V. AUXILIAIRES.
PERSONNE _pronom indéfini_, a un sens vague, s'emploie sans article et sans adjectif déterminatif, et signifie aucune personne, qui que ce soit: il est toujours du masculin et du singulier: PERSONNE _n'est assez sot pour le croire_;--_il n'y a_ PERSONNE _qui ne soit fâché_.
_Personne substantif_ a un sens déterminé; il est accompagné de l'article, ou d'un adjectif déterminatif, et est féminin: _quelle est la personne assez_ SOTTE _pour le croire?_--_il n'y a pas_ UNE _personne qui n'en soit_ FACHÉE.
PERSES. On doit appeler _Perses_ les anciens habitans de la Perse, et _Persans_ ceux d'aujourd'hui.
PERSUADER. La grammaire permet d'écrire,--_les modernes se sont_ PERSUADÉS _qu'ils surpassaient les anciens_--et--_les modernes se sont_ PERSUADÉ _qu'ils surpassaient les anciens_. La raison en est qu'avec le verbe _se persuader_, le pronom _se_ peut être également régime direct, ou régime indirect du verbe: en effet, on dit _persuader quelqu'un_, et _persuader_ À _quelqu'un_.
PEU, suivi d'un pronom relatif, veut le verbe qui suit au subjonctif: _il y a peu d'hommes, qui_ SACHENT _supporter l'adversité_.
_Un petit peu_ est une faute grossière: dites simplement, _un peu_.
_Pour le peu que_ est un barbarisme, il faut dire, _pour peu que_.
PEUR. La locution conjonctive, _de peur que_, veut toujours _ne_ devant le verbe suivant: _de peur qu'il_ NE _vienne_.
_Avoir peur_ exige également _ne_ devant _le_ verbe qui suit: _j'ai peur qu'il_ NE _vous trompe_: à moins qu'_avoir peur_ ne soit accompagné d'une négation; ou ne soit employé interrogativement: dans ces deux cas on supprime ne: _je n'ai pas peur qu'il vous trompe?_
PEUT-ÊTRE employé avec le verbe _pouvoir_ forme un pléonasme ridicule: ne dites pas: _peut-être il pourra venir_, mais, _peut-être il viendra_.
PIRE, adjectif comparatif, se joint toujours à un substantif, et s'accorde avec lui. _De deux maux il faut éviter le_ PIRE:--_les_ PIRES _des ennemis ce sont les flatteurs_.
_Pire_, suivi de _que_, veut _ne_ devant le verbe qui suit: _ce vin est pire que je_ NE _le pensais_: à moins que cet adjectif n'accompagne un verbe négatif, ou ne soit employé interrogativement: _ce vin n'est pas pire que je le pensais_:--_ce vin est-il pire que vous le pensiez?_
PIS est l'opposé de _mieux_, et se dit pour _plus mal_. Il ne se joint pas à des substantifs masculins ou féminins, mais seulement à des noms, où à des pronoms indéterminés, comme dans cette phrase, _rien n'est_ PIS _qu'une mauvaise langue_.
_Pis_ est quelquefois substantif: _le_ PIS _de l'affaire est que_...
_Pis_ est aussi adverbe comparatif: DE PIS _en_ PIS,--_de mal en_ PIS,--_tant_ PIS.
Le peuple dit abusivement _de_ PIRE _en_ PIRE,--_de mal en_ PIRE,--_tant_ PIRE.
PLAINDRE. _Se plaindre de ce que_, suppose un sujet de plainte: _il se plaint_ DE CE QUE _vous l'avez trompé_.
_Se plaindre que_ ne suppose pas lieu à la plainte: _il a tort de se plaindre_ QUE _vous l'ayez trompé_.
Le participe passé de _se plaindre_ s'accorde toujours avec le second pronom: _ils se sont_ PLAINTS _de vous_:--_elle s'est plainte de votre conduite_: excepté lorsque _se plaindre_ signifie _se refuser_, cas dans lequel le second pronom cesse d'être régime direct, _elle s'est_ PLAINT _le boire et le manger_.
PLAIRE. Ce _qui plait_ est ce qui est agréable: ce _qu'il plait_ est ce que l'on veut: _les incensés sacrifient leurs intérêts à ce_ QUI _leur_ PLAIT:--_les gens d'un caractère opiniâtre ne veulent faire que ce_ QU'IL _leur_ PLAIT.
On doit répondre à quelqu'un qui offre quelque chose, _ce_ QU'IL _vous plaîra_, et non pas, _ce_ QUI _vous plaîra_.
Le participe passé de _plaire_ est toujours invariable:--_ils nous ont_ PLU:--_ils se sont_ PLU _réciproquement_:--_ils se sont_ PLU _à me contrarier_:--_elles se sont_ PLU _à la campagne_.
PLAISIR (il y a). Cette locution prend _à_ devant une consonne, et _de_ devant une voyelle. _Il y a plaisir_ À _l'entendre chanter_:--_il y a plaisir_ D'_avoir affaire à un homme si loyal_.
PLÉONASME. Le pléonasme est autorisé lorsqu'il ajoute à la phrase plus d'énergie et de grâce; mais souvent il est un vice à éviter. Voici quelques phrases dans lesquelles le pléonasme est vicieux. _S'entr'égorger les uns les autres_: les mots _les uns les autres_ sont superflus:--_plaintes réciproques de part et d'autre_: _de part et d'autre_ sont redondans: _discours rempli de beaucoup de citations_: _beaucoup_ est inutile.--_À Mons. N, Prêtre, Curé de N_;--_À Mons. N, Prêtre, Vicaire de N_:--_Je_, _soussigné, Prêtre, Curé de N_. Le mot _prêtre_ dans ces phrases est superflu:--_une heure de temps_: retranchez _de temps_:--_ainsi donc vous avez tort_; l'un des deux termes _ainsi_ et _donc_ est redondant:--_les ennemis reculent en arrière_: on ne recule pas en avant; _en arrière_ est donc superflu; _un brillant éclat_: _brillant_ est superflu, car tout éclat est _brillant_:--_un cadavre inanimé_; certes il n'y a pas de cadavre _animé_:--_il fut forcé malgré lui d'y consentir_; supprimez _malgré lui_:--_il faut s'entr'aider mutuellement_; le dernier mot de cette phrase n'ajoute rien au sens:--_un petit peu_; retranchez _petit_:--_dépêchez-vous vite_; _vite_ est superflu:--_tempête orageuse_; retranchez _orageuse_:--_voyons voir_; répétition barbare:--_je vais aller le chercher_, dites _je vais le chercher_:--_pour faire fuir les ennemis on n'aurait seulement qu'à se montrer_; _seulement_ est superflu:--_je vais dîner, et puis ensuite je me rendrai chez vous_; _puis_ signifie _ensuite_, il faut donc retrancher l'un ou l'autre:--_réellement vrai_; langage ridicule:--_au jour d'aujourd'hui_; _jour_ est de trop:--_hémorragie de sang_: retranchez _de sang_, puisque le mot _hémorragie_ signifie par lui-même _perte de sang_:--_il est impossible qu'on puisse réussir_; dites, _il est impossible de réussir_:--_il est impossible de pouvoir_; otez _de pouvoir_:--_je suis bien parfaitement_, ou _très-parfaitement votre humble serviteur_; les mots _bien_ et _très_, joints à _parfaitement_, sont redondans, parce qu'on ne peut rien ajouter à ce qui est parfait:--_un des modèles les plus parfaits_ est une faute, retranchez _les plus_. Quelques grammairiens souffrent dans la conversation familière ces expressions, _montez en haut_;--_descendez en bas_;--_je veux unir ces deux prairies ensemble_.
PLIER, c'est mettre en plusieurs doubles: _plier du linge_;--_plier une lettre_.
PLOYER. _Je ploie, tu ploies, il ploie, nous ployons, vous ployez, ils ploient, je ployais, nous ployions, vous ployiez, ils ployaient, je ployai, je ploierai, je ploierais, ploie, ployons, ployez, que je ploie, que nous ployions, qu'ils ploient, que je ployasse, ployant, ployé, ployée._
_Ployer_, c'est courber, faire fléchir: _ployer une branche d'arbre_.
PLUPART. Le substantif _plupart_ étant un collectif partitif, veut que le verbe et les autres correspondans, comme adjectifs, participes et pronoms s'accordent avec le substantif exprimé, ou sous-entendu après _la plupart_: _la plupart du monde_ PENSE,--_la plupart des sénateurs_ ÉTAIENT MÉCONTENS _et_ FATIGUÉS _de la guerre_;--_la plupart_ ÉTAIENT _d'avis que_...
