‹ Mémoires de Mme la marquise de La Rochejaquelein, écrits par elle-mêmeChapitre 31 sur 40 · VIII.

VIII.

Le pays insurgé se trouva le plus souvent débarrassé des troupes républicaines pendant l'été de 1794. Des colonnes le traversèrent trois ou quatre fois, mais sans s'y arrêter. Ce plan de l'ennemi était motivé, ou sur les courses infructueuses faites pendant l'hiver et qui leur avaient coûté tant de monde et tant de fatigues, ou sur la nécessité de renforcer les armées des frontières moins exposées pendant les mauvaises saisons, ou principalement pour border et défendre les côtes sur lesquelles on craignait toujours quelques débarquemens d'Anglais qui auraient coopéré avec les insurgés. Charette eut donc le temps de respirer à son aise et d'entreprendre lui-même des attaques, au lieu de repousser ou d'esquiver celles des républicains. Sans doute ce repos qu'il aura présenté à ses soldats sous des couleurs adroites, comme étant la suite de l'abattement ou de l'impuissance de l'ennemi, releva le courage des siens, leur donna une haute idée de leur force, et augmentait leur confiance dans le général qui les avait guidés à travers tant de dangers. En envisageant dans leur ensemble tous ceux qui les avaient assaillis, les Vendéens le regardaient comme le libérateur de leur pays, le sauveur de leur existence, et la guerre qu'ils avaient soutenue sous ses ordres, comme ayant été le seul moyen d'échapper à cette terrible catastrophe; les esprits reçurent donc de ces considérations des impressions d'enthousiasme et d'énergie, qui préparèrent les succès que les Vendéens obtinrent contre les camps retranchés des patriotes.

Le camp dont l'attaque, est sans contredit, un des plus beaux faits d'armes du général vendéen, n'était point assis à Saint-Christophe, mais à Freligné, auprès d'une chapelle de ce nom, à un quart de lieue de Touvois. Les républicains avaient un détachement dans le premier endroit, et c'est sur ce point que la troupe battue effectua une retraite bien difficile; la garnison de ce camp était de quinze cents hommes, et plus de la moitié fut tuée. Les Vendéens montrèrent dans cette occasion une valeur et une fermeté que l'on ne pouvait pas raisonnablement attendre; l'événement seul justifia l'attaque d'un poste que l'on regardait comme imprenable par des troupes irrégulières.

Le camp des Chrimières, que Charette força quelques jours après, n'était pas aussi fort et aussi nombreux: celui-ci fut surpris dans un moment où l'ennemi était mal préparé. Les soldats avaient lavé et nettoyé leurs armes ce jour-là, et un grand nombre était répandu dans les vignes dont la maturité approchait. Cette attaque imprévue était la suite de la défaveur qui entourait les républicains et de l'impossibilité dans laquelle ils s'étaient placés, par leurs cruautés, de recevoir aucun renseignement. Les localistes, avec qui ils vivaient sans défiance, étaient les premiers à les trahir; ainsi les Vendéens étaient prévenus à temps de toutes les occasions favorables qui se présentaient, et les républicains ne l'étaient jamais. On ne peut se faire une idée de la haine profonde, de l'horreur que ceux-ci avaient excitées dans le pays insurgé; les femmes, les enfans en étaient envenimés; ces sentimens étaient comme mêlés dans leur substance, et portés au dernier degré d'exaltation.

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