IX
Assis à son bureau, devant les fameux cartons verts qui renferment tant et de si terribles secrets, devant ses registres en caractères hiéroglyphiques, M. de Saint-Roch, l'oeil illuminé par l'inspiration, travaillait au bonheur de l'humanité.
L'apôtre du mariage rédigeait une réclame, une de ces réclames superbes qui, placées à la quatrième page, font quelquefois de l'Ami de la Religion un journal amusant.
La tâche était pénible et le travail hérissé de difficultés. On le voyait au papier couvert de ratures et de surcharges. C'est que l'annonce est le côté sérieux de la mission de l'illustre ambassadeur: chaque ligne lui coûte gros, et les marchands de publicité ont un petit instrument pour mesurer l'espace; aussi faut-il dire beaucoup en peu de mots.
C'est ce que s'efforçait de faire le propagateur-initiateur. Sa réclame, destinée à faire battre la chamade à tous les coeurs célibataires, s'adressait plus spécialement qu'à l'ordinaire aux pères de famille:
«Pères prudents, disait-il, je suis la sauvegarde de l'honneur des familles. C'est moi, Saint-Roch,--pas de succursales,--qui ai inventé le mariage il y a quarante ans. Mon laboratoire est l'antichambre de la mairie, ma bienveillance vaut presque le sacrement. Vos demoiselles vous embarrassent-elles, adressez-les à moi, je leur trouverai un placement avantageux. Ecrivez-moi--lisiblement,--je viens de recevoir un assortiment complet de princes souverains à marier, de la plus belle qualité. Pères de famille, vous me bénirez, moi, Saint-Roch, car...»
Six coups frappés sur un timbre firent tressaillir l'ambassadeur.
--Oh! dit-il, un client dans le salon gris-perle.
Aussitôt il cacha son prospectus dans un tiroir, et ouvrant une armoire, il en tira un habit bleu barbeau, exactement semblable à celui qu'il avait sur lui, à cette seule différence près que le premier était fort râpé, et le second tout flamboyant de neuf.
Ce changement à vue, si important pour une négociation matrimoniale, terminé, il s'approcha de la glace pour donner un coup d'oeil sur sa toilette.
Il tira ses manchettes de malines, rajusta son jabot, disposa gracieusement les cataractes de ses chaînes de montres, frotta les pierreries de ses bagues pour leur donner plus d'éclat, et enfin, d'un geste coquet de la tête, imprima à sa blonde chevelure bouclée un tour plus gracieux.
Alors, il s'adressa dans la glace un dernier et charmant sourire et se dirigea vers le salon gris-perle, où sans doute «la pratique» s'impatientait.
Il entra. Suivant sa noble et affable habitude, il salua gracieusement le nouveau client, en trois temps, ainsi que le prescrivent les professeurs de maintien de la bonne école, les talons sur la même ligne, la pointe du pied en dehors, le buste légèrement incliné, le coude arrondi, la main à la hauteur de la poitrine...
Il exécutait le deuxième temps de son salut, il préparait déjà le troisième, lorsque le client lui sauta à la gorge, sans pitié pour le jabot, en l'appelant: Misérable!
Ce pauvre M. de Saint-Roch eut une terrible frayeur. Il fit un bond de côté, cherchant à mettre la table entre lui et ce visiteur peu parlementaire.
Ce rapide mouvement de retraite lui réussit; mais, dans son évolution, il heurta la table et entraîna sept à huit ex-voto de porcelaine, qui tombèrent et se brisèrent avec éclat.
--Bon, pensait l'ambassadeur, ce doit être quelque nouveau marié qui n'est pas content. Je connais ça.
Ce n'était pas un nouveau marié, mais bien M. Gerbeau en personne. La lettre anonyme de Lorilleux produisait son petit effet. Ce n'était plus l'honnête et digne négociant qu'on connaît, c'était un tigre déchaîné. Savoir le nom de sa fille sur les registres de M. de Saint-Roch l'avait jeté hors de ses gonds. Il s'était promis de donner des coups de canne à l'ambassadeur, et il venait à la seule fin de tenir sa promesse.