Dans le premier exemple l'accord a lieu avec _monde_, dans le second avec _sénateurs_, et dans le troisième avec le mot _sénateurs_ sous-entendu; c'est comme s'il y avait, _la plupart des sénateurs étaient d'avis que_...
PLUS. Le superlatif _le plus_, _la plus_, _les plus_, veut après lui le subjonctif: _les mouvemens des planètes sont les plus réguliers que nous_ CONNAISSIONS.
Avant les adverbes _plus_, _mieux_, _moins_, on emploie _le_, _la_, _les_, pour exprimer une comparaison: _cette dame ne pleurait pas, quoiqu'elle fût_ LA PLUS _affligée_, c.-à-d., la dame plus affligée que les autres.
Au contraire on emploie simplement _le_ pour marquer une qualité portée au plus haut degré, sans aucune idée de comparaison avec d'autres objets: _cette dame ne pleure pas alors même qu'elle est_ LE PLUS _affligée_:--_il s'est baigné dans l'endroit où les eaux sont_ LE MOINS _rapides_.
Dira-t-on, _les opinions_ LES PLUS ou LE PLUS _généralement suivies_?
La réponse dépend de l'intention de celui qui parle.
S'il s'agit d'opinions considérées en elles-mêmes, et sans comparaison, on dira LE PLUS _généralement suivies_.
Si au contraire, vous avez en vue d'autres opinions moins suivies, et que vous vouliez indiquer une comparaison, vous direz LES PLUS _généralement suivies_.
Lorsque le terme de comparaison placé après _plus_ exprime une idée de mesure, de quantité, cet adverbe doit être suivi de la préposition _de_, et non de _que_: _il est plus_ D'_à demi mort_:--_mon argent est plus_ D'_à moitié dépensé_.
PLUS TÔT, PLUTÔT. Il ne faut confondre ces deux mots. _Plus tôt_, locution adverbiale, est l'opposé de _plus tard_: _plutôt_, adverbe, marque une préférence. _Plutôt mourir que de trahir ma foi._
POINT. Pas énonce simplement la négation: _point_ l'exprime avec beaucoup plus de force: _il n'a_ PAS _d'esprit ce qu'il faut pour cette place_:--_c'est un homme qui n'a_ POINT _d'esprit_.
Il n'en est pas de même quand on interroge: si ma question est accompagnée de doute, je dirai; _n'avez-vous point été là?_ mais si je suis persuadé, je dirai par manière de reproche: _n'avez-vous pas été là?_
PORTE. Les mots composés qui suivent ne prennent point d'_s_ au pluriel: _porte-éguille_, _porte-baguette_, _porte-balle_, _porte-chape_, _porte-collet_, _porte-crayon_, _porte-croix_, _porte-crosse_, _porte-dieu_, _porte-drapeau_, _porte-enseigne_, _porte-étendard_, _porte-lanterne_, _porte-malheur_, _porte-manteau_, _porte-mousqueton_, _porte-respect_, _porte-verge_, etc. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS.
POUPÉE, jouet d'enfant. On substitue souvent à ce mot celui de _catin_. Le mot _catin_, quoique désigné par quelques auteurs comme synonyme de _poupée_, sonne mal aux oreilles délicates, au point qu'il n'est plus prononcé en ce sens dans la bonne société, et que le Dict. de l'Académie, Édit. de 1834, ne lui donne d'autre signification que celle de _femme de mauvaises moeurs_.
POURVOIR. Passé défini, _je pourvus_: futur, _je pourvoirai_; conditionel, _je pourvoirais_: imparfait du subj. _que je pourvusse_. Le reste sur _voir_.
POUVOIR. _Je puis_ est plus usité que _je peux_. On ne dit pas _peux-je_? mais _puis-je_? Avec _pouvoir_ on peut supprimer _pas_ et _point_; _je ne puis_:--_il ne peut sortir_:--il en est de même des verbes _cesser_, _oser_, et _savoir_.
PRENDRE GARDE QUE veut _ne_ devant le verbe suivant: _prenez garde qu'on_ NE _vous trompe_: excepté quand il est employé interrogativement, ou avec une négation.
PRÉPOSITIONS. Les prépositions _à_, _de_, _en_, se répètent toujours avant chaque régime: _il dut la vie_ À _la clémence_, _et_ À _la magnanimité du vainqueur_:--_il est doux_ DE _servir_, _et_ DE _contribuer à sa gloire_.
Les autres prépositions, surtout celles qui n'ont qu'une syllabe, se répètent quand les régimes n'offrent aucune ressemblance de signification. DANS _la paix et_ DANS _la guerre_:--PAR _la force et_ PAR _l'adresse_.
Au contraire elles ne se répètent pas quand les régimes sont des expressions synonymes: DANS _la mollesse et l'oisiveté_:--PAR _la force et la violence_:--À TRAVERS _les dangers et les obstacles_.
PRÈS, veut après lui la proposition _de_: _près_ DES _montagnes_;--_près_ DU _château_, excepté dans le style familier; _près le marché_.
_Près de_ indique aussi le temps et le nombre: _il est_ PRÈS DE _deux heures_;--_il y a_ PRÈS DE _vingt ans_. Ne dites pas: _il est_ PROCHE _de deux heures_:--_il y a_ PROCHE _de vingt ans_.
PRESQUE. L'_e_ final de _presque_ s'élide seulement dans _presqu'île_; ainsi écrivez sans élision, _ouvrage_ PRESQUE _achevé_:--_habit_ PRESQUE _usé_.
PRÊT À adjectif, signifie disposé à: _prêt_ À _partir_:--_ils sont prêts_ À _commencer_. _Près de_ préposition, signifie sur le point de: _le soleil est près_ DE _se coucher_.
PRÉVALOIR se conjugue sur _valoir_, excepté au présent du subjonctif, où il fait, _que je prévale_, _que tu prévales_, _qu'il prévale_, _que nous prévalions_, _que vous prévaliez_, _qu'ils prévalent_.
PRIER. Imparf. de l'ind. _nous priions_, _vous priiez_, _ils priaient_: présent du subjonctif, _que nous priions_, _que vous priiez_.
_Prier_ DE _dîner_ se dit d'une invitation accidentelle: _Prier_ À _dîner_ d'une invitation préméditée.
PRONOMS RELATIFS. Les pronoms relatifs _qui_, _que_, _lequel_, _laquelle_, _dont_, _où_, veulent le subjonctif après eux, quand ils ont pour antécédent un nom employé dans une phrase qui marque le doute, le désir, l'interrogation ou le commandement; et l'indicatif, lorsque la phrase exprime quelque chose de positif.
_Pronoms relatifs avec l'indicatif._
Je connais quelqu'un qui POURRA vous rendre ce service:--voilà un livre que vous POURREZ consulter au besoin:--prêtez-moi ce livre dont vous n'AVEZ pas besoin:--ne quittez pas une place où vous ÊTES commodément, et d'où vous ENTENDEZ bien.
_Les mêmes pronoms avec le subjonctif._
Connaissez-vous quelqu'un qui PUISSE me rendre ce service?--donnez-moi un livre que je PUISSE consulter au besoin;--prêtez-moi un livre dont vous n'AYEZ pas besoin:--choisissez une place où vous SOYEZ commodément, et d'où vous ENTENDIEZ bien.
_Auquel_, _à laquelle_, sont d'un usage très-ordinaire, et presque toujours indispensable quand il est question de _choses_: _le jardin_ AUQUEL _je donne mes soins_:--_les sciences_ AUXQUELLES _je m'applique_.
Mais si l'on parle de _personnes_, on est libre d'employer _à qui_, ou _auquel_, _à laquelle_: _Dieu_ À QUI, ou AUQUEL _nous devons rapporter toutes nos actions_.
Quand ce sont des prépositions autres que _de_ et _à_, qui régissent le pronom relatif, l'on peut employer indifféremment _qui_ ou _lequel_, si l'on parle de _personnes_, et dire; _cherchons à fléchir le Juge_ DEVANT QUI, OU DEVANT LEQUEL _nous devons paraître un jour_:--_on s'ennuie toujours avec ceux_ AVEC QUI, ou AVEC LESQUELS _il n'est pas permis de s'ennuyer_.
Mais si l'on parle de _choses_, l'on doit se servir de _lequel_, _laquelle_: _l'opinion_ CONTRE LAQUELLE _je me déclare_.
_Qui_ s'emploierait cependant dans les cas où les choses seraient _personnifiées_: _rochers_ À QUI _je me plains_:--_la gloire_ À QUI _je me suis dévoué_.
