Chapitre 31 Le député Beaudoin
Mais quelque chose de plus piquant encore, que rapporte la tradition, ce sont les discours d’un nommé Beaudoin, de St-Henri de Lauzon, qui fut député de sa division, à l’époque où les trois comtés de Lévis, de Beauce et de Dorchester ne constituaient qu’un seul et même collège.
Celui-là faisait ses discours en vers, et en vers monorimes.
Je puis en citer un, grâce à la mémoire des vieux de l’endroit, avec qui les circonstances m’ont mis en rapport dans mon jeune temps ; le voici :
— Messieurs les inlecteurs du comté de Dorchester, je vous remercie de tout mon cœur de l’honneur et de la faveur supérieure que vous m’avez fait jusqu’à c’te heure. Suivez votre serviteur chez la mère Verboncœur pour prendre un petit verre de liqueur, à la santé du gouverneur. Demain le poll est à neuf heures.
— Ça se bat pas ! disaient les gens.
Aussi, il paraît que jamais personne n’osa se présenter contre lui.
Je ne sais trop ce qu’il y a de vrai au fond de la chose, mais c’est à ce brave homme de père Beaudoin qu’on attribue quelquefois cette naïveté digne d’entrer dans le répertoire de Calino. Dans une réunion chez le gouverneur, où il avait été invité à titre de député, on lui présente une glace à la crème.
— Cristi ! dit-il, ça gèle les dents cette histoire-là ! Je parie que si ç’avait été pour un Anglais, va ! ils l’auraient bien fait chauffer.
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