Cependant, l'inventeur du mariage, retranché derrière sa table, avait repris un peu de courage.
--Je vous préviens, dit-il à son adversaire, que si vous usez encore de violence, j'appelle mes domestiques. Maintenant, si vous voulez causer, causons, mais doucement. Qui êtes-vous et que...
--Qui je suis, coquin, répondit l'ex-fabricant, un père dont tu as failli compromettre la fille, infâme tripoteur! Je suis monsieur Gerbeau, à qui tu voulais donner pour gendre un homme taré, vil brocanteur! un certain Pascal Divorne, renvoyé honteusement de l'École.
--Taisez-vous, cria M. de Saint-Roch, et n'insultez pas un jeune homme qui vaut mieux dans son petit doigt que vous dans toute votre personne.
--Ah! tu m'insultes, coquin! reprit M. Gerbeau. Attends, attends!
Et il tournait autour de la table pour tâcher de saisir le négociateur. Mais M. de Saint-Roch n'était pas moins leste que lui; la discussion cependant continuait.
--Qui t'a permis de te mêler du mariage de ma fille?
--Je n'ai pas de comptes à rendre.
--Je m'adresserai aux tribunaux.
--Je m'en soucie peu, j'ai des arrêts qui sanctionnent mon honorable profession.
De guerre lasse, essoufflés, n'en pouvant plus, les deux adversaires s'arrêtèrent. Mais quel désordre, justes dieux! dans la toilette si bien ordonnée de M. de Saint-Roch! Les chaînes d'or battaient au hasard sa poitrine, le jabot pendait comme une loque, une des manchettes était arrachée à demi; et la belle chevelure blonde qui s'était déplacée!
Il n'avait pas cependant, cet illustre ambassadeur, perdu sa faconde si brillante; il entreprit, à force d'éloquence, de dompter le farouche M. Gerbeau.
--Vous avez parlé de tribunaux, monsieur, s'écria-t-il, mais n'aurais-je pas le droit de me plaindre moi-même de vos transports? Vous avez insulté la plus noble des professions, vous calomniez mon sacerdoce.
--Gredin! répétait M. Gerbeau entre ses dents.
--D'autres aussi ont essayé de me ternir aux yeux de mes contemporains et de la postérité: j'en ai obtenu justice. Connaissez-vous les arrêts en ma faveur?
--Je m'en moque.
--Avez-vous lu la plaidoirie de mes avocats?
--Je m'en soucie!
--Enfin, une consultation imprimée à mes frais?
M. Gerbeau commençait à être un peu honteux de son emportement.
--Il ne s'agit pas de tout cela, dit-il avec humeur. Vous avez osé mêler le nom de ma fille à vos tripotages malpropres, c'est ce que je ne puis souffrir. Je ne sortirai pas d'ici avant d'avoir déchiré de ma main la page où vous avez écrit le nom de ma fille. Je vous défends, désormais, de vous occuper d'elle. Il me faut votre promesse et des garanties.
--Soit, répondit l'ambassadeur; veuillez, monsieur, me suivre dans mon cabinet, nous nous expliquerons.
Une explication, commencée si vivement, devait être longue. Elle fut interminable. Et pourtant, jamais le célèbre négociateur n'avait été si beau, si touchant, si pathétique. Oubliant le désordre de sa toilette, qui dans un autre moment l'eût rempli de confusion et eût paralysé ses moyens, il entassait raisons sur raisons, non pour se disculper, mais pour convaincre son adversaire.
En dépit des difficultés, il espérait encore renouer ce mariage rompu; un si beau mariage, si merveilleusement assorti! il le savait mieux que personne.
Il attaqua tout d'abord les préjugés de M. Gerbeau. Pour s'assurer les susceptibilités de ce négociant, l'ambassadeur ne craignit pas de déchirer à ses yeux le voile mystérieux qui pour le profane environne ses opérations. Il mit à nu les rouages ingénieux de sa maison. Il vanta ensuite la grandeur de sa mission, les bienfaits de son intermédiaire. N'est-elle pas, cette profession, un progrès heureux de notre civilisation, tout comme la vapeur, le gaz, les vêtements confectionnés, les omnibus et le télégraphe électrique?
