éviter un hiatus, y ajouter une s euphonique, et écrire, donnes-en;--portes-y;--aies-en;--travailles-y.

Mais si le mot en, au lieu d'être un pronom, est une préposition, alors on ne fait point usage de la lettre euphonique s; et l'on écrit, admire en France...et non pas, admires en France.

On ne fait pas sonner l's dans cette phrase du discours familier, sur les une heure.

L'impératif va, suivi des pronoms y, en, prend aussi une s: vaS-y-voir;--vaS-en demander; mais on ne doit pas dire, vaS en Angleterre, mais, va en Angleterre, parce que en est ici préposition.

SAILLIR, (verbe neutre et défectif) dans le sens de jaillir, ne se dit que des liquides: il n'est d'usage, suivant du Duvivier, qu'aux troisième personnes, et à l'infinitif, et se conjugue sur finir. Il saillit, ils saillissent, il saillissait, ils saillissaient, il saillit, ils saillirent, il saillira, ils sailliront, il saillirait, ils sailliraient, qu'il saillisse, qu'ils saillissent, qu'il saillît, qu'ils saillissent.

SAILLIR, terme d'architecture, signifie s'avancer en dehors comme un balcon, une corniche. En ce sens il se conjugue différemment du verbe saillir de l'article qui précède, et ne s'emploie qu'à l'infinitif, et à la troisième personne des temps suivans; il saille, ils saillent, il saillait, ils saillaient, il saillera, ils sailleront, il saillerait, ils sailleraient, qu'il saille, qu'ils saillent, qu'il saillît, qu'ils saillissent.

SANS QUE n'est jamais, suivi de ne: dites, sans qu'il vienne, et non, sans qu'il NE vienne.

SAVOIR est le seul verbe qui se mette au subjonctif, sans être sous la dépendance d'un autre mot qui le précède; mais alors il doit être accompagné d'une négation: je ne SACHE rien de nouveau.

SECOND éveille une idée d'ordre, et deuxième une idée de série. Ne dites pas; le DEUXIÈME, mais, le SECOND tome d'un ouvrage qui n'a que deux tomes. Si l'ouvrage a plusieurs tomes, dites, le DEUXIÈME et non le SECOND tome.

SEMBLER. Le verbe impersonnel, il semble, veut le subjonctif: il semble qu'il vous CRAIGNE: excepté quand il est accompagné d'un régime indirect de personne; il ME semble qu'il vous CRAINT.

SEMI ne s'emploie qu'avec certains mots, et reste toujours invariable; une SEMI-fête:--des SEMI-tons:--des fleurs SEMI-DOUBLES.

S'EN ALLER. Le pronom en de s'en aller, doit toujours, dans les temps composés, précéder immédiatement le verbe être. Dites, nous nous EN sommes allés: et non pas, nous nous sommes EN allés.

Il ne faut pas dire; je m'EN vais commencer cette lettre:--je m'EN vais lui écrire: mais, je vais commencer cette lettre:--je vais lui écrire.

SENS (ville). Prononcez, San-ce.

SEOIR, pour signifier être assis, ne se dit plus qu'aux participes, séant, sis, sise: et pour signifier être convenable, ne se dit qu'au participe présent, qu'on écrit alors seyant, et aux troisièmes personnes, il sied, ils siéent, il seyait, ils seyaient, il siéra, ils siéront, il siérait, ils siéraient. Il est inusité aux temps composés.

Messeoir se conjugue comme seoir, et s'emploie aux mêmes temps.

SI. On ne doit pas dire, il était SI en peine:--SI en colère: mais, il était SI FORT en peine...SI FORT en colère.

SOFA, CANAPÉ. L'Académie dit qu'on confond souvent les canapés avec les sofas. Sofa, ou sopha, est un lit de repos qui sert de siége. Canapé est un long siége à dossier, qui sert quelquefois, mais rarement, de lit de repos. La plupart des longs siéges, qui parent nos salons, sont des canapés, et c'est une faute de les désigner par le terme sofa. Divan est un canapé oriental, sans dossier.

SOI. Le pronom personnel soi se dit des personnes et des choses. Quand il se dit des personnes, ce ne peut être que dans les propositions générales, ou avec des noms collectifs ou indéfinis, comme on, chacun, personne, quiconque, etc. On doit rarement parler de SOI;--chacun est content de SOI;--quiconque n'aime que SOI, est indigne de vivre;--ne vivre que pour SOI, c'est être déjà mort.

