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LA CANDIDATURE ILLÉGALE

Citoyens,

Vous nous demandez, à Paule Mink et à moi, ce que nous pensons des candidatures mortes.

Voici ma réponse, en attendant celle de la citoyenne Mink, qui, je crois, ne s’en écartera guère.

Les candidatures mortes sont à la fois un drapeau et une revendication.

Elles sont l’idée pure de la Révolution sociale planant sans individualité ; — l’idée qu’on ne peut ni frapper ni détruire ; — l’idée invincible et implacable comme la mort.

La candidature illégale est juste.

La candidature morte est grande comme la Révolution même.

Quant aux candidatures de femmes, c’est aussi une revendication, celle de l’esclavage éternel de la mère qui justement doit élever les hommes et les fait ce qu’ils sont ; mais peu importe, ne faisons-nous pas partie de l’esclavage commun ? Nous combattons l’ennemi commun.

Pour ma part, je ne m’occupe guère des questions particulières, étant, je le répète, avec tous les groupes qui attaquent soit par la pioche, soit par la mine, soit par le feu, l’édifice maudit de la vieille société !

Salut au réveil du peuple et à ceux qui, en tombant, ont ouvert si grandes les portes de l’avenir, que toute la Révolution y passe !

LOUISE MICHEL.

Voici un deuxième article :

En voyant mon nom parmi ceux qu’on propose pour des candidatures, je me sens obligée à une réponse.

Je ne puis m’élever contre les candidatures de femmes, comme affirmation de l’égalité de l’homme et de la femme. Mais je dois, devant la gravité des circonstances, vous répéter que les femmes ne doivent pas séparer leur cause de celle de l’humanité, mais faire partie militante de la grande armée révolutionnaire.

Nous sommes des combattants et non des candidats.

Des combattants audacieux et implacables : voilà tout !

Les candidatures de femmes ont été proposées, cela suffit pour le principe ; et comme elles n’aboutiraient pas, et dussent-elles même aboutir, elles ne changeraient rien à la situation. Je dois donc, pour ma part, prier nos amis de retirer mon nom.

Nous voulons, non pas quelques cris isolés, demandant une justice qu’on n’accordera jamais sans la force ; mais le peuple entier et tous les peuples debout pour la délivrance de tous les esclaves, qu’ils s’appellent le prolétaire ou la femme, peu importe.

Donc, que ceux qui espèrent encore au résultat par le vote mettent des noms d’ouvriers ; que ceux dont le cœur est plein d’un immense dégoût pour ce gouvernement de bas-empire qu’on appelle république, au lieu de s’abstenir si cela ne leur plaît pas, acclament le principe sacré de la révolution sociale, en réveillant le nom de leurs mandataires assassinés en 1871 : c’est toujours sortir du sommeil, — ce sommeil sinistre où nous ne laisserons pas le peuple, car pendant ces sommeils-là se font les empires et grandissent les opportunismes…

S’il est opportun à certaines gens que la fille du peuple soit dans la rue sous la pluie et la honte pour sauvegarder la fille du riche, s’il leur plaît de conduire par troupeaux les hommes à l’abattoir et les femmes au lupanar ; nous, qui ne voulons plus de ventes et d’achats de chair humaine, ni pour la gueule des canons ni pour les appétits parasites, nous disons bien haut : — Plus de questions personnelles, ni même de questions de sexe ! plus d’égoïsme, plus de crainte ! en avant les braves ! et que sachant où nous allons, les autres nous laissent.

LOUISE MICHEL.

Voici encore un fragment de la série de mes articles sur les grèves.