PRONONCIATION. La prononciation de la conversation diffère de celle de la déclamation, et de la lecture, en ce qu'elle souffre une infinité d'hiatus, pourvu qu'ils ne soient pas trop rudes. L'usage est tellement prononcé à cet égard, qu'il serait d'un pédant de ne pas s'y conformer. Ainsi dans la conversation, _folâtrer et rire_:--_aimer à jouer_, se prononcent, _folâtré et rire_:--_aimé à jouer_. En général l'_s_ finale des verbes ne se prononce point devant une voyelle: ainsi, _tu aimes à rire_:--_tu joues avec prudence_, se prononcent, _tu aime à rire_:--_tu joue avec prudence_.
L'articulation vicieuse de la diphthongue _oi_, si fréquente chez nous, doit attirer l'attention sérieuse de l'instituteur; ou plutôt, devons-nous dire, sa conscience est grevée à cet égard, d'une immense responsabilité envers ses élèves et la société.
En discutant la prononciation de cette diphthongue, Gatel, dans la préface de son dictionnaire, p. XII (Édit. de 1813) dit:
«Quant à la diphthongue _oi_...je n'ignore pas que l'usage lui donne chez nous...une susceptibilité de plusieurs nuances, pour ceux du moins qui...ont les organes extrêmement souples et délicats. C'est tantôt le son d'_oe_, ou plutôt d'_oè_;...tantôt celui d'_oa_...tantôt celui d'_oua_...mais ces nuances m'ont paru en général si légères, si difficiles à saisir...que...j'ai jugé plus convenable...de désigner toujours...la prononciation d'_oi_ par _oa_, en prenant la seule précaution d'affecter l'_a_ de l'accent circonflexe, suivant que le son en devait être plus ou moins fortement appuyé.»
Duvivier, dans son article des diphthongues, dit que le son le plus naturel de la diphthongue _oi_,
«est celui que l'on suit en grec, où l'on fait entendre l'_o_ et l'_i_, comme dans _voi-ïelle_, _roi-ïaume_ (_voa-ïelle_, _roa-ïaume_) mais,» dit-il, «elle a encore d'autres sons qu'il est difficile de représenter par écrit.»
Outre Gatel déjà cité, Noël et Chapsal dans leur dictionnaire, et Rolland dans son vocabulaire, désignent toujours la prononciation de la diphthongue _oi_ par _oa_, ou _oua_. Suivant eux, _voir_, _boire_, _croire_, _moi_, _toi_, _droit_, etc., se prononcent, _voar_, _boar_, _croar_, _moa_, _toa_, _droa_.
Il faut donc éviter de donner le son de l'_è_ ouvert à la diphthongue _oi_, et se garder de prononcer, _vo-ère_, _bo-ère_, _cro-ère_, _mo-è_, _to-è_, _dro-è_, etc.
Le Dictionnaire de l'Académie, et la plupart des grammairiens modernes donnent, à quelques nuances près, la même règle pour la prononciation de la diphthongue _oi_.
Le son de la voyelle _a_, comme le son de quelques autres voyelles, peut être _aigu_ ou _grave_: il est aigu dans _patte_, _natte_ et grave dans _hâte_, _pâte_. On conçoit, facilement que le son grave doit être plus fort, plus rempli que le son aigu: mais on doit éviter de prononcer l'_a_ comme les anglais le prononcent dans LAW (loi): et les allemands dans JA (oui) avec une effrayante ouverture de bouche. La douceur, l'harmonie de la langue française, ne peut souffrir la rudesse de tels sons.
L'Académie vient à l'appui de cette règle de la prononciation de la voyelle _a_.
«Le son de l'_a_, en français, est le même dans tous les mots: il ne différe que par sa durée, et par des nuances peu sensibles. Il est long ou bref: long dans _pâte_, _grâce_; bref dans _glace_, _trace_. _Dict._ de _l'Ac. Édit. de 1832_.»
Les autres voyelles susceptibles de devenir graves, sont _e_, _u_, _o_: _tempête_, _jeûne_, _côte_.
PROPORTIONNEL _adjectif_, et PROPORTIONNELLEMENT _adverbe_, termes de mathématiques, sont employée quand il s'agit de quantités en lignes, en nombres ou en grandeurs, qui sont en proportion. _Réduire_ PROPORTIONNELLEMENT _un grand plan à un petit_.
Dans les autres cas, où il est question de proportion entre une chose et une autre chose, on se sert du participe _proportionné_, et de l'adverbe _proportionnément_: _le remède est_ PROPORTIONNÉ _au mal_:--_il n'a pas été récompensé_ PROPORTIONNEMENT _à son mérite_.
PROPRE À, désigne une vocation, ou une destination encore imparfaite. _Propre pour_, marque une capacité acquise: un homme _propre à_ la guerre, pourra être un jour un guérier: un homme _propre pour_ la guerre, a ce qu'il faut pour l'être maintenant.
PUISQUE. L'_e_ de _puisque_ ne s'élide que devant _il_, _ils_, _elle_, _elles_, _on_, _un_, _une_: même observation pour le mot _quoique_.
QUATRE-VINGTS prend la marque du pluriel: _quatre-vingts hommes_: excepté quand il est suivi d'un autre adjectif de nombre: _quatre-vingt-dix hommes_. Il est également invariable quand il s'agit de la date: _l'an mil huit cent quatre_-VINGT.
QUELQUE s'écrit de trois manières:
1º. suivi d'un verbe il se met en deux mots, _quel que_, et alors _quel_ adjectif s'accorde au genre et en nombre avec le sujet du verbe: QUELS QUE _soient les humains_.
2º. suivi d'un substantif il s'écrit en un mot, _quelque_, et s'accorde en nombre avec ce substantif: QUELQUES _raisons que vous puissiez me donner_.
3º. suivi d'un qualificatif, soit adjectif, soit participe, soit adverbe, _quelque_ s'écrit également en un mot: mais alors il est adverbe, et conséquemment reste invariable: QUELQUE _puissans qu'ils soient_:--QUELQUE _considérés que nous soyons_:--QUELQUE _adroitement qu'ils s'y prennent_.
L'_e_ finale de _quelque_ s'élide seulement devant _un_, _une_, _autre_, _il_, _elle_, _elles_: _quelqu'un_,--_quelqu'une_,--_quelqu'autre_, --_quelqu'il soit_,--_quelle qu'elle soit_.
QUELQUE CHOSE. Quand _quelque chose_ signifie une certaine chose, il est substantif masculin. _J'ai vu quelque chose de_ BEAU. Il est substantif féminin lorsqu'il veut dire, quelque soit la chose. _Quelque chose que je lui ai_ DITE.
QUÊTER. C'est abusivement qu'on emploie ce mot pour signifier _mendier_. _Quêter_, c'est faire une collecte pour les pauvres, pour les objets de confréries, pour les établissemens religieux, etc. _Mendier_ c'est demander l'aumône.
Même remarque pour _quêteur_ qu'on fait synonyme de _mendiant_.
_Quêteux_ pour _mendiant_ est doublement barbare.
QUI prend le nombre et la personne de son antécédent, et les communique au verbe dont il est le sujet. Conséquemment on dira: _moi qui_ AI _parlé_:--_toi qui_ AS _parlé_:--_lui_ ou _elle qui_ A _parlé_:--_nous qui_ AVONS _parlé_:--_vous qui_ AVEZ _parlé_:--_ils_, ou _elles qui_ ONT _parlé_.
On doit donc aussi dire, _si c'était moi qui_ VOULUSSE--_si c'était vous qui_ VOULUSSIEZ--_si c'était lui qui_ VOULUT, et non pas, _si c'était moi qui_ VOULUT:--_si c'était vous qui_ VOULUT, etc.
On dira, _vous parlez comme un homme_ QUI ENTEND _la matière_, et non pas, QUI ENTENDEZ _la matière_:--_vous parlez comme des hommes_ QUI S'Y CONNAISSENT, et non pas, QUI VOUS Y CONNAISSEZ:--_tu étais le seul qui_ PUT _me dédommager_: parce que dans ces phrases, le relatif _qui_ représente le substantif qui le précède immédiatement: et en effet, c'est comme si l'on disait; _vous parlez comme un homme_, LEQUEL HOMME _entend la matière_, etc. et puis ce substantif, que l'on est censé répéter après _lequel_, étant réellement le sujet, communique au verbe le genre, le nombre et la personne.
Lorsque le relatif _qui_ est précédé d'un adjectif, c'est au pronom qui est placé auparavant que se rapporte ce relatif: en conséquence il faut dire; _nous sommes ici_ PLUSIEURS _qui nous_ SOUVENONS _des succès_....--_c'est vous_ SEULS _qui vous_ CHARGEZ _de cette responsabilité_:--_nous étions_ DEUX _qui_ ÉTIONS _du même avis_. Observez que l'on dirait: _nous étions_ DEUX _juges qui_ ÉTAIENT _du même avis_, et non pas, _qui_ ÉTIONS _du même avis_, à cause du substantif _juges_ qui est l'antécédent de _qui_.
