LIVRE II - L'EMPIRE
ENTRÉE DANS LA MARINE. -- CAMPAGNES MARITIMES SOUS LA RÉPUBLIQUE ET SOUS
CHAPITRE PREMIER 51
SOMMAIRE: Je suis embarqué comme novice sur le lougre _la Fouine_. -- Départ pour Bordeaux. -- Je fais la connaissance de Sorbet. -- _La Fouine_ met à la voile en vue d'escorter un convoi jusqu'à Brest. -- La croisière anglaise. -- Le pertuis de Maumusson. -- _La Fouine_ se réfugie dans le port de Saint-Gilles. -- Sorbet et moi nous quittons _la Fouine_ pour nous rendre à Brest par terre. -- Nous traversons la Bretagne à pied. -- À Locronan, des paysans nous recueillent. -- Arrivée à Brest. -- Reproches que nous adresse M. de Bonnefoux. -- La capture de _la Fouine_ par les Anglais. -- Je suis embarqué sur la corvette _la Citoyenne_.
CHAPITRE II 57
SOMMAIRE: -- L'amiral Bruix quitte Brest avec 25 vaisseaux. -- Les 17 vaisseaux anglais de Cadix. -- Le détroit de Gibraltar. -- Relâche à Toulon. -- L'escadre porte des troupes et des munitions à l'armée du général Moreau, à Savone. -- L'amiral Bruix touche à Carthagène et à Cadix et fait adjoindre à sa flotte des vaisseaux espagnols. -- Il rentre à Brest. -- L'équipage du _Jean-Bart_, les officiers et les matelots. -- L'aspirant de marine Augier. -- En rade de Brest, sur les barres de perroquet. -- Le commandant du _Jean-Bart_. -- Il veut m'envoyer passer trois jours et trois nuits dans la hune de misaine. -- Je refuse. -- Altercation sur le pont. -- Quinze jours après, je suis nommé aspirant à bord de la corvette, _la Société populaire_. -- Navigation dans le golfe de Gascogne. La corvette escorte des convois le long de la côte. -- L'officier de santé Cosmao. -- _La Société populaire_ est en danger de se perdre par temps de brume. -- Attaque du convoi par deux frégates anglaises. -- Relâche à Benodet. -- Je passe sur le vaisseau _le Dix-Août_. -- Un capitaine de vaisseau de trente ans, M. Bergeret. -- Exercices dans l'Iroise. -- Les aspirants du _Dix-Août_, Moreau, Verbois, Hugon, Saint-Brice. -- La capote de l'aspirant de quart. -- Le général Bernadotte me propose de me prendre pour aide de camp; je ne veux pas quitter la marine. -- Le ministre désigne, parmi les aspirants du _Dix-Août_, Moreau et moi comme devant faire partie d'une expédition scientifique sur les côtes de la Nouvelle-Hollande. -- Départ de Moreau, sa carrière, sa mort. -- Je ne veux pas renoncer à l'espoir de prendre part à un combat, et je reste sur _le Dix-Août_.
