Chapitre 32 Un candidat silencieux
Le fait est qu’il y en a eu de toutes sortes, des candidats à Lévis, une vraie collection de toutes les nuances et de tous les acabits. On y a même vu un candidat… silencieux. Il se faisait un devoir et un principe de ne pas dire un mot en public. Nous ne faisions que le montrer. Et comme il n’avait pas trop mauvaise mine, ça prenait encore assez.
Naturellement, il fallait quelquefois discuter avec l’adversaire ; c’était moi qu’on avait chargé de la besogne. Il fallait entendre mes arguments en faveur du candidat du silence :
Franchement, il y avait trop de bavards dans la Chambre ; c’était justement pour cela qu’on ne pouvait pas s’entendre. Si l’on pensait plus et si l’on parlait moins, ça irait beaucoup mieux, et ça coûterait moins cher. Ce qu’il faut, ce ne sont pas des paroles, mais des actes. Trouvez-moi un homme capable de parler durant une heure, sans dire quelque menterie ! Et caetera. Si notre candidat voulait être député, c’était pour donner le bon exemple. S’il était élu, il s’engageait d’avance… à ne pas desserrer les dents sur n’importe quelle question. Il ne signerait jamais M. P. P. (membre pour parler), c’était ridicule ; il signerait M. P. S. T. (membre pour se taire).
Nous fîmes une lutte superbe, et qui se termina par une victoire… morale !
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