Lorsque l'antécédent présente un sens déterminé, ce n'est plus soi qu'il faut employer, c'est lui, elle, lui-même, elle-même: cet homme rapporte tout à LUI,--cette femme ne parle que d'ELLE-MÊME.

Cependant, pour éviter une équivoque, les écrivains emploient soi, quoique l'antécédent offre un sens déterminé. Ce jeune homme, en remplissant les volontés de son père, travaille pour SOI. Si au lieu de pour SOI, l'on disait pour LUI, il y aurait une équivoque; on ne saurait si LUI représente le père ou le fils.

Lorsqu'il est question de choses, on peut indifféremment employer le pronom soi, ou le pronom lui, elle. L'aimant attire le fer à SOI, ou à LUI;--un bienfait porte sa récompense avec SOI, ou avec LUI,--la vertu est aimable de SOI, ou d'ELLE-MÊME.

Soi étant toujours du nombre singulier, ne peut jamais se rapporter à un pluriel, lorsqu'il s'agit de personnes; mais s'il est question de choses, les avis sont partagés. L'Académie et Th. Corneille rejettent cette phrase, ces choses sont indifférentes de SOI, tandis qu'ils admettent celle-ci, de SOI ces choses sont indifférentes.

SON, SA, SES, LEUR, LEURS, quand il s'agit de choses, se remplacent par l'article et le pronom en, lorsque ceux-ci peuvent entrer dans la phrase sans nuire au sens. Ainsi, an lieu de dire en parlant d'une maison, SON extérieur est agréable; en parlant d'une ville, j'aime SES environs; et en parlant d'arbres, LEURS fruits sont excellens; l'on dira: L'extérieur EN est agréable,--j'EN aime LES environs,--LES fruits EN sont excellens.

Mais on dira avec son, sa, ses, leur, leurs; le Saint-Laurent a SA source au delà du Lac Supérieur,--les sciences ont LEURS difficultés; parce que le sens ne permet pas de remplacer son, sa, ses, etc., par l'article et le pronom en.

SORTIR, pour signifier obtenir, avoir, est un terme de palais, usité seulement à la troisième personne, et à quelques-uns de ses temps; il sortit, ils sortissent, il sortissait, qu'il sortisse, sortissant, sorti, sortie. Pour les temps composés, on se sert d'avoir: ce jugement A sorti son plein et entier effet.

SOU. On n'écrit plus, comme autrefois, sol.

SOUFFRIR prend à ou de devant l'infinitif: je souffre À le voir, ou DE le voir dans cet état.

SOUVENIR (faire). C'est une faute de dire: afin de LEUR faire souvenir:--je LUI ai fait souvenir: dites, afin de LES faire souvenir:--je L'ai fait souvenir.

Souvenir s'emploie en parlant de choses récentes; ressouvenir en parlant de choses passées depuis longtemps.

SUBSTANTIFS. L'usage veut que certains substantifs, ayant la même inflexion et le même genre, servent à désigner les deux sexes; tels sont, auteur, docteur, général, géomètre, graveur, médecin, orateur, philosophe, poëte, sculpteur, soldat, témoin, peintre, traducteur, etc.

Quand les substantifs enfant, esclave, dépositaire, etc., représentent une personne du sexe, l'article et l'adjectif doivent être mis au féminin. UNE enfant PIEUSE;--UNE esclave BLANCHE;--UNE dépositaire PRUDENTE.

SUBSTANTIFS COMPOSÉS (l'orthographe des).

Première règle. Quand un substantif composé est formé d'un substantif et d'un adjectif, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel: une basse-taille, des basses-tailles:--un plain-chant, des plains-chants: excepté, des blanc-seings, des terre-pleins, des chevau-légers, des grand'-mères, des grand'-messes.

Remarque. Quand il entre dans un substantif composé un mot, qui ne s'emploie plus isolément, comme dans pic-grièche, loup-garou, gomme-gutte, etc., ce mot joue le rôle d'un adjectif, et conséquemment prend la marque du pluriel: des pics grièches, des loups-garous, des gommes-guttes.