CHAPITRE III 73
SOMMAIRE: Je suis nommé second du cutter _le Poisson-Volant_, puis je reviens sur _le Dix-Août_. -- Ce vaisseau est désigné pour faire partie de l'escadre du contre-amiral Ganteaume, chargée de porter des secours à l'armée française d'Égypte. -- L'escadre part de Brest. -- Prise d'une corvette anglaise en vue de Gibraltar. -- Les indiscrétions de son équipage. -- Le surlendemain, _le Jean-Bart_ et _le Dix-Août_, capturent la frégate _Success_, qui ne se défend pas. -- Chasse appuyée par _le Dix-Août_ au cutter _Sprightly_. -- Je suis chargé de l'amariner. -- L'amiral change brusquement de route et rentre à Toulon. -- Le commandant Bergeret quitte le commandement du _Dix-Août_; il est remplacé par M. Le Goüardun. -- Mécontentement du premier consul. -- Ordre de partir sans retard. -- L'escadre met à la voile. -- Abordage du _Dix-Août_ et du _Formidable_, dans le sud de la Sardaigne. -- Graves avaries. -- Relâche à Toulon. -- L'amiral reçoit l'ordre de participer à l'attaque de l'île d'Elbe. Bombardement des forts. -- Assaut. -- Je commande un canot de débarquement. -- Soldat tué par le vent d'un boulet. -- Prise de l'île d'Elbe. -- L'amiral Ganteaume débarque ses nombreux malades à Livourne. -- Il fait passer ses 3.000 hommes de troupes sur quatre de ses vaisseaux et renvoie les trois autres sous le commandement du contre-amiral Linois. -- Le moral des équipages et des troupes. -- Le premier consul accusé d'hypocrisie. -- Digression sur le duel. -- L'escadre passe le détroit de Messine, et arrive promptement en vue de l'Égypte. -- À la surprise générale, l'amiral ordonne de mouiller et de se préparer à débarquer à 25 lieues d'Alexandrie. -- Apparition de deux bâtiments anglais au coucher du soleil. -- L'escadre appareille la nuit. -- Un mois de navigation périlleuse sur les côtes de l'Asie-Mineure et dans l'Archipel. -- Retour sur la côte d'Afrique, mais devant Derne. -- Nouvel ordre de débarquement et nouvelle surprise des officiers. -- Verbois, Hugon et moi, nous commandons des canots de débarquement. -- À 50 mètres du rivage, l'amiral nous signale de rentrer à bord. -- Fin de nos singulières tentatives de secours à l'armée d'Égypte. -- Retour à Toulon. -- Souffrance des équipages et des troupes. -- La soif. -- Rencontre à quelques lieues de Goze, du vaisseau de ligne de 74, _Swiftsure_. -- Combat victorieux du _Dix-Août_ contre le _Swiftsure_. -- Pendant le combat, je suis de service sur le pont, auprès du commandant. -- Mission dans la batterie basse. -- Le porte-voix du commandant Le Goüardun. -- Le point de la voile du grand hunier. -- Paroles que m'adresse le commandant. -- Capture du _Mohawk_. -- Arrivée à Toulon. -- Grave épidémie à bord de l'escadre et longue quarantaine. -- La dysenterie enlève en deux heures de temps mon camarade Verbois couché à côté de moi dans la Sainte-Barbe. -- Je le regrette profondément. -- Fin de la quarantaine de soixante-quinze jours. -- Le commandant Le Goüardun demande pour moi le grade d'enseigne de vaisseau. -- Histoire de l'aspirant Jérôme Bonaparte, embarqué sur _l'Indivisible_. -- Les relations que j'avais eues avec lui à Brest, chez Mme de Caffarelli. -- Après la campagne, il veut m'emmener à Paris. -- Notre camarade, M. de Meyronnet, aspirant à bord de _l'Indivisible_, futur grand-maréchal du Palais du roi de Wesphalie. -- Paix d'Amiens. -- _Le Dix-Août_ part de Toulon pour se rendre à Saint-Domingue. -- Tempête dans la Méditerranée. -- Naufrage sous Oran, d'un vaisseau de la même division, _le Banel_. -- Court séjour à Saint-Domingue. -- Retour en France. -- À mon arrivée à Brest, M. de Bonnefoux me remet mon brevet d'enseigne de vaisseau. -- Commencement de scorbut. -- Histoire de mon ancien camarade Sorbet. -- Congé de trois mois. Séjour à Marmande et à Béziers. -- L'érudition de M. de La Capelière. -- Je retourne à Brest, accompagné de mon frère, âgé de quatorze ans, qui se destine, lui aussi à la marine.
