VI.
Charette avait commis une faute grossière dans l'établissement de son camp de Légé, et qui lui ôtait absolument toute facilité de résister à l'invasion des républicains et aux attaques qu'ils auraient dirigées contre lui dans cet endroit. Légé était couvert de tous côtés par des arbres et des haies touffues, retranchemens naturels qui s'adaptaient merveilleusement au génie militaire des insurgés. Charette détruisit cet avantage de fond en comble; il fit abattre tous les arbres, raser les buissons, et convertit Légé en une vaste plaine. Son aimée travailla pendant tout l'été de 1793 à cette imprudente opération. Dès ce moment le poste ne fut plus tenable pour des paysans qui l'abandonnaient aussitôt qu'ils apercevaient l'ennemi; et il devint pour celui-ci un poste de prédilection qu'il occupa constamment dans la suite, et qui le plaçait au centre du pays insurgé. On ne conçoit pas comment les expériences malheureuses, faites par Charette dans les endroits trop découverts, ne lui avaient pas fait rejeter ce projet insensé; mais c'est encore dans cette occasion qu'on remarque une des principales nuances de son caractère, la suffisance et la présomption. En traçant à Légé un camp retranché, il singeait le général d'une armée régulière.