‹ Mariages d'aventureChapitre 11 sur 23 · XI

XI

Depuis un mois, le jeune ménage était installé dans une ravissante maison des Champs-Elysées, arrangée, Dieu sait avec quels soins! par Jean Lantier, devenu le beau-père du docteur Lorilleux; M. et madame Divorne étaient repartis pour Lannion, enchantés de leur belle-fille, lorsqu'un matin, un monsieur se présenta qui tenait essentiellement, disait-il, à parler à Pascal.

Ce visiteur était coquettement vêtu, malgré l'heure matinale. Il portait, par-dessus son habit bleu-barbeau, une douillette de couleur claire, doublée de satin blanc, il avait des gants paille. Pour ne pas déranger l'ordre merveilleux de sa chevelure blonde, il tenait son chapeau à la main.

Le domestique pensa d'abord que cet étranger si bien frisé sortait de quelque bal et se trompait de porte; mais, comme il insistait sous prétexte d'affaires très urgentes, il se décida à l'introduire dans le cabinet de son maître.

--Bonjour, cher enfant, dit la voix de miel de M. de Saint-Roch; j'ai voulu vous surprendre dans votre bonheur; me pardonnez-vous cette indiscrétion qui est ma seule récompense?

Pascal ne jugea pas à propos d'offrir un siége à l'ambassadeur.

--Eh bien, cher client, continua le négociateur, bénissons-nous notre ami? Je ne vous avais pas trompé, hein? papa Gerbeau s'est gentiment exécuté; peste! trois cent mille francs....

--Je suis fort pressé ce matin, interrompit Pascal.

M. de Saint-Roch poussa un gros soupir.

--Ingrat! murmura-t-il, ingrat! il oublie que j'ai été son initiateur à la félicité du mariage.

--De quoi s'agit-il?

--C'est la moindre des choses, reprit l'ambassadeur; nous avons un petit traité, vous savez, cinq pour cent de la dot. Vous avez eu cent mille écus, il me revient quinze mille francs.

--Et si je refusais de payer? demanda Pascal en souriant.

--Oh! fit M. de Saint-Roch, pâlissant sous son vermillon, quelle plaisanterie, marchander votre bonheur...

--Mais si je ne plaisantais pas, si je marchandais?

--Nous plaiderions, alors, j'ai la douleur de vous le dire, et je gagnerais certainement. J'ai, vous le savez, des arrêts en ma...

--Assez, assez, dit Pascal... Tenez, ô le plus désintéressé des ambassadeurs, voici votre argent.

--Ah! cher enfant, s'écria l'homme illustre d'une voix doucement émue, je n'attendais pas moins de votre reconnaissance. C'est la dette du bonheur que vous acquittez... Puis, avisant sur le bureau un petit presse-papier:--J'emporte ceci, dit-il; ce souvenir me sera plus précieux que les billets de banque que vous venez de me donner. Ne suis-je pas votre second père, en voyant ce don pieux d'une...

--Au revoir, cher monsieur de Saint-Roch, dit Pascal, en poussant son second père vers la porte.

Mais le diou de l'hymen s'arrêta sur le seuil.

--Cher enfant, dit-il à demi-voix, si jamais,--Dieu vous préserve de ce malheur!--vous veniez à perdre votre épouse, souvenez-vous de mes bons offices, et conservez-moi votre clientèle.

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