CHAPITRE IV 93
SOMMAIRE: La reprise de possession des colonies françaises de l'Inde. -- L'escadre du contre-amiral Linois. -- Le vaisseau _le Marengo_, les frégates _la Belle-Poule_, _l'Atalante_, _la Sémillante_. -- Mon frère et moi nous sommes embarqués sur _la Belle-Poule_, mon frère comme novice et moi comme enseigne. -- Avant le départ de l'expédition, mon frère passe, avec succès, l'examen d'aspirant de 2e classe. -- Après divers retards, la division met à la voile, au mois de mars 1803. -- À la hauteur de Madère, _la Belle-Poule_ qui marche le mieux, et qui porte le préfet colonial de Pondichéry, se sépare de l'escadre et prend les devants. -- Passage de la ligne. -- Arrivée au cap de Bonne-Espérance, après cinquante-deux jours de traversée. -- L'incident de l'albatros. -- Une de nos passagères, Mme Déhon, craint pour moi le sort de Ganymède. -- Coup de vent qui nous éloigne de la baie du Cap. -- Nouveau coup de vent qui nous écarte de celle de Simon et nous rejette en pleine mer. -- Rencontre de trois vaisseaux de la Compagnie anglaise des Indes, auxquels nous parlons. -- Étrange embarras des équipages. -- Ignorant que la guerre était de nouveau déclarée, et que, depuis un mois, les Anglais, en Europe, arrêtaient nos navires marchands, nous manquons notre fortune. -- Retour de la frégate vers la baie de Lagoa ou de Delagoa. -- Infructueux essais d'accostage. -- Un brusque coup de vent nous écarte une troisième fois de la côte. -- Le commandant se dirige alors vers Foulpointe, dans l'île de Madagascar, pour y faire de l'eau et y prendre des vivres frais. -- Relâche de huit jours à Foulpointe. -- Le petit roi Tsimâon. -- Partie champêtre. -- _Sarah-bé_, _Sarah-bé_. -- À la suite d'un manque de foi des indigènes, je tente d'enlever le petit roi Tsimâon, et je capture une pirogue et les trois noirs qui la montaient. -- On les garde comme otages à bord de la frégate, jusqu'à ce que satisfaction nous soit donnée. -- Résultats peu brillants de mes ambassades. -- Arrivée à Pondichéry cent jours après notre départ de Brest. -- Nous débarquons nos passagers; mais les Anglais ne remettent pas la place. -- Une escadre anglaise de trois vaisseaux et deux frégates se réunit même à Gondelour, en vue de _la Belle-Poule_. -- Branle-bas de combat. -- Plainte de M. Bruillac au colonel Cullen, commandant de Pondichéry. -- Réponse de ce dernier. -- Pondichéry, les Dobachis, les Bayadères. -- L'amiral débarque à Pondichéry, vingt-six jours après nous. -- Instruit des difficultés relatives à la remise de la place, il envoie _la Belle-Poule_ à Madras pour essayer de les lever. -- Réponse dilatoire du gouverneur anglais. -- Guet-apens tendu à _la Belle-Poule_, à Pondichéry. -- La frégate est sauvée. -- Elle se dirige vers l'Île de France. -- Grandes souffrances à bord par suite du manque de vivres et d'eau. -- La division arrive à son tour à l'Île-de-France. -- Récit de ses aventures. -- Le brick _le Bélier_. -- Perfidie des Anglais. -- L'aviso espion. -- La corvette _le Berceau_ mouille à l'Île-de-France, apportant des nouvelles de la métropole. -- Installation du général Decaen et des autorités civiles. -- La frégate marchande _la Psyché_ est armée en guerre et reste sous le commandement de M. Bergeret, qui rentre dans la Marine militaire. -- Un navire neutre me rapporte ma malle, laissée dans une chambre de Pondichéry. -- La fidélité proverbiale des Dobachis se trouve ainsi vérifiée.