Deuxième règle. Quand un substantif composé est formé de deux substantifs, placés immédiatement l'un après l'autre, ils prennent tous les deux la marque du pluriel: un chef-lieu, des chefs-lieux, un chien-loup, des chiens-loups, un chou-fleur, des choux-fleurs: excepté, un bec-figues, des bec-figues, un appui-main, des appuis-main, un Hôtel-Dieu, des Hôtels-Dieu, un brèche-dents, des brèche-dents.

Troisième règle. Quand un substantif composé est formé de deux substantifs unis par une préposition, c'est le premier substantif qui prend la marque du pluriel: un ciel-de-lit, des ciels-de-lit: un chef-d'oeuvre, des chefs-d'oeuvre: excepté, des coq-à-l'âne, des pied-à-terre, des tête-à-tête.

Quatrième règle. Quand un substantif composé est formé d'un substantif joint à un verbe, ou à une préposition, ou à un adverbe, le substantif seul prend le signe du pluriel, si toutefois il y a pluralité dans l'idée. Ainsi l'on écrira avec une s au pluriel, des contre-coups, des avant-coureurs, des arrière-saisons. Mais on écrira sans mettre une s au pluriel, parce qu'il y a unité dans l'idée, des serre-tête, des réveille-matin (horloges), des contre-poison. Enfin on écrira avec une s, tant au singulier qu'au pluriel, parce qu'il y a toujours pluralité dans l'idée, les mots essuie-mains, cure-dents, porte-clefs. V. TIRE-BALLE, PORTE.

Cinquième règle. Quand un substantif composé ne renferme que des mots invariables de leur nature, comme verbe, préposition, adverbe, aucune de ces parties ne prend la marque du pluriel: des pour-boire, des passe partout.

SUCCÉDER. Le participe succédé est invariable: ils nous ont SUCCÉDÉ,--ils se sont SUCCÉDÉ.

SULLY. Les ll de ce nom propre sont mouillées.

SUPPLÉER. Suppléer une chose, et suppléer À une chose, ont des sens très-différens. Suppléer une chose, c'est remplacer ce qui manque, en fournissant une chose de la même nature. Ce sac doit être de mille francs: s'il y a cent francs de moins, je LES suppléerai.

Suppléer À une chose c'est remplacer cette chose par une autre chose qui en tient lieu: la valeur supplée AU nombre.

Avec un nom ou pronom de personne, qui lui sert de régime, suppléer ne prend jamais la préposition à. Ainsi dites suppléer quelqu'un, et non pas, suppléer À quelqu'un:--s'il ne vient pas je LE suppléerai, et non pas, je LUI suppléerai.

SUPPOSÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif: ces faits SUPPOSÉS: il est invariable quand il le précède: SUPPOSÉ ces faits.

SURSEOIR. Je sursois, tu sursois, il sursoit, nous sursoyons, vous sursoyez, ils sursoient, je sursoyais, nous sursoyions, vous sursoyiez, ils sursoyaient, je sursis, nous sursîmes, je surseoirai, nous surseoirons, je surseoirais, nous surseoirions, surseois, sursoyons, que je surseoie, que nous sursoyions, que je sursisse, que nous sursissions, sursoyant, sursis, sursise.

Surseoir, verbe actif, signifie suspendre: on a sursis la délibération: on dit aussi neutralement: surseoir au jugement d'une affaire.

SYNONYME. Après deux substantifs synonymes, employés comme sujets, le verbe s'accorde avec le dernier: son courage, son intrépidité ÉTONNE les plus braves. L'adjectif suit la même règle: une douceur, une affabilité CHARMANTE.

T. À quelques rares exceptions près, le t final se prononce seulement devant une voyelle ou une h muette. C'est donc une faute, même grave, que de le faire sonner dans juillet, beset, calumet, Nicolet, ainsi que dans les noms d'hommes, Bossuet, Croiset, etc.: prononcez, juillè, besè, calumè, Nicolè, Bossuè, Croisè.

Dans avant-hier le t se fait sentir faiblement: mais il ne peut être prononcé, sans blesser l'oreille, dans les locutions, un goût horrible,--un tort incroyable,--un instinct heureux, etc.: et si le mot suivi d'une voyelle, a un r devant le t final, comme dans il part aujourd'hui,--il court à bride abattue,--il s'endort à l'ombre, l'usage le plus commun est de ne pas faire sonner le t.

