SUITE DES TÉMOINS A CHARGE
Demoiselle Moricet : Le 9 mars dernier, j’étais dans la boutique avec ma sœur et ma mère, quand j’ai vu arriver devant la maison une bande conduite par une femme armée d’un drapeau noir.
Cette femme s’est arrêtée devant la boutique, a frappé la terre de son drapeau et s’est mise à rire !
Aussitôt la bande s’est jetée dans la boutique, a pris tout le pain et les gâteaux qui étaient là, puis on a cassé les assiettes et les vitres ; j’ai été vite chercher mon père.
D. Vous êtes bien sûre d’avoir vu Louise Michel s’arrêter devant la boutique et rire en frappant la terre de son drapeau ? — R. Oui, monsieur.
Louise Michel : Je suis honteuse de répondre à des choses comme celles-là !
Quand la petite Moricet amènerait sa sœur, sa cousine, son petit frère, et qui elle voudra je ne m’arrêterai pas à répondre à des choses aussi peu sérieuses.
J’attends le réquisitoire pour y répondre.
Demoiselle Moricet, sœur de la précédente : J’étais dans la boutique avec ma mère, j’ai vu, tout d’un coup, toute une bande avec une femme à sa tête ; c’était madame. Elle s’est mise à rire en regardant la boutique et j’ai même dit à ma mère : Tiens, elle te connaît donc ! A ce moment tout le monde s’est jeté sur la boutique et l’a mise au pillage.
Louise Michel : Je répéterai ce que j’ai dit tout à l’heure : il est honteux de voir des enfants réciter ici les leçons que leurs parents leur ont apprises.
Chaussadat, peintre, quai du Louvre, entendu sur la demande de la défense :
Le 9 mars, j’étais au coin de la rue de Seine, en face la boulangerie Moricet, j’ai vu arriver la foule de loin, Mlle Louise Michel est passée sans s’arrêter ; — j’ai entendu plus tard, parler du pillage de la boulangerie (ou plutôt j’ai vu jeter du pain.)
D. Vous n’appelez pas ça piller ?
R. J’ai vu qu’on jetait du pain et les malheureux le ramassaient.
Louise Michel : J’ai à remercier le témoin de rendre hommage à la vérité !
Henri Rochefort, publiciste : Un jour, en parlant des manifestations du mois de mars, Louise Michel me dit que les journaux avaient beaucoup parlé d’une somme de 60 francs environ qui avait été trouvée sur un des accusés ; elle ajouta que cette somme provenait d’une collecte faite à une réunion. Louise Michel m’a fait cette communication au moment où elle s’est rendue chez M. Camescasse pour se constituer prisonnière. Le même jour, elle m’a confirmé le caractère absolument pacifique de la manifestation à laquelle elle s’était livrée. Elle n’avait même pas voulu prendre le drapeau rouge. J’ai été très surpris de cette accusation de pillage portée contre Louise Michel.
Vaughan, publiciste : Mlle Louise Michel, le soir même de la manifestation, m’a dit que son ami Pouget serait trouvé porteur d’une somme de 60 ou 70 francs qui lui avait été remise par elle-même et qui était le produit d’une collecte faite à une réunion. Je suis heureux de manifester à la citoyenne Louise Michel ma très vive sympathie.
Louise Michel : Citoyen, je vous remercie et je tâcherai qu’aucun citoyen n’ait jamais à rougir de moi.
Rouillon, voisin de la mère de Louise Michel : La citoyenne Louise Michel n’avait aucune confiance dans les suites de la manifestation. Elle me l’a déclaré avant d’y aller. La citoyenne n’y allait que par devoir.
Le témoin entre ensuite dans d’assez longs détails sur des violences et des menaces dont auraient été l’objet Louise Michel et sa famille.
Louise Michel : Vous voyez bien qu’on assassine nos familles chez nous, et cela est permis !
Meusy, rédacteur de l’Intransigeant, confirme ce qu’a rapporté le témoin Vaughan à propos de la somme de 71 francs trouvée sur l’accusé Pouget.
C’est le dernier témoin à décharge.
La parole est donnée ensuite à l’avocat général Quesnay de Beaurepaire. Puis M. Balandreau, avocat nommé d’office, déclare que Louise Michel entend se défendre elle-même.