CHAPITRE V 104
SOMMAIRE: -- Coup d'oeil sur l'état-major de la division. -- L'amiral Linois, son avarice. -- Commencement de ses démêlés avec le général Decaen. -- M. Vrignaud, capitaine de pavillon de l'amiral. -- M. Beauchêne, commandant de l'_Atalante_; M. Motard, commandant de _la Sémillante_. -- Le commandant et les officiers de _la Belle-Poule_. -- M. Bruillac, son portrait. -- Le beau combat de _la Charente_ contre une division anglaise. -- Le second de _la Belle-Poule_, M. Denis, les prédictions qu'il me fait en rentrant en France. -- Son successeur, M. Moizeau. -- Delaporte, lieutenant de vaisseau, son intelligence, sa bonté, l'un des hommes les meilleurs que j'aie connus. -- Les enseignes de vaisseau par rang d'ancienneté, Giboin, L..., moi, Puget, «mon Sosie», Desbordes et Vermot. -- Triste aventure de M. L..., sa destitution. -- Croisières de la division. -- Voyage à l'île Bourbon. -- Les officiers d'infanterie à bord de _la Belle-Poule_, MM. Morainvillers, Larue et Marchant. -- En quittant Bourbon, l'amiral se dirige vers un comptoir anglais nommé Bencoolen, situé sur la côte occidentale de Sumatra. -- Une erreur de la carte; le banc appelé Saya de Malha; l'escadre court un grand danger. -- Capture de _la Comtesse-de-Sutherland_, le plus grand bâtiment de la Compagnie anglaise. -- Quelques détails sur les navires de la Compagnie des Indes. -- Arrivée à Bencoolen. -- Les Anglais incendient cinq vaisseaux de la Compagnie et leurs magasins pour les empêcher de tomber entre nos mains. -- En quittant Bencoolen, l'escadre fait voile pour Batavia, capitale de l'île de Java. -- Batavia, la ville hollandaise, la ville malaise, la ville chinoise. -- Après une courte relâche, la division à laquelle se joint le brick de guerre hollandais, _l'Aventurier_, quitte Batavia au commencement de 1804, en pleine saison des ouragans pour aller attendre dans les mers de la Chine le grand convoi des vaisseaux de la Compagnie qui part annuellement de Canton. -- Navigation très pénible et très périlleuse. -- Nous appareillons et nous mouillons jusqu'à quinze fois par jour. -- Prise, près du détroit de Gaspar, des navires de commerce anglais _l'Amiral-Raynier_ et _la Henriette_, qui venaient de Canton. -- Excellentes nouvelles du convoi. -- Un canot du _Marengo_, surpris par un grain, ne peut pas rentrer à son bord. Il erre pendant quarante jours d'île en île avant d'atteindre Batavia. -- Affreuses souffrances. -- Habileté et courage du commandant du canot, M. Martel, lieutenant de vaisseau. -- Il meurt en arrivant à Batavia. -- Conversations des officiers de l'escadre. -- On escompte la prise du convoi. -- Mouillage à Poulo-Aor. -- Le convoi n'est pas passé. -- Le détroit de Malacca. -- Une voile, quatre voiles, vingt-cinq voiles, c'est le convoi. -- Temps superbe, brise modérée. -- Le convoi se met en chasse devant nous; nous le gagnons de vitesse. -- À six heures du soir, nous sommes en mesure de donner au milieu d'eux. -- L'amiral Linois ordonne d'attendre au lendemain matin. -- Stupéfaction des officiers et des équipages. -- Le mot du commandant Bruillac, celui du commandant Vrignaud. -- Le lendemain matin, même beau temps. -- Nous hissons nos couleurs. -- Les Anglais ont, pendant la nuit, réuni leurs combattants sur huit vaisseaux. -- Ces huit vaisseaux soutiennent vaillamment le choc. -- Après quelques volées, l'amiral Linois quitte le champ de bataille et ordonne au reste de la division d'imiter ses mouvements. -- Déplorables résultats de cet échec. -- Consternation des officiers de la division. -- Récompense accordée par les Anglais au capitaine Dance.