QUI, QUE. On doit éviter la multiplicité de ces pronoms, surtout quand ils sont interrogatifs. La grammaire ne les condamne pas absolument, mais l'oreille en est offensée. Ainsi au lieu de: QUI _est-ce_ QUI _a fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _c'est_ QUE _cela_?--QU'_est-ce_ QUE _tu as_? dites: QUI _a fait cela_?--QU'_est-ce_ QUE _cela_?--QU'_as tu_?
QUICONQUE devient féminin quand il désigne spécialement une femme: _quiconque est bonne mère est_ ADORÉE _de ses enfans_.
QUOIQUE, en un mot, signifie _bien que_; QUOIQUE _vous soyez instruit_, _soyez modeste_: en deux mots, il veut dire, _quelque chose que_: QUOI QUE _vous lui disiez_, _il ne vous écoutera pas_.
L'_e_ de _quoique_ ne s'élide que devant _il_, _elle_, _ils_, _elles_, _ou_, _un_, _une_.
R. Dans la lecture, dans le discours soutenu, et dans les vers, _r_ finale des infinitifs en _er_ est nulle devant une consonne ou une _h_ aspirée: mais suivie d'une voyelle ou d'une _h_ muette, elle se fait entendre.
Dans la conversation _r_ est une lettre muette à la fin des infinitifs, même devant une voyelle: _aimer à boire_,--_parler et chanter_, se prononcent _aimé à boire_,--_parlé et chanté_.
RAILLERIE. _Entendre raillerie_, c'est bien prendre la raillerie. _Entendre_ LA _raillerie_, c'est avoir le talent de railler.
RAPPELER, (se) veut un régime direct; ne dites pas, _je me rappelle_ DE _cette personne_:--_je me rappelle_ DE _cette chose_:--_je_ _m'_EN _rappelle_: dites, _je me rappelle cette personne_:--_je me rappelle cette chose_:--_je me le rappelle_.
On met cependant la préposition _de_ devant l'infinitif: dans ce cas _de_ n'est qu'un mot euphonique, et l'infinitif n'en est pas moins le régime direct: _je me rappelle_ D'_avoir vu_.
RAPPORT. _Avoir rapport à_ exprime une idée de relation, de liaison: _les effets ont rapport_ AUX _causes_. _Avoir rapport avec_ marque une idée d'analogie, de ressemblance: _nos plus belles tragédies ont beaucoup de rapport_ AVEC _celles des Grecs_.
RAVOIR ne se dit qu'à l'infinitif.
RÉGIMES, (deux). Quand un verbe a deux régimes, l'un est simple et l'autre est composé: alors il faut toujours placer le régime simple le plus près possible du verbe: _apportez-moi-la_,--_dites-moi-le_, seraient donc des fautes, parce que _moi_ est régime composé, et _le_, _la_, régimes simples; il faut dire, _apportez-la-moi_, --_dites-le-moi_,--_donnez le-lui_,--_chantez-la-nous_, etc.
RÉGIME PRONOM. Toutes les fois qu'un verbe actif est suivi d'un infinitif, on doit employer _le_, _la_ _les_, devant ce verbe actif, si l'infinitif n'est pas régime direct: car alors il faut que le pronom soit régime direct, puisqu'un verbe actif exige un régime de cette nature: mais on doit employer _lui_, _leur_, quand l'infinitif est le régime direct du verbe actif, un verbe actif ne pouvant pas avoir deux régimes directs.
On doit donc dire en parlant d'un homme, _je_ L'_ai vu faire bien des sottises_, et non pas, _je_ LUI _ai vu faire bien des sottises_: et en parlant des animaux; _c'est la brutalité qui_ LEUR _fait suivre les mouvemens de leur colère_: et non pas: _c'est la brutalité qui_ LES _fait suivre_, etc.
Dans la première phrase le pronom LE (_cet homme_) est le régime direct de _voir_ et non pas de l'infinitif _faire_; c'est comme s'il y avait, _j'ai vu cet homme faisant bien des sottises_.
Dans la seconde phrase _suivre_ est le régime direct de _faire_, et _leur_ (aux animaux) le régime indirect; c'est comme si l'on disait; _c'est la brutalité qui fait suivre aux animaux les mouvemens de leur colère_.
On ne doit pas dire, _l'idée_ LES _a pris d'aller à la campagne_: mais, _l'idée_ LEUR _a pris_, etc. Ici le verbe est pris neutralement, et ne saurait avoir de régime direct.
Il y a une grande différence entre, _je_ LUI _ai vu donner un soufflet_, et, _je_ L'_ai vu donner un soufflet_,--entre, _les offres de service que je_ LEUR _ai vu faire_, et, _les offres de service que je_ LES _ai vus faire_:--entre, _les liqueurs que je_ LEUR _ai vu verser_, et, _les liqueurs que je_ LES _ai vus verser_. Cette différence est telle, qu'en confondant les deux régimes l'on exprimerait positivement le contraire de ce que l'on voudrait faire entendre.
RÉFORMATION, RÉFORME. La _réformation_ est l'action de réformer; la réforme en est l'effet.
RÉSOUDRE. _Je résous_, _tu résous_, _il résout_, _nous résolvons_, _vous résolvez_, _ils résolvent_, _je résolvais_, _je résolus_, _je résoudrai_, _je résoudrais_, _résous_, _résolvons_, _résolves_, _que je résolve_, _que nous résolvions_, _que vous résolviez_, _que je résolusse_, _résolvant_: il a deux participes passés, _résolu_ et _résous_: ce dernier n'a point de féminin.
Lorsqu'il est question de déterminer une chose douteuse, on se sert de _résolu_: _ce jeune homme a_ RÉSOLU _de changer de conduite_. En parlant des choses qui se convertissent en d'autres, on se sert de _résous_; _le soleil a_ RÉSOUS _le brouillard en pluie_.
Quant _résoudre_ est actif, il régit _de_ avant l'infinitif, _on a résolu_ D'_agir sans plus tarder_: employé passivement il prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _je suis résolu_ À _partir_, ou DE _partir_. Quand résoudre est réfléchi, il régit _à_; _je me suis résolu_ À _demander une retraite_.
RESPECT. On dit également _respè_ ou _respeck_. Quand aux mots _aspect_ et _circonspect_, il faut prononcer _aspeck_ et _circonspeck_. Cependant Boiste prononce _assepekte_.
RESTE. _Au reste_ se dit des choses dont on a déjà parlé, et sur lesquelles il reste quelque chose à dire; _voilà l'opinion de Bernard_: AU RESTE _je vous en écrirai_.
_Du reste_ s'emploie quand ce qui suit n'est pas dans le même genre que ce qui _précède_; _il est bizarre, emporté_, DU RESTE _brave homme_.
RÉSULTER n'est usité qu'à l'infinitif et aux troisièmes personnes du singulier. Il prend _avoir_ et _être_.
RÉUNIR, lorsqu'il signifie, _posséder en même temps_, ne doit jamais être suivie des prépositions _à_ ou _avec_; ne dites donc pas, _Turenne réunissait la prudence_ À _la hardiesse_, ni, AVEC _la hardiesse_: dites, _Turenne réunissait la prudence_ ET _la hardiesse_. En matière de Fief et d'autres choses semblables, on dit, _réunir à_.--_Réunir un grand Fief_ À _la Couronne_.
Le verbe _unir_ rejette la préposition _avec_, et veut _à_. _Turenne unissait la prudence_ À _la hardiesse_.
RÊVER À, c'est réfléchir profondément; _il rêve_ À _une affaire_. _Rêver de_, c'est faire un songe: _j'ai rêvé_ DE _vous_:--_j'ai rêvé_ DE _combats_.
REVERS INATTENDU. On prononce _rever inattendu_.
RIRE. Le participe _ri_ est invariable: _ils se sont_ RI,--_elles se sont_ RI _de mes menaces_.
ROSBIF, du mot anglais _roast-beef_, signifie boeuf rôti.
ROYAL. On disait autrefois, _des lettres royaux_,--_des ordonnance royaux_: la raison a fait justice de cette bizarre irrégularité: aujourd'hui l'on dit, _lettres royales_, _ordonnances royales_.
S. L'_s finale_ se fait entendre dans les mots _anus_, _aloès_, _as_, _atlas_, _blocus_, _calus_, _foetus_, _iris_, _maïs_, _moeurs_, _prospectus_, _lapis_, _laps_, _en sus_, _locatis_, _vis_, _vasistas_, et dans les mots purement étrangers, tels que _bibus_, _chorus_, _agnus_, _gratis_, _Crésus_, _Délos_, _Rubens_, _Valens_, (prononcez, _rubinze valinze_) _Bacchus_, _Pallas_, etc.