Le t final se fait toujours entendre dans abject, contact, fat (fat n'a point de féminin), suspect, granit, etc.

L'adverbe net se prononce indifféremment nè ou nette: mais le t de l'adjectif net est muet au masculin.

Duvivier dit:

«La plupart des écrivains modernes forment le pluriel des substantifs qui sont terminés par ant, ou par ent, en ajoutant un s et en supprimant le t final dans les polysyllabes: mais ils le conservent dans les monosyllabes.

«Toutefois cette suppression n'est pas également adoptée; et en effet Regnier, Desmarais, MM. de Port-Royal.... beaucoup de grammairiens modernes.... et un grand nombre d'imprimeurs.... conservent le t final.... mais.... l'Académie a adopté cette suppression....»

Les mêmes remarques sont applicables à la suppression du t au pluriel des adjectifs terminés par ant et par ent.

TÂCHER. Je tâcherai que vous soyez content, est un solécisme, parceque tâcher n'est jamais suivi de la conjonction que.

Tâcher prend à devant l'infinitif, quand il signifie songer à, viser à: il tâche À m'embarrasser,--À me nuire: et de quand il exprime les efforts que l'on fait pour parvenir à une fin: il tâche D'avancer.

TAMBOUR. Battre DU tambour, c'est jouer du tambour; battre LE tambour, c'est donner un signal par le tambour.

TARDER prend également à ou de devant l'infinitif: tarder À, OU tarder DE venir.

TÉMOIN placé au commencement d'un membre de phrase, est pris adverbialement: TÉMOIN les victoires de nos armes.

TERMES DE MARINE. L'emploi abusif de termes de marine, importés au pays par les premiers colons et navigateurs, à fait à la langue une plaie, qu'il n'est pas facile de fermer. Le mal, comme une épidémie, des dernier rangs de la société, s'est communiqué aux premiers: et souvent l'éducation la plus soignée est une faible barrière contre l'emploi, à rebours du sens commun, des termes, virer, amarrer, larguer, greiller (gréer), embarquer, débarquer, revirer de bord, amarre, bordée, etc., etc.

Les Instituteurs ne peuvent trop sévir contre l'abus que nous signalons ici.

TERMES PARASITES. Il faut éviter avec un soin extrême les mots favoris, les termes bizarres, qui inondent nos discours, et nous rendent importuns, ridicules et sont souvent le fléau de la société, sans que nous nous en appercevions. Rien d'ailleurs ne décèle plus une éducation vulgaire.

Également on doit éviter les tours surannés, les expressions ignobles, qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent: tels que, tirer les vers du nez; vous pouvez m'en croire;--par dessus le marché;--je vous remercie bien des fois;--au bout du compte; ce n'est pas l'embarras; sourd comme un pot; etc.

Le jeune âge doit être prémuni contre ces défauts, dont l'habitude se corrige difficilement.

TIRANT est un cordon qui sert à ouvrir et fermer une bourse, un ridicule: c'est un cuir, un ruban pour boucler des souliers, monter des bottes, attacher des papiers, etc. On ne doit pas employer dans ces sens les termes attache, ganse, et encore moins le mot anglais strap.

TIRE-BALLE ne prend pas d's au pluriel; non plus que les mots suivans; tire-bouchon, tire-bourre, tire-bouton, tire-clou, tire-pied, etc.: tire-botte s'écrit au pluriel avec une s. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS.

TITRES d'honneur. Le mot Révérend est un titre qui appartient exclusivement aux Prélats, aux Religieux et aux Religieuses: et par conséquent, c'est une erreur grave que de le donner aux membres de notre clergé canadien, qui est séculier. Cette erreur nous vient des anglais, qui qualifient tous leurs ministres de Révérends. Mais quelque soit l'usage des Anglais à cet égard, nous ne pouvons donner au mot français Révérend, une extension qu'il n'a pas, une acception qui lui est étrangère.

C'est encore par un abus de langage, que l'on attribue à nos ecclésiastiques la qualification de Messire. Ce titre d'honneur se donnait ci-devant en France et au Canada dans les actes, (mais seulement dans les actes,) aux nobles et aux personnes distinguées par quelque haute dignité, tant parmi les laïcs, que parmi les gens d'église: fut présent Haut et Puissant Seigneur MESSIRE Pierre Séguier, Chevalier, etc.