CHAPITRE VI 121
SOMMAIRE: Retour de l'escadre à Batavia. -- Le choléra. -- Mort de l'aspirant de 2e classe Rigodit et de l'officier de santé Mathieu. -- Les officiers de santé de _la Belle-Poule_: MM. Fonze, Chardin, Vincent et Mathieu. -- Visite d'une jonque chinoise en rade de Batavia. -- Réception en musique. -- Les sourcils des Chinois. -- Le village de Welterfreder. -- Conflit avec les Hollandais. -- Déplorable bagarre. -- _Fuyards du convoi de Chine._ -- Départ de Batavia. -- Le détroit de la Sonde. -- Violents courants. -- Terreur panique de l'équipage. -- Belle conduite du lieutenant de vaisseau Delaporte. -- _Le Marengo_, _la Sémillante_ et _le Berceau_, se dirigent vers l'Île-de-France. -- _La Belle-Poule_ et _l'Atalante_ croisent à l'entrée du golfe de l'Inde, et rentrent à l'Île-de-France après avoir visité les abords des côtes occidentales de la Nouvelle-Hollande. -- Pendant cette longue croisière, prise d'un seul navire anglais, _l'Althéa_, ayant pour 6 millions d'indigo à bord. -- Le propriétaire de _l'Althéa_, M. Lambert. -- Craintes de Mme Lambert. -- Sa beauté. -- Scène sur le pont de _l'Althéa_. -- L'officier d'administration de _la Belle-Poule_, M. Le Lièvre de Tito. -- Un gentilhomme, _laudator temporis acti_. -- Ses bontés à mon égard. -- Plaisanteries que se permettent les jeunes officiers. -- Les fruits glacés de M. Le Lièvre de Tito. -- Sa correspondance avec Mme Lambert. -- Départ de M. et Mme Lambert, après un séjour de quelques mois à l'Île-de-France. -- M. Lambert souhaite nous voir tous prisonniers, en Angleterre, pour nous prouver sa reconnaissance. -- Réponse de Delaporte. -- Part de prise sur la capture de _l'Althéa_. -- Décision arbitraire de l'amiral Linois. -- Nous ne sommes défendus ni par M. Bruillac, ni par le général Decaen. -- Au mois d'août 1804, _le Berceau_ est expédié en France. -- Je demande vainement à l'amiral de renvoyer, par ce bâtiment, mon frère Laurent pour lui permettre de passer son examen d'aspirant de 1re classe.
CHAPITRE VII 135
SOMMAIRE: La division met à la voile. -- L'amiral donne rendez-vous à _la Belle-Poule_ dans le sud-est de Ceylan. -- Rencontre, sur la côte de Malabar, d'un navire de construction anglaise monté par des Arabes. -- Odalisques et cachemires de l'Inde. -- Chasse appuyée par la frégate à la corvette anglaise _le Victor_. -- Émouvante lutte de vitesse. -- La corvette nous échappe. -- _La Belle-Poule_ prend connaissance de Ceylan. -- Trente jours employés à louvoyer au sud-est de l'île. -- Une montre marine qui se dérange. -- Graves conséquences de l'accident. -- La division passe sans nous voir. -- La batterie de _la Belle-Poule_, les jours de beau temps. -- Puget et moi. -- Observations astronomiques. -- Cercles et sextants. -- Sur la côte de Coromandel. -- Prise du bâtiment de commerce anglais, _la Perle_. -- M. Bruillac m'en offre le commandement. -- Je refuse. -- Retour vers l'Île-de-France. -- Le blocus de l'île. -- La frégate se dirige vers le Grand-Port ou port du sud-est. -- Plan du commandant Bruillac. -- La distance de Rodrigue à l'Île-de-France. -- Le service que nous rend la lune. -- Les frégates anglaises. -- Le Grand-Port. -- Arrivée de la division deux jours après nous. -- _L'Upton-Castle_, _la Princesse-Charlotte_, _le Barnabé_, _le Hope_. -- Combat, près de Vizagapatam, contre le vaisseau anglais _le Centurion_. -- _L'Atalante_ se couvre de gloire. -- _Le Centurion_ se laisse aller à la côte. -- Impossibilité de l'amariner