Chapitre 34 Bénoni Samson, surnommé Bélone
J’en ai connu un autre moins prétentieux, mais encore plus original. Lui se donnait comme candidat – oh ! devinez ! – comme candidat de la misère !
Il s’appelait Bénoni Samson, et tout le monde le connaissait sous le nom de Bélone.
Des loustics, pour faire pièce au candidat du gouvernement, lui avait mis en tête qu’il triompherait – c’était une année de disette – s’il avait l’appui des pauvres gens.
Un beau dimanche, il avait appelé à son aide M. Fradette, député de Bellechasse, qui se targuait d’être le représentant des classes inférieures.
— Messieurs les électeurs, dit Bélone, j’ai l’honneur de vous présenter M. Fradette, l’emblème de la pauvreté !
Le jour de l’appel nominal, il s’écriait :
— Oui, messieurs, je suis pauvre ; je suis pauvre comme vous, j’ai toujours été pauvre, et je veux toujours rester pauvre avec vous autres !
— Dis donc, Bélone, crie une voix dans l’auditoire, reste pauvre tant que tu voudras, mais t’as pas besoin de nous autres pour ça. Reste pauvre tout seul.
— Je suis prêt ! répond Bélone.
— Eh bien, s’écrie un autre, si tu veux rester pauvre rien que pour le fun, viens pas quêter chez nous !
Pauvre Bélone ! battu lui aussi.
— N’importe, disait-il, j’ai toujours été candidat ; personne ne peut m’ôter ça !
Car il faut vous dire que si la plupart des candidats se présentent dans le but d’entrer au Parlement, il en est quelques-uns qui n’ont pas d’autre ambition que d’être candidats. Là se bornent leurs aspirations les plus ardentes.
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