Exceptions. L'_s_ ne sonne pas dans _Mathias_, _Thomas_, _Judas_.
Quand le pronom _y_, ou le pronom _en_, suit immédiatement la seconde personne singulière de l'impératif terminé par un _e_ muet, il faut, pour éviter un hiatus, y ajouter une _s_ euphonique, et écrire, _donnes-en_;--_portes-y_;--_aies-en_;--_travailles-y_.
Mais si le mot _en_, au lieu d'être un pronom, est une préposition, alors on ne fait point usage de la lettre euphonique _s_; et l'on écrit, _admire en France_...et non pas, _admires en France_.
On ne fait pas sonner l'_s_ dans cette phrase du discours familier, _sur les une heure_.
L'impératif _va_, suivi des pronoms _y_, _en_, prend aussi une _s_: _vaS-y-voir_;--_vaS-en demander_; mais on ne doit pas dire, _vaS en Angleterre_, mais, _va en Angleterre_, parce que _en_ est ici préposition.
SAILLIR, (verbe neutre et défectif) dans le sens de _jaillir_, ne se dit que des liquides: il n'est d'usage, suivant du Duvivier, qu'aux troisième personnes, et à l'infinitif, et se conjugue sur _finir_. _Il saillit_, _ils saillissent_, _il saillissait_, _ils saillissaient_, _il saillit_, _ils saillirent_, _il saillira_, _ils sailliront_, _il saillirait_, _ils sailliraient_, _qu'il saillisse_, _qu'ils saillissent_, _qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_.
SAILLIR, terme d'architecture, signifie s'avancer en dehors comme un balcon, une corniche. En ce sens il se conjugue différemment du verbe _saillir_ de l'article qui précède, et ne s'emploie qu'à l'infinitif, et à la troisième personne des temps suivans; _il saille_, _ils saillent_, _il saillait_, _ils saillaient_, _il saillera_, _ils sailleront_, _il saillerait_, _ils sailleraient_, _qu'il saille_, _qu'ils saillent_, _qu'il saillît_, _qu'ils saillissent_.
SANS QUE n'est jamais, suivi de _ne_: dites, _sans qu'il vienne_, et non, _sans qu'il_ NE _vienne_.
SAVOIR est le seul verbe qui se mette au subjonctif, sans être sous la dépendance d'un autre mot qui le précède; mais alors il doit être accompagné d'une négation: _je ne_ SACHE _rien de nouveau_.
SECOND éveille une idée d'ordre, et _deuxième_ une idée de série. Ne dites pas; _le_ DEUXIÈME, _mais_, _le_ SECOND _tome_ d'un ouvrage qui n'a que deux tomes. Si l'ouvrage a plusieurs tomes, dites, _le_ DEUXIÈME et non _le_ SECOND _tome_.
SEMBLER. Le verbe impersonnel, _il semble_, veut le subjonctif: _il semble qu'il vous_ CRAIGNE: excepté quand il est accompagné d'un régime indirect de personne; _il_ ME _semble qu'il vous_ CRAINT.
SEMI ne s'emploie qu'avec certains mots, et reste toujours invariable; _une_ SEMI-_fête_:--_des_ SEMI-_tons_:--_des fleurs_ SEMI-DOUBLES.
S'EN ALLER. Le pronom _en_ de _s'en aller_, doit toujours, dans les temps composés, précéder immédiatement le verbe _être_. Dites, _nous nous_ EN _sommes allés_: et non pas, _nous nous sommes_ EN _allés_.
Il ne faut pas dire; _je m'_EN _vais commencer cette lettre_:--_je_ _m'_EN _vais lui écrire_: mais, _je vais commencer cette lettre_:--_je vais lui écrire_.
SENS (ville). Prononcez, _San-ce_.
SEOIR, pour signifier _être assis_, ne se dit plus qu'aux participes, _séant_, _sis_, _sise_: et pour signifier _être convenable_, ne se dit qu'au participe présent, qu'on écrit alors _seyant_, et aux troisièmes personnes, _il sied_, _ils siéent_, _il seyait_, _ils seyaient_, _il siéra_, _ils siéront_, _il siérait_, _ils siéraient_. Il est inusité aux temps composés.
_Messeoir_ se conjugue comme _seoir_, _et s'_emploie aux mêmes temps.
SI. On ne doit pas dire, _il était_ SI _en peine_:--SI _en colère_: mais, _il était_ SI FORT _en peine_...SI FORT _en colère_.
SOFA, CANAPÉ. L'Académie dit qu'on confond souvent les _canapés_ avec les _sofas_. _Sofa_, ou _sopha_, est un lit de repos qui sert de siége. _Canapé_ est un long siége à dossier, qui sert quelquefois, mais rarement, de lit de repos. La plupart des longs siéges, qui parent nos salons, sont des _canapés_, et c'est une faute de les désigner par le terme _sofa_. _Divan_ est un canapé oriental, sans dossier.
SOI. Le pronom personnel _soi_ se dit des personnes et des choses. Quand il se dit des personnes, ce ne peut être que dans les propositions générales, ou avec des noms collectifs ou indéfinis, comme _on_, _chacun_, _personne_, _quiconque_, etc. _On doit rarement parler de_ SOI;--_chacun est content de_ SOI;--_quiconque n'aime que_ SOI, _est indigne de vivre_;--_ne vivre que pour_ SOI, _c'est être déjà mort_.
Lorsque l'antécédent présente un sens déterminé, ce n'est plus _soi_ qu'il faut employer, c'est _lui_, _elle_, _lui-même_, _elle-même_: _cet homme rapporte tout à_ LUI,--_cette femme ne parle que d'_ELLE-MÊME.
Cependant, pour éviter une équivoque, les écrivains emploient _soi_, quoique l'antécédent offre un sens déterminé. _Ce jeune homme, en remplissant les volontés de son père, travaille pour_ SOI. Si au lieu de _pour_ SOI, l'on disait _pour_ LUI, il y aurait une équivoque; on ne saurait si LUI représente le père ou le fils.
Lorsqu'il est question de _choses_, on peut indifféremment employer le pronom _soi_, ou le pronom _lui_, _elle_. _L'aimant attire le fer à_ SOI, ou _à_ LUI;--_un bienfait porte sa récompense avec_ SOI, ou _avec_ LUI,--_la vertu est aimable de_ SOI, ou _d'_ELLE-MÊME.
_Soi_ étant toujours du nombre singulier, ne peut jamais se rapporter à un pluriel, lorsqu'il s'agit de _personnes_; mais s'il est question de _choses_, les avis sont partagés. L'Académie et Th. Corneille rejettent cette phrase, _ces choses sont indifférentes de_ SOI, tandis qu'ils admettent celle-ci, _de_ SOI _ces choses sont indifférentes_.
SON, SA, SES, LEUR, LEURS, quand il s'agit de choses, se remplacent par l'article et le pronom _en_, lorsque ceux-ci peuvent entrer dans la phrase sans nuire au sens. Ainsi, an lieu de dire en parlant d'une maison, SON _extérieur est agréable_; en parlant d'une ville, _j'aime_ SES _environs_; et en parlant d'arbres, LEURS _fruits sont excellens_; l'on dira: L'_extérieur_ EN _est agréable_,--_j'_EN _aime_ LES _environs_,--LES _fruits_ EN _sont excellens_.
Mais on dira avec _son_, _sa_, _ses_, _leur_, _leurs_; _le Saint-Laurent a_ SA _source au delà du Lac Supérieur_,--_les sciences ont_ LEURS _difficultés_; parce que le sens ne permet pas de remplacer _son_, _sa_, _ses_, etc., par l'article et le pronom _en_.
SORTIR, pour signifier _obtenir_, _avoir_, est un terme de palais, usité seulement à la troisième personne, et à quelques-uns de ses temps; _il sortit_, _ils sortissent_, _il sortissait_, _qu'il sortisse_, _sortissant_, _sorti_, _sortie_. Pour les temps composés, on se sert d'_avoir_: _ce jugement_ A _sorti son plein et entier effet_.
SOU. On n'écrit plus, comme autrefois, _sol_.
SOUFFRIR prend _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _je souffre_ À _le voir_, ou DE _le voir dans cet état_.
SOUVENIR (faire). C'est une faute de dire: _afin de_ LEUR _faire souvenir_:--_je_ LUI _ai fait souvenir_: dites, _afin de_ LES _faire souvenir_:--_je_ L'_ai fait souvenir_.
_Souvenir_ s'emploie en parlant de choses récentes; _ressouvenir_ en parlant de choses passées depuis longtemps.