Mais il atteignit réellement au sublime, lorsqu'il parla de Pascal, lorsqu'il énuméra les belles qualités de ce jeune ingénieur, si riche, si économe, véritable merle blanc des gendres. Même, emporté par son sujet, il lui arriva d'enfreindre son voeu de discrétion, et, pour disculper Pascal, lâchement calomnié et accusé d'avoir été renvoyé de l'École, il raconta l'histoire de ce qui l'avait fait renoncer à son brevet.
L'ambassadeur prêchait dans le désert. M. Gerbeau restait plus froid que marbre; il se bornait à élever la voix de temps à autre, pour rappeler le but de sa visite. Enfin, voyant que l'éloquence de M. de Saint-Roch ne tarissait pas:
--Brisons là-dessus, dit-il, je ne crois pas un mot de tout ce que vous me dites; je me trompe, je crois que vous avez un grand intérêt à marier M. Divorne.
--Eh! monsieur, les notaires aussi ont intérêt à marier leurs clients...
--Oui, mais ils sont officiers ministériels; on sait qu'on peut se fier à eux; leur probité et leur discrétion...
L'ambassadeur vit jour à porter, croyait-il, un coup décisif.
--Leur discrétion! s'écria-t-il, ah! je vois bien, monsieur, que vous ne connaissez pas la mienne; j'ai cependant dépensé plus de cent mille francs pour l'annoncer au monde entier. Un secret est chez moi plus en sûreté que votre argent à la Banque de France. Ma maison est le confessionnal de l'univers, le tombeau des secrets du monde entier. Rien ne transpirera jamais des mystères dont je suis le confident. La mort même ne me fera rien révéler. A ma mort, tout doit me suivre au cercueil, tout, cabinet, titres, mémoires. Je n'ai jamais formé d'élève. Quant à mes registres, vous pouvez les ouvrir. Jetez les yeux sur cette nomenclature de toutes les héritières des cinq parties du monde, vous ne comprendrez rien aux caractères hiéroglyphiques que seul je puis déchiffrer...
Le bruit d'un timbre, qui résonna dans le lointain des appartements, coupa brusquement la parole au négociateur. Il prêta l'oreille et compta cinq coups.
--Peste soit de l'importun! murmura-t-il, c'est une visite, au salon bleu-ciel.
Presque aussitôt un domestique entrebâilla une des portes du cabinet et fit un signe à M. de Saint-Roch.
--Mille pardons! dit l'ambassadeur à M. Gerbeau, je suis à vous à l'instant. Et il s'approcha du domestique.
--Monsieur, dit celui-ci à voix basse, il y a un monsieur dans le salon bleu.
--Je le sais, j'ai entendu, il était inutile de me déranger.
--C'est que monsieur ne sait pas que ce monsieur paraît furieux. Il ne voulait pas attendre et menaçait de tout casser.
--Diable! quelle espèce d'homme est-ce?
--Un grand qui a des lunettes d'or; assez vieux, bien mis, l'air de province, il m'a donné sa carte.
M. de Saint-Roch prit la carte, y jeta les yeux et poussa une exclamation de joie; il avait lu:
PIERRE DIVORNE,
Avoué licencié.
--Le père! pensa-t-il, l'avoué! c'est le ciel qui me l'envoie.
Et saisi d'une de ces inspirations sublimes qui décident des batailles, il repoussa le domestique, et s'élança dans le corridor, laissant son visiteur seul et stupéfait.
M. Divorne, le père, sortait précisément de chez maître Bertaud. Le notaire lui avait donné sur la famille d'Antoinette des détails si inespérés, des renseignements si brillants, qu'il regretta amèrement la promesse faite à sa femme de rompre le mariage. Mais, esclave de sa parole, il s'affermit dans sa résolution de refuser malgré tout son consentement. S'il venait chez le négociateur, c'est qu'il voulait passer un peu sa colère, et lui laver convenablement la tête.