Révérend Messire est une expression doublement incorrecte.

Il est à regretter que le titre d'Abbé, que l'on donne invariablement en France aux ecclésiastiques séculiers, ne soit presque plus usité chez nous.

Les titres, Monsieur et Madame doivent être supprimés, quand on prend en écrivant, une autre qualification. Ainsi un Chevalier ne doit pas écrire, Monsieur le Chevalier de N. a l'honneur de prévenir Monsieur le Colonel: un Curé, Monsieur le Curé de N., prie Monsieur le Marguillier en charge: une Baronne, Madame la Baronne de N. a l'honneur de présenter ses respectueux hommages à: un Juge, Monsieur le Juge N. présente son compliment à Monsieur le Procureur.

Il faut écrire, Le Chevalier de N. a l'honneur etc.--Le Curé de N., etc. La Baronne, etc. etc.

Lorsqu'il n'y a pas d'autre qualification, on emploie dans les billets et sur les cartes de visite, les termes Monsieur, Madame, Mademoiselle.

Le nom d'un individu écrit sur la porte de sa demeure, ne doit pas être précédé du mot Monsieur. Mais s'il s'agit d'une personne du sexe féminin, il convient d'écrire, Madame N.--Mademoiselle N.

TOMBER par terre, se dit d'une chose qui touchait à la terre avant sa chute: tomber à terre, d'une chose qui étant élevée au-dessus de terre, tombe d'en haut. Ainsi un homme qui tombe en marchant dans la rue, tombe PAR terre, et non À terre: un couvreur qui tombe d'un toit, tombe À terre et non PAR terre.

TOSTE sub. mas. (de l'anglais toast) signifie la proposition de boire à la santé de quelqu'un; au souvenir d'un évènement, etc.

C'est à tort que l'on emploie le mot anglais toast, pour signifier tranche de pain rôtie. Rôtie est en français le correspondant de toast: et si la rôtie est recouverte de beurre, l'on dit, une rôtie au beurre.

TOUCHER et PINCER, employés pour exprimer l'action de jouer des instrumens, sont actifs, et doivent conséquemment avoir un régime direct: d'où il suit qu'il faut dire, toucher l'orgue, le forté-piano: pincer la guitarre, la harpe: et non pas, toucher DE l'orgue, DU forté-piano: pincer DE LA guitarre, DE LA harpe.

TOUT. Quand tout est adverbe il signifie tout-à-fait, quelque, et reste invariable: TOUT aimable qu'est la vertu,--TOUT spirituels qu'ils sont,--elle est TOUT étonnée. Exception. Tout, quoique adverbe, varie quand l'adjectif, ou le participe qui suit, est féminin, et commence par une consonne, ou une h aspiré: elle est TOUTE stupéfaite,--TOUTE hardie qu'elle est.--TOUTES spirituelles qu'elles sont.

Tout. Quand l'adjectif tout est joint à un nom de ville, il prend le genre masculin, quoique le nom de ville soit féminin: non que dans ce cas on le considère comme adverbe, mais parce que l'on sous-entend le mot peuple. On dira donc, TOUT Rome le sait,--TOUT Florence en est convaincu: c'est-à-dire, tout le peuple de Rome...tout le peuple de Florence....

Mais joint à un nom de province, de royaume, de paroisse, tout prend le genre de ce nom. TOUTE l'Italie,--TOUTE la paroisse.

TOUT-À-COUP signifie soudainement: il disparut TOUT-À-COUP. Tout-d'un-coup veut dire, tout d'une fois; il s'est ruiné TOUT-D'UN COUP.

TOUT DE SUITE, phrase adverbiale, signifie incontinent, sur l'heure. Il ne faut pas la confondre avec de suite, autre phrase adverbiale qui signifie l'un après l'autre, sans interruption.--ces livres ne sont pas DE SUITE.

TRAIRE. Je trais, tu trais, il trait, nous trayons, vous trayez, ils traient, je trayais, tu trayais, il trayait, nous trayions, vous trayiez, ils trayaient; point de passé défini, je trairai, je trairais, trais, trayons, trayez, que je traie, que tu traies, qu'il traie, que nous trayions, qu'ils traient, point d'imparfait du subj. trayant, trait, traite.