SUBSTANTIFS. L'usage veut que certains substantifs, ayant la même inflexion et le même genre, servent à désigner les deux sexes; tels sont, _auteur_, _docteur_, _général_, _géomètre_, _graveur_, _médecin_, _orateur_, _philosophe_, _poëte_, _sculpteur_, _soldat_, _témoin_, _peintre_, _traducteur_, etc.
Quand les substantifs _enfant_, _esclave_, _dépositaire_, etc., représentent une personne du sexe, l'article et l'adjectif doivent être mis au féminin. UNE _enfant_ PIEUSE;--UNE _esclave_ BLANCHE;--UNE _dépositaire_ PRUDENTE.
SUBSTANTIFS COMPOSÉS (l'orthographe des).
_Première règle_. Quand un substantif composé est formé d'un substantif et d'un adjectif, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel: _une basse-taille_, _des basses-tailles_:--_un plain-chant_, _des plains-chants_: excepté, _des blanc-seings_, _des terre-pleins_, _des chevau-légers_, _des grand'-mères_, _des grand'-messes_.
_Remarque._ Quand il entre dans un substantif composé un mot, qui ne s'emploie plus isolément, comme dans _pic-grièche_, _loup-garou_, _gomme-gutte_, etc., ce mot joue le rôle d'un adjectif, et conséquemment prend la marque du pluriel: _des pics grièches_, _des loups-garous_, _des gommes-guttes_.
_Deuxième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux substantifs, placés immédiatement l'un après l'autre, ils prennent tous les deux la marque du pluriel: un _chef-lieu_, des _chefs-lieux_, un _chien-loup_, des _chiens-loups_, un _chou-fleur_, des _choux-fleurs_: excepté, un _bec-figues_, des _bec-figues_, un _appui-main_, des _appuis-main_, un _Hôtel-Dieu_, des _Hôtels-Dieu_, un _brèche-dents_, des _brèche-dents_.
_Troisième règle._ Quand un substantif composé est formé de deux substantifs unis par une préposition, c'est le premier substantif qui prend la marque du pluriel: un _ciel-de-lit_, des _ciels-de-lit_: un _chef-d'oeuvre_, des _chefs-d'oeuvre_: excepté, des _coq-à-l'âne_, des _pied-à-terre_, des _tête-à-tête_.
_Quatrième règle._ Quand un substantif composé est formé d'un substantif joint à un verbe, ou à une préposition, ou à un adverbe, le substantif seul prend le signe du pluriel, si toutefois il y a pluralité dans l'idée. Ainsi l'on écrira avec une _s_ au pluriel, des _contre-coups_, des _avant-coureurs_, des _arrière-saisons_. Mais on écrira sans mettre une _s_ au pluriel, parce qu'il y a unité dans l'idée, des _serre-tête_, des _réveille-matin_ (horloges), des _contre-poison_. Enfin on écrira avec une _s_, tant au singulier qu'au pluriel, parce qu'il y a toujours pluralité dans l'idée, les mots _essuie-mains_, _cure-dents_, _porte-clefs_. V. TIRE-BALLE, PORTE.
_Cinquième règle._ Quand un substantif composé ne renferme que des mots invariables de leur nature, comme _verbe_, _préposition_, _adverbe_, aucune de ces parties ne prend la marque du pluriel: des _pour-boire_, des _passe partout_.
SUCCÉDER. Le participe _succédé_ est invariable: _ils nous ont_ SUCCÉDÉ,--_ils se sont_ SUCCÉDÉ.
SULLY. Les _ll_ de ce nom propre sont mouillées.
SUPPLÉER. _Suppléer une chose_, et _suppléer_ À _une chose_, ont des sens très-différens. _Suppléer une chose_, c'est remplacer ce qui manque, en fournissant une chose de la même nature. _Ce sac doit être de mille francs_: _s'il y a cent francs de moins, je_ LES _suppléerai_.
_Suppléer_ À _une chose_ c'est remplacer cette chose par une autre chose qui en tient lieu: _la valeur supplée_ AU _nombre_.
Avec un nom ou pronom de _personne_, qui lui sert de régime, _suppléer_ ne prend jamais la préposition _à_. Ainsi dites _suppléer quelqu'un_, et non pas, _suppléer_ À _quelqu'un_:--_s'il ne vient pas je_ LE _suppléerai_, et non pas, _je_ LUI _suppléerai_.
SUPPOSÉ s'accorde lorsqu'il suit le substantif: _ces faits_ SUPPOSÉS: il est invariable quand il le précède: SUPPOSÉ _ces faits_.
SURSEOIR. _Je sursois, tu sursois, il sursoit, nous sursoyons, vous sursoyez, ils sursoient, je sursoyais, nous sursoyions, vous sursoyiez, ils sursoyaient, je sursis, nous sursîmes, je surseoirai, nous surseoirons, je surseoirais, nous surseoirions, surseois, sursoyons, que je surseoie, que nous sursoyions, que je sursisse, que nous sursissions, sursoyant, sursis, sursise._
_Surseoir_, verbe actif, signifie suspendre: _on a sursis la délibération_: on dit aussi neutralement: _surseoir au jugement d'une affaire_.
SYNONYME. Après deux substantifs synonymes, employés comme sujets, le verbe s'accorde avec le dernier: _son courage_, _son intrépidité_ ÉTONNE _les plus braves_. L'adjectif suit la même règle: _une douceur_, _une affabilité_ CHARMANTE.
T. À quelques rares exceptions près, le _t_ final se prononce seulement devant une voyelle ou une _h_ muette. C'est donc une faute, même grave, que de le faire sonner dans _juillet_, _beset_, _calumet_, _Nicolet_, ainsi que dans les noms d'hommes, _Bossuet_, _Croiset_, etc.: prononcez, _juillè_, _besè_, _calumè_, _Nicolè_, _Bossuè_, _Croisè_.
Dans _avant-hier_ le _t_ se fait sentir faiblement: mais il ne peut être prononcé, sans blesser l'oreille, dans les locutions, _un goût horrible_,--_un tort incroyable_,--_un instinct heureux_, etc.: et si le mot suivi d'une voyelle, a un _r_ devant le _t_ final, comme dans _il part aujourd'hui_,--_il court à bride abattue_,--_il s'endort à l'ombre_, l'usage le plus commun est de ne pas faire sonner le _t_.
Le _t_ final se fait toujours entendre dans _abject_, _contact_, _fat_ (_fat_ n'a point de féminin), _suspect_, _granit_, etc.
L'adverbe _net_ se prononce indifféremment _nè_ ou _nette_: mais le _t_ de l'adjectif _net_ est muet au masculin.
Duvivier dit:
«La plupart des écrivains modernes forment le pluriel des substantifs qui sont terminés par _ant_, ou par _ent_, en ajoutant un _s_ et en supprimant le _t_ final dans les polysyllabes: mais ils le conservent dans les monosyllabes.
«Toutefois cette suppression n'est pas également adoptée; et en effet _Regnier_, _Desmarais_, MM. de _Port-Royal_.... beaucoup de grammairiens modernes.... et un grand nombre d'imprimeurs.... conservent le _t_ final.... mais.... l'Académie a adopté cette suppression....»
Les mêmes remarques sont applicables à la suppression du _t_ au pluriel des adjectifs terminés par _ant_ et par _ent_.
TÂCHER. _Je tâcherai que vous soyez content_, est un solécisme, parceque _tâcher_ n'est jamais suivi de la conjonction _que_.
_Tâcher_ prend _à_ devant l'infinitif, quand il signifie _songer à_, _viser à_: _il tâche_ À _m'embarrasser_,--À _me nuire_: et _de_ quand il exprime les efforts que l'on fait pour parvenir à une fin: _il tâche_ D'_avancer_.
TAMBOUR. _Battre_ DU _tambour_, c'est jouer du tambour; _battre_ LE _tambour_, c'est donner un signal par le tambour.
TARDER prend également _à_ ou _de_ devant l'infinitif: _tarder_ À, OU _tarder_ DE _venir_.
TÉMOIN placé au commencement d'un membre de phrase, est pris adverbialement: TÉMOIN _les victoires de nos armes_.
TERMES DE MARINE. L'emploi abusif de termes de marine, importés au pays par les premiers colons et navigateurs, à fait à la langue une plaie, qu'il n'est pas facile de fermer. Le mal, comme une épidémie, des dernier rangs de la société, s'est communiqué aux premiers: et souvent l'éducation la plus soignée est une faible barrière contre l'emploi, à rebours du sens commun, des termes, _virer_, _amarrer_, _larguer_, _greiller_ (gréer), _embarquer_, _débarquer_, _revirer de bord_, _amarre_, _bordée_, etc., etc.