C'est dire qu'il accueillit fort mal M. de Saint-Roch qui accourait. Mais l'ambassadeur ne s'amusa pas à répondre, il prit le bras de l'avoué, et le poussant presque devant lui:
--Dans mon cabinet, dit-il, dans mon cabinet.
Une fois entrés:
--Monsieur, prononça-t-il, en s'adressant à son premier visiteur, j'ai l'honneur de vous présenter M. Pierre Divorne, avoué licencié près le tribunal de Lannion, père de M. Pascal.
Puis, se retournant vers l'avoué:
--Je vous présente, monsieur, dit-il, M. Gerbeau, ancien fabricant à Roubaix, père de mademoiselle Antoinette.
Les deux pères se saluèrent froidement, tandis que M. de Saint-Roch allait s'asseoir derrière son bureau, en homme désormais parfaitement désintéressé dans la question.
Il y eut un moment de silence assez long entre l'avoué et le fabricant. Puis, ils commencèrent à parler ensemble, très vivement, chacun espérant faire taire l'autre et le forcer à l'écouter.
M. Gerbeau, qui n'avait pas eu de renseignements et qui persistait à se croire pris pour dupe, était le plus irrité. Il parlait de beaucoup le plus haut; il reprenait sans discontinuer la même phrase:
--Je ne veux rien entendre, je refuse positivement votre fils...
Cette obstination injurieuse à refuser Pascal exaspéra M. Divorne, à la fin.
--Allons chez maître Bertaud nous expliquer, proposa-t-il.
--Soit, dit M. Gerbeau.
Et ils sortirent,--par le couloir d'introduction, au risque de rencontrer quelqu'un!--sans même saluer M. de Saint-Roch.
Mais cette impolitesse n'attrista pas le négociateur.
--Ils vont chez le notaire, se dit-il en se frottant joyeusement les mains, c'est bon signe. Ça m'a donné du mal, mais l'affaire est dans le sac: ici dix mille francs au moins, dont trois mille pour Jeuflas; bénéfice net, sept mille livres.
Et s'asseyant à son bureau, il se remit à la confection de sa réclame, qui se terminait ainsi:
«Ce qui distingue surtout M. de Saint-Roch, c'est que jamais l'intérêt ne le guide. Moraliser l'espèce humaine, voilà son but; faire fonctionner le mariage, tel est son moyen. Mystère et désintéressement sont sa devise.»
L'illustre négociateur avait deviné juste. Tout s'arrangea dans l'étude du notaire. Maître Bertaud savait mettre en pratique ces belles et nobles paroles d'un tabellion à son successeur: «Souvenez-vous, jeune homme, qu'un notaire est un tampon destiné à amortir le choc des intérêts.» Il s'interposa habilement entre ces deux pères, entre M. Gerbeau, qui ne voulait pas donner sa fille, et M. Divorne, qui s'obstinait à vouloir cette fille, depuis qu'on la refusait à son fils.
Grâce à l'inépuisable patience de maître Bertaud, le plus patient et le plus onctueux des notaires, on finit par s'entendre.
Après moins de cinq heures de pourparlers, le mariage fut arrêté, décidé, conclu, presque signé.
Il y était stipulé, entre autres conditions, que M. Gerbeau donnait à sa fille cent mille écus comptants. C'était au moins cinquante mille francs de plus que n'aurait voulu l'ancien fabricant, mais il avait eu la main forcée, tant par le notaire que par M. Divorne.
L'avoué, intraitable sur l'article dot, était bien loin de se douter qu'il travaillait bien moins pour son fils que pour l'ambassadeur matrimonial.
Enfin, la date du mariage fut fixée, et les deux pères, devenus les meilleurs amis du monde, sortirent ensemble de l'étude de maître Bertaud. M. Divorne avait hâte d'annoncer la bonne nouvelle à son fils.
La visite du chevalier de Jeuflas avait singulièrement rassuré Pascal, mais il était bien loin de s'attendre à une solution si prompte.