TRAIT D'UNION ou TIRET. Il sert à marquer la liaison qui existe entre deux ou plusieurs mots. On l'emploie,

1º. entre le verbe et les pronoms, je, moi, nous, tu, vous, il, ils, elle, elles, le, la, les, lui, leur, y, en, ce, on, quand ces pronoms sont placés après le verbe, dont ils sont le sujet, ou le régime: irai-je?--viens-tu?--donnait-on? --laisse-moi;--allez-y; --portes-en; etc. S'il y a deux noms, on emploie deux traits d'union: laisse-le-moi,--donne-les-leur.

2º. avant ou après ci et là, accompagnant un substantif, un pronom, une préposition, un adverbe, avec lesquels ils sont unis d'une manière inséparable: celui-ci,--celui-là,--là-dessus,--là-haut, etc.

3º. pour lier très au mot qui suit: très-sagement,--très-riche.

4º. pour unir le dernier terme d'un nombre au terme précédent, quand le dernier terme passe un, et ne dépasse pas dix: dix-huit; --trente-cinq;--deux cent dix-neuf, mais on dirait sans trait d'union: vingt et un:--cinquante et un: le dernier terme étant un: et cent quinze;--deux cent vingt; le dernier terme dépassant dix. Cependant quatre-vingts prend toujours le trait d'union: quatre-vingts chevaux:--quatre-vingt dix hommes.

5º. pour lier deux ou plusieurs mots qui, par le sens, n'en font qu'un, Marc-Aurèle,--chef-lieu;--s'entre-choquer, Jean-Jacques, Jean-Baptiste.

6º. pour indiquer le changement d'interlocuteur: il remplace alors les dit-il, reprit-il, répondit-il.

7º. pour marquer une suspension dans le discours.

8º. pour lier le mot, dont une partie se trouve à la fin d'une ligne, et l'autre au commencement de la ligne suivante.

TRAITER. On dit indifféremment, traiter une matière,--une question: ou, traiter D'une matière,--D'une question: à moins qu'on ne spécifie la matière, la question: alors il faut de:--dans son ouvrage, il traite DES plantes, DES métaux.

TRAVERSER le pont, pour exprimer l'action de le parcourir dans sa longueur, n'est pas correct: il faut dire, passer le pont.

TRÉMA. Le tréma est un double point (¨) qu'on met sur une des voyelles e, i, u, pour la faire prononcer séparément de celle qui précède: naïf, Saül, ciguë. L'emploi du tréma est une faute quand on peut le remplacer par un accent: ainsi au lieu de poësie, Cloë, écrivez, poésie, Cloé.

TRÈS. L'usage ne permet guère de mettre très devant les participes. Dans ces cas l'on emploie beaucoup, fort, etc., et au lieu de dire cet homme est TRÈS-aimé; cette place est TRÈS-menacée par l'ennemi, l'on dit, cet homme est FORT aimé,--cette place est FORT menacée, etc.

On peut cependant se servir de très avec certains participes employés comme adjectifs verbaux: il est TRÈS-occupé,--il est TRÈS-humilié.

Très ne doit pas être employé dans une proposition négative, Ne dites pas, il n'est pas TRÈS-sage;--il n'est pas TRÈS-occupé: dites, il n'est pas FORT sage,--il n'est pas FORT occupé. L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais un substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes et si vicieuses: J'ai TRÈS-faim:--il a BIEN soif:--il est parti TRÈS-matin:--il fait TRÈS-chaud:--j'ai EXTRÊMEMENT froid:--il ne fait pas BIEN froid. Il faut dite: J'ai une très-GRANDE faim:--il a une bien GRANDE soif:--il est parti de très-GRAND matin:--il fait GRAND chaud:--j'ai un TRÈS-GRAND froid:--il ne fait pas un bien GRAND froid.

TROIS-RIVIÈRES, (en latin Trifluvium) nom composé, est substantif masculin du nombre singulier: il est masculin parceque les noms de ville en général sont masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un féminin latin: et quoiqu'il porte la marque du pluriel, il est au singulier, parce que le nom propre n'étant qu'un nom qui distingue une chose des autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de pluralité.