Les Instituteurs ne peuvent trop sévir contre l'abus que nous signalons ici.
TERMES PARASITES. Il faut éviter avec un soin extrême les _mots favoris_, les _termes bizarres_, qui inondent nos discours, et nous rendent importuns, ridicules et sont souvent le fléau de la société, sans que nous nous en appercevions. Rien d'ailleurs ne décèle plus une éducation vulgaire.
Également on doit éviter les tours surannés, les expressions ignobles, qui ne peuvent que fatiguer les personnes qui écoutent: tels que, _tirer les vers du nez_; _vous pouvez m'en croire_;--_par dessus le marché_;--_je vous remercie bien des fois_;--_au bout du compte_; _ce n'est pas l'embarras_; _sourd comme un pot_; etc.
Le jeune âge doit être prémuni contre ces défauts, dont l'habitude se corrige difficilement.
TIRANT est un _cordon_ qui sert à ouvrir et fermer une bourse, un ridicule: c'est un _cuir_, un _ruban_ pour boucler des souliers, monter des bottes, attacher des papiers, etc. On ne doit pas employer dans ces sens les termes _attache_, _ganse_, et encore moins le mot anglais _strap_.
TIRE-BALLE ne prend pas d'_s_ au pluriel; non plus que les mots suivans; _tire-bouchon_, _tire-bourre_, _tire-bouton_, _tire-clou_, _tire-pied_, etc.: _tire-botte_ s'écrit au pluriel avec une _s_. V. SUBSTANTIFS COMPOSÉS.
TITRES _d'honneur_. Le mot _Révérend_ est un titre qui appartient exclusivement aux _Prélats_, aux _Religieux_ et aux _Religieuses_: et par conséquent, c'est une erreur grave que de le donner aux membres de notre clergé canadien, qui est _séculier_. Cette erreur nous vient des anglais, qui qualifient tous leurs ministres de _Révérends_. Mais quelque soit l'usage des Anglais à cet égard, nous ne pouvons donner au mot français _Révérend_, une extension qu'il n'a pas, une acception qui lui est étrangère.
C'est encore par un abus de langage, que l'on attribue à nos ecclésiastiques la qualification de _Messire_. Ce titre d'honneur se donnait ci-devant en France et au Canada dans les actes, (mais seulement dans les actes,) _aux nobles et aux personnes distinguées par quelque haute dignité_, tant parmi les laïcs, que parmi les gens d'église: _fut présent Haut et Puissant Seigneur_ MESSIRE _Pierre Séguier_, _Chevalier_, etc.
_Révérend Messire_ est une expression doublement incorrecte.
Il est à regretter que le titre d'_Abbé_, que l'on donne invariablement en France aux ecclésiastiques séculiers, ne soit presque plus usité chez nous.
Les titres, _Monsieur_ et _Madame_ doivent être supprimés, quand on prend en écrivant, une autre qualification. Ainsi un _Chevalier_ ne doit pas écrire, _Monsieur le Chevalier de N. a l'honneur de prévenir Monsieur le Colonel_: un Curé, _Monsieur le Curé de N., prie Monsieur le Marguillier en charge_: une Baronne, _Madame la Baronne de N. a l'honneur de présenter ses respectueux hommages à_: un Juge, _Monsieur le Juge N. présente son compliment à Monsieur le Procureur_.
Il faut écrire, _Le Chevalier de N. a l'honneur_ etc.--_Le Curé de N._, etc. _La Baronne_, etc. etc.
Lorsqu'il n'y a pas d'autre qualification, on emploie dans les billets et sur les cartes de visite, les termes _Monsieur_, _Madame_, _Mademoiselle_.
Le nom d'un individu écrit sur la porte de sa demeure, ne doit pas être précédé du mot _Monsieur_. Mais s'il s'agit d'une personne du sexe féminin, il convient d'écrire, _Madame N._--_Mademoiselle N._
TOMBER _par terre_, se dit d'une chose qui touchait à la terre avant sa chute: _tomber à terre_, d'une chose qui étant élevée au-dessus de terre, tombe d'en haut. Ainsi un homme qui tombe en marchant dans la rue, _tombe_ PAR _terre_, et non À _terre_: un couvreur qui tombe d'un toit, _tombe_ À _terre_ et non PAR _terre_.
TOSTE sub. mas. (de l'anglais _toast_) signifie la proposition de boire à la santé de quelqu'un; au souvenir d'un évènement, etc.
C'est à tort que l'on emploie le mot anglais _toast_, pour signifier _tranche de pain rôtie_. _Rôtie_ est en français le correspondant de _toast_: et si la rôtie est recouverte de beurre, l'on dit, _une rôtie au beurre_.
TOUCHER et PINCER, employés pour exprimer l'action de jouer des instrumens, sont actifs, et doivent conséquemment avoir un régime direct: d'où il suit qu'il faut dire, _toucher l'orgue_, _le forté-piano_: _pincer la guitarre_, _la harpe_: et non pas, _toucher_ DE _l'orgue_, DU _forté-piano_: _pincer_ DE LA _guitarre_, DE LA _harpe_.
TOUT. Quand _tout_ est adverbe il signifie _tout-à-fait_, _quelque_, et reste invariable: TOUT _aimable qu'est la vertu_,--TOUT _spirituels qu'ils sont_,--_elle est_ TOUT _étonnée_. _Exception._ _Tout_, quoique adverbe, varie quand l'adjectif, ou le participe qui suit, est féminin, et commence par une consonne, ou une _h_ aspiré: _elle est_ TOUTE _stupéfaite_,--TOUTE _hardie qu'elle est_.--TOUTES _spirituelles qu'elles sont_.
_Tout._ Quand l'adjectif _tout_ est joint à un nom de ville, il prend le genre masculin, quoique le nom de ville soit féminin: non que dans ce cas on le considère comme adverbe, mais parce que l'on sous-entend le mot _peuple_. On dira donc, TOUT _Rome le sait_,--TOUT _Florence en est convaincu_: c'est-à-dire, _tout le peuple de Rome_..._tout le peuple de Florence_....
Mais joint à un nom de province, de royaume, de paroisse, _tout_ prend le genre de ce nom. TOUTE _l'Italie_,--TOUTE _la paroisse_.
TOUT-À-COUP signifie soudainement: _il disparut_ TOUT-À-COUP. _Tout-d'un-coup_ veut dire, tout d'une fois; _il s'est ruiné_ TOUT-D'UN COUP.
TOUT DE SUITE, phrase adverbiale, signifie _incontinent_, _sur l'heure_. Il ne faut pas la confondre avec _de suite_, autre phrase adverbiale qui signifie _l'un après l'autre, sans interruption_.--_ces livres ne sont pas_ DE SUITE.
TRAIRE. _Je trais_, _tu trais_, _il trait_, _nous trayons_, _vous trayez_, _ils traient_, _je trayais_, _tu trayais_, _il trayait_, _nous trayions_, _vous trayiez_, _ils trayaient_; point de passé défini, _je trairai_, _je trairais_, _trais_, _trayons_, _trayez_, _que je traie_, _que tu traies_, _qu'il traie_, _que nous trayions_, _qu'ils traient_, point d'imparfait du subj. _trayant_, _trait_, _traite_.
TRAIT D'UNION ou TIRET. Il sert à marquer la liaison qui existe entre deux ou plusieurs mots. On l'emploie,
1º. entre le verbe et les pronoms, _je_, _moi_, _nous_, _tu_, _vous_, _il_, _ils_, _elle_, _elles_, _le_, _la_, _les_, _lui_, _leur_, _y_, _en_, _ce_, _on_, quand ces pronoms sont placés après le verbe, dont ils sont le sujet, ou le régime: _irai-je?_--_viens-tu?_--_donnait-on?_ --_laisse-moi_;--_allez-y_; --_portes-en_; etc. S'il y a deux noms, on emploie deux traits d'union: _laisse-le-moi_,--_donne-les-leur_.
2º. avant ou après _ci_ et _là_, accompagnant un substantif, un pronom, une préposition, un adverbe, avec lesquels ils sont unis d'une manière inséparable: _celui-ci_,--_celui-là_,--_là-dessus_,--_là-haut_, etc.
3º. pour lier _très_ au mot qui suit: _très-sagement_,--_très-riche_.
4º. pour unir le dernier terme d'un nombre au terme précédent, quand le dernier terme passe _un_, et ne dépasse pas dix: _dix-huit_; --_trente-cinq_;--_deux cent dix-neuf_, mais on dirait sans trait d'union: _vingt et un_:--_cinquante et un_: le dernier terme étant _un_: et _cent quinze_;--_deux cent vingt_; le dernier terme dépassant _dix_. Cependant _quatre-vingts_ prend toujours le trait d'union: _quatre-vingts chevaux_:--_quatre-vingt dix hommes_.