Il faillit tomber à la renverse, en voyant entrer son père et M. Gerbeau. Mais on n'est pas longtemps à revenir des commotions que donne un bonheur inespéré.
Pascal fut vite mis au courant de ce qui s'était passé, tant chez le propagateur-initiateur que chez le notaire, et bientôt il se trouva qu'il était le moins surpris des trois.
--Qui jamais se serait attendu à cela? répétait M. Divorne.
Et dans le fait, l'avoué eût été bien embarrassé d'expliquer comment, tout à coup, il avait oublié les serments faits à sa femme.
--Ce que je ne comprendrai jamais, disait M. Gerbeau, c'est que ce cher Pascal ait eu l'idée incroyable, impossible, de s'adresser à ce M. de Saint-Roch.
--Oh! pour cela, répondit Pascal, je jure bien que je croyais simplement faire une très innocente plaisanterie.
--Comme si on plaisantait avec le mariage, dit gravement M. Divorne: c'est jouer avec le feu.
--Et encore, continua Pascal, qui jamais se serait douté du rôle de mon ambassadeur, sans un de mes amis qui s'est empressé de vous écrire? Le malheureux croyait me nuire, il m'a rendu le plus grand des services. Mais je voudrais bien savoir qui je dois remercier.
--Il faudrait voir l'écriture, dit M. Gerbeau; voici ma lettre.
--Et la mienne, fit M. Divorne.
Mais l'écriture, habilement contrefaite, n'apprenait rien à Pascal. Il tournait et retournait les deux lettres anonymes, tout en se creusant la tête à chercher le mobile de leur auteur, lorsqu'il aperçut ses initiales à lui, un P et un D en relief, aux angles des deux feuilles de papier.
--Morbleu! dit-il, ces lettres ont été écrites chez moi.
--Mais par qui? demandèrent ensemble M. Gerbeau et l'avoué.
--Ah! voilà, répondit Pascal; il vient beaucoup d'amis chez moi.
Mais en même temps le jeune homme se disait que, seuls, Lorilleux ou Jean Lantier avaient pu s'emparer du billet de M. de Saint-Roch. Le doute à cet égard n'était pas possible.
C'est alors que Pascal se souvint de la pâleur de son ami, la dernière fois qu'il l'avait vu. Il se rappela encore que le médecin était resté seul, ce soir-là, dans son cabinet, pour y écrire, disait-il, une lettre.
Évidemment Lorilleux était le coupable.
Cette trahison si lâche d'un ami d'enfance accabla Pascal. Les déceptions en amitié sont plus cruelles qu'en amour, parce qu'elles sont plus inattendues. Cependant il se garda bien de dire tout haut ce nom qu'il venait de deviner. Indigné contre le médecin, il sentait qu'il l'aimait encore et qu'il répugnait à livrer au mépris le nom d'un ancien camarade de collége; il avait honte d'avouer qu'il avait été dupe d'apparences trompeuses.
Aussi, lorsque M. Gerbeau, après un assez long silence, lui demanda:
--Eh bien! devinez-vous? êtes-vous sur la trace?
--Non, répondit-il. Je n'ai pas même un soupçon.
--Il faut faire une enquête, proposa l'avoué. Si tu restes dans l'incertitude, te voilà condamné à te défier de tous tes amis.
--J'aime mieux ne plus penser à cette infamie, dit résolûment Pascal.
Et il froissa les lettres et les jeta dans un coin, se réservant bien de les reprendre plus tard, pour confondre et accabler le traître Lorilleux.
--Soit! s'écria M. Gerbeau, n'y pensons plus, non plus qu'au Saint-Roch et à son acolyte Jeuflas. Pardon universel. Et moi, je vais, de ce pas, consoler ma pauvre fille, que j'avais laissée dans les larmes, je puis le dire maintenant.
Pascal ne fut pas désolé d'apprendre que mademoiselle Antoinette avait beaucoup pleuré; et, sans doute pour remercier son futur beau-père de l'aveu, il l'embrassa de bon coeur.