Trois-Rivières étant un nom propre, ne peut, d'après la règle générale, être accompagné de l'article les. Il est vrai que cette règle souffre quelques exceptions, comme, Le Hâvre, Le Puy, La Rochelle. Il est encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on a toujours écrit Trois-Rivières avec l'article: mais les écrivains récens, d'accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille erreur indiquée d'ailleurs suffisamment par le terme latin Trifluvium.

Des observations qui précèdent il résulte que l'on doit dire, Je vais À Trois-Rivières:--il demeure À Trois-Rivières:--Trois-Rivières EST BÂTI sur le fleuve St. Laurent, et non pas, je vais AUX Trois-Rivières:--il demeure AUX Trois-Rivières:--LES Trois-Rivières SONT BÂTIES sur le fleuve St. Laurent.

Trois-Pistoles, Trois-Saumons, noms de paroisses, suivent la même règle.

UN. Lévisac pense que le mot un devant une voyelle, doit être prononcé comme une, et que l'on doit dire une-imbécile,--une hérétique. D'autres grammairiens veulent que l'on prononce un-nimbécile, --un-nhérétique.

UN DE. Au lieu de un de, il faut employer l'un de, quand un est précédé d'un substantif ou d'un pronom, et suivi d'un nombre précis: Ducis l'un DES quarante de l'Académie.

Mais on dira avec un de,--Henri IV est UN DES meilleurs princes, qui aient régné sur la France,--UN DES quarante de l'Académie est de mon avis; parce que dans la première phrase, un précédé par le substantif Henri, n'est pas suivi d'un nombre: et que dans le second, un suivi par le nombre quarante, n'est pas précédé par un substantif ou un pronom.

UNIQUE veut aprês lui le subjonctif: c'est l'unique service que vous PUISSIEZ me rendre.

VACANCES au pluriel, se dit des études publiques: vacations au pluriel, de la cessation des séances des gens de justice.

VAINCRE. Je vaincs, tu vaincs, il vainc, nous vainquons, vous vainquez, ils vainquent, je vainquais, je vainquis, je vaincrai, je vaincrais, vaincs, vainquons, vainquez, que je vainque, que je vainquisse, vaincant, vaincu, vaincue.

Le présent de l'indicatif n'est guère usité au singulier, non plus que vaincs, seconde personne du singulier de l'impératif.

VALOIR. Je vaux, nous valons, ils valent, je valais, je valus, je vaudrai, je vaudrais: pas d'impératif, que je vaille, que nous valions, que je valusse, valant, valu, value.

Le participe valu s'accorde seulement lorsque le verbe valoir signifie procurer, rapporter, et que le régime direct précède le participe: que d'éloges ne lui a pas VALUS sa conduite noble et généreuse! c.-à-d. procurés; le participe, comme l'on voit, s'accorde ici avec le régime direct que, qui est devant.

VENIMEUX se dit des animaux: le scorpion est un animal VENIMEUX: vénéneux des végétaux; la ciguë est une plante vénéneuse.

VÊPRES, MATINES. Dites, aller À vêpres,--À matines: réciter vêpres,--matines: et non pas, aller AUX vêpres,--AUX matine: réciter LES vêpres,--LES matines: attendu que vêpres et matines étant pris indéterminément dans ces phrases, on doit supprimer l'article.

Mais si ces noms étaient pris déterminément, comme dans ces locutions, aller AUX vêpres de la paroisse de St. Roch;--réciter LES matines de Noël, l'on ne pourrait omettre l'article.

VERBES. Quelques grammairiens modernes ont substitué aux anciens titres de certains verbes de nouvelles dénominations, qu'il convient d'indiquer. Pour actif ils disent transitif: pour neutre, --intransitifs: pour impersonnel,--unipersonnel: et enfin réfléchi est remplacé par le terme pronominal ou réciproque.

Les mêmes grammairiens disent complément pour régime.

VÊTIR. Je vêts, tu vêts, il vêt (ce singulier est peu usité) nous vêtons, je vêtais, je vêtis, je vêtirai, je vêtirais, vêts, vêtons, vêtez, que je vête, que je vêtisse, vêtant, vêtu, vêtue.

VIANDE, chair des animaux terrestres et des oiseaux dont on se nourrit. En ce sens on dit que l'on ne mange point de viande en carême.

Viande se dit quelquefois de la chair des poissons: le saumon n'est pas une VIANDE de malade.

On appelle viandes de carême, la morue, le hareng, le saumon, etc.

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