5º. pour lier deux ou plusieurs mots qui, par le sens, n'en font qu'un, _Marc-Aurèle_,--_chef-lieu_;--_s'entre-choquer_, _Jean-Jacques_, _Jean-Baptiste_.
6º. pour indiquer le changement d'interlocuteur: il remplace alors les _dit-il_, _reprit-il_, _répondit-il_.
7º. pour marquer une suspension dans le discours.
8º. pour lier le mot, dont une partie se trouve à la fin d'une ligne, et l'autre au commencement de la ligne suivante.
TRAITER. On dit indifféremment, _traiter une matière_,--_une question_: ou, _traiter_ D'_une matière_,--D'_une question_: à moins qu'on ne spécifie la matière, la question: alors il faut _de_:--_dans son ouvrage, il traite_ DES _plantes_, DES _métaux_.
TRAVERSER _le pont_, pour exprimer l'action de le parcourir dans sa longueur, n'est pas correct: il faut dire, _passer le pont_.
TRÉMA. Le tréma est un double point (¨) qu'on met sur une des voyelles _e_, _i_, _u_, pour la faire prononcer séparément de celle qui précède: _naïf_, _Saül_, _ciguë_. L'emploi du tréma est une faute quand on peut le remplacer par un accent: ainsi au lieu de _poësie_, _Cloë_, écrivez, _poésie_, _Cloé_.
TRÈS. L'usage ne permet guère de mettre _très_ devant les participes. Dans ces cas l'on emploie _beaucoup_, _fort_, etc., et au lieu de dire _cet homme est_ TRÈS-_aimé_; _cette place est_ TRÈS-_menacée par l'ennemi_, l'on dit, _cet homme est_ FORT _aimé_,--_cette place est_ FORT _menacée_, etc.
On peut cependant se servir de _très_ avec certains participes employés comme adjectifs verbaux: _il est_ TRÈS-_occupé_,--_il est_ TRÈS-_humilié_.
_Très_ ne doit pas être employé dans une proposition négative, Ne dites pas, _il n'est pas_ TRÈS-_sage_;--_il n'est pas_ TRÈS-_occupé_: dites, _il n'est pas_ FORT _sage_,--_il n'est pas_ FORT _occupé_. L'adverbe modifie un verbe, un adjectif et un autre adverbe, mais jamais un substantif. On doit donc éviter les locutions suivantes si communes et si vicieuses: _J'ai_ TRÈS-_faim_:--_il a_ BIEN _soif_:--_il est parti_ TRÈS-_matin_:--_il fait_ TRÈS-_chaud_:--_j'ai_ EXTRÊMEMENT _froid_:--_il ne fait pas_ BIEN _froid_. Il faut dite: _J'ai une très_-GRANDE _faim_:--_il a une bien_ GRANDE _soif_:--_il est parti de très_-GRAND _matin_:--_il fait_ GRAND _chaud_:--_j'ai un_ TRÈS-GRAND _froid_:--_il ne fait pas un bien_ GRAND _froid_.
TROIS-RIVIÈRES, (en latin _Trifluvium_) nom composé, est substantif masculin du nombre singulier: il est masculin parceque les noms de ville en général sont masculins, à moins qu'ils ne dérivent d'un féminin latin: et quoiqu'il porte la marque du pluriel, il est au singulier, parce que le nom propre n'étant qu'un nom qui distingue une chose des autres choses, ne peut être susceptible de l'idée accessoire de pluralité.
_Trois-Rivières_ étant un nom propre, ne peut, d'après la règle générale, être accompagné de l'article _les_. Il est vrai que cette règle souffre quelques exceptions, comme, _Le Hâvre_, _Le Puy_, _La Rochelle_. Il est encore vrai que, jusqu'à ces derniers temps, on a toujours écrit _Trois-Rivières_ avec l'article: mais les écrivains récens, d'accord avec la raison, travaillent à corriger cette vieille erreur indiquée d'ailleurs suffisamment par le terme latin _Trifluvium_.
Des observations qui précèdent il résulte que l'on doit dire, _Je vais_ À _Trois-Rivières_:--_il demeure_ À _Trois-Rivières_:--_Trois-Rivières_ EST BÂTI _sur le fleuve St. Laurent_, et non pas, _je vais_ AUX _Trois-Rivières_:--_il demeure_ AUX _Trois-Rivières_:--LES _Trois-Rivières_ SONT BÂTIES _sur le fleuve St. Laurent_.
_Trois-Pistoles_, _Trois-Saumons_, noms de paroisses, suivent la même règle.
UN. Lévisac pense que le mot _un_ devant une voyelle, doit être prononcé comme _une_, et que l'on doit dire _une-imbécile_,--_une hérétique_. D'autres grammairiens veulent que l'on prononce _un-nimbécile_, --_un-nhérétique_.
UN DE. Au lieu de _un de_, il faut employer _l'un de_, quand _un_ est précédé d'un substantif ou d'un pronom, et suivi d'un nombre précis: _Ducis l'un_ DES _quarante de l'Académie_.
Mais on dira avec _un de_,--_Henri IV est_ UN DES _meilleurs princes, qui aient régné sur la France_,--UN DES _quarante de l'Académie est de mon avis_; parce que dans la première phrase, _un_ précédé par le substantif _Henri_, n'est pas suivi d'un nombre: et que dans le second, _un_ suivi par le nombre _quarante_, n'est pas précédé par un substantif ou un pronom.
UNIQUE veut aprês lui le subjonctif: _c'est l'unique service que vous_ PUISSIEZ _me rendre_.
VACANCES au pluriel, se dit des études publiques: _vacations_ au pluriel, de la cessation des séances des gens de justice.
VAINCRE. _Je vaincs_, _tu vaincs_, _il vainc_, _nous vainquons_, _vous vainquez_, _ils vainquent_, _je vainquais_, _je vainquis_, _je vaincrai_, _je vaincrais_, _vaincs_, _vainquons_, _vainquez_, _que je vainque_, _que je vainquisse_, _vaincant_, _vaincu_, _vaincue_.
Le présent de l'indicatif n'est guère usité au singulier, non plus que _vaincs_, seconde personne du singulier de l'impératif.
VALOIR. _Je vaux_, _nous valons_, _ils valent_, _je valais_, _je valus_, _je vaudrai_, _je vaudrais_: pas d'impératif, _que je vaille_, _que nous valions_, _que je valusse_, _valant_, _valu_, _value_.
Le participe _valu_ s'accorde seulement lorsque le verbe _valoir_ signifie _procurer_, _rapporter_, et que le régime direct précède le participe: _que d'éloges ne lui a pas_ VALUS _sa conduite noble et généreuse_! c.-à-d. _procurés_; le participe, comme l'on voit, s'accorde ici avec le régime direct _que_, qui est devant.
VENIMEUX se dit des animaux: _le scorpion est un animal_ VENIMEUX: _vénéneux_ des végétaux; _la ciguë est une plante vénéneuse_.
VÊPRES, MATINES. Dites, _aller_ À _vêpres_,--À _matines_: _réciter vêpres_,--_matines_: et non pas, _aller_ AUX _vêpres_,--AUX _matine_: _réciter_ LES _vêpres_,--LES _matines_: attendu que _vêpres_ et _matines_ étant pris _indéterminément_ dans ces phrases, on doit supprimer l'article.
Mais si ces noms étaient pris _déterminément_, comme dans ces locutions, _aller_ AUX _vêpres de la paroisse de St. Roch_;--_réciter_ LES _matines de Noël_, l'on ne pourrait omettre l'article.
VERBES. Quelques grammairiens modernes ont substitué aux anciens titres de certains verbes de nouvelles dénominations, qu'il convient d'indiquer. Pour _actif_ ils disent _transitif_: pour _neutre_, --_intransitifs_: pour _impersonnel_,--_unipersonnel_: et enfin _réfléchi_ est remplacé par le terme _pronominal_ ou _réciproque_.
Les mêmes grammairiens disent _complément_ pour _régime_.
VÊTIR. _Je vêts, tu vêts, il vêt_ (ce singulier est peu usité) _nous vêtons, je vêtais, je vêtis, je vêtirai, je vêtirais, vêts, vêtons, vêtez, que je vête, que je vêtisse, vêtant, vêtu, vêtue_.
VIANDE, chair des animaux terrestres et des oiseaux dont on se nourrit. En ce sens on dit que l'on ne mange point de _viande_ en carême.
_Viande_ se dit quelquefois de la chair des poissons: _le saumon n'est pas une_ VIANDE _de malade_.
On appelle viandes de carême, _la morue_, _le hareng_, _le saumon_, etc.