à cause de la barre. -- Importance stratégique de l'Île-de-France. -- Les Anglais lèvent le blocus. -- La division appareille pour se rendre au port nord-ouest. -- Curieuse histoire du _Marengo_. -- La roche encastrée dans son bordage. -- Le Trou Fanfaron. -- _Le Marengo_ reste à l'Île-de-France. -- _La Psyché_ va croiser. -- L'amiral expédie _la Sémillante_ aux Philippines pour annoncer la déclaration de guerre faite par l'Angleterre à l'Espagne. -- Nouvelles de France. -- Proclamation de l'Empire. -- Projet de descente en Angleterre. -- Le chef-lieu de la préfecture maritime du 1er arrondissement est transporté à Boulogne. -- M. de Bonnefoux est nommé préfet maritime du 1er arrondissement et chargé de construire, d'armer et d'équiper la flottille. -- Il assiste à la première distribution des croix de la Légion d'honneur et reçoit, lui-même, des mains de l'empereur, celle d'officier. -- Une lettre de lui. -- _La Belle-Poule_ et _l'Atalante_ quittent l'Île-de-France au commencement de 1805. -- M. Bruillac, commandant en chef. -- Croisière de soixante-quinze jours. -- Calmes presque continus. -- Rencontre, près de Colombo, de trois beaux bâtiments, que nous chassons et approchons à trois ou quatre portées de canon. -- M. Bruillac les prend pour des vaisseaux de guerre. -- Il m'envoie dans la grand'hune pour les observer. -- Je descends en exprimant la conviction que ce sont des vaisseaux de la Compagnie des Indes. -- Le commandant cesse cependant les poursuites. -- Nouvelles apportées plus tard par les journaux de l'Inde. -- Le golfe de l'Inde. -- Notre présence est signalée par des barques de cabotage. -- L'une d'elles, que nous capturons, nous apprend le combat de _la Psyché_ et de la frégate anglaise de premier rang, _le San-Fiorenzo_. -- Récit du combat. -- Valeur du commandant Bergeret, de ses officiers et de ses matelots. -- Sa présence d'esprit. -- Capitulation honorable. -- Tous les officiers tués, sauf Bergeret et Hugon. -- _La Belle-Poule_ et _l'Atalante_ quittent les côtes du Bengale, et visitent celles du Pegou. -- Capture de _la Fortune_ et de _l'Héroïne_. -- Un aspirant de _la Belle-Poule_, Rozier, est appelé au commandement de _l'Héroïne_. -- On lui donne pour second Lozach, autre aspirant de notre bord. -- Belle conduite de Rozier et de Lozach. -- Rencontre par _l'Héroïne_ d'un vaisseau anglais de 74 canons entre Achem et les îles Andaman. -- Rozier accueilli avec enthousiasme à l'Île-de-France. -- Paroles que lui adresse Vincent. -- Retour de _la Belle-Poule_ et de _l'Atalante_ à l'Île-de-France. -- Observations astronomiques faites par Puget et par moi devant Rodrigue. -- Elles confirment nos doutes sur la situation exacte de cette île. -- Sur notre rapport, un hydrographe est envoyé à Rodrigue par la colonie. -- Les résultats qu'il obtient sont conformes aux nôtres. -- Quarante-cinq navires de commerce ennemis capturés par nos corsaires, malgré les treize vaisseaux de ligne, les quinze frégates et les corvettes qu'entretenaient les Anglais dans l'Inde. -- Séjour prolongé à l'Île-de-France. -- Les colons. -- M. de Bruix, les Pamplemousses, le Jardin Botanique. -- MM. Céré, père et fils. -- Paul et Virginie. -- La crevasse de Bernardin de Saint-Pierre. -- Bruits de mésintelligence entre le général Decaen et l'amiral Linois. -- Projets attribués à l'amiral. -- _La Sémillante_ bloquée à Manille. -- _L'Atalante_ reste au port nord-ouest pour quelques réparations. -- Le cap de Bonne-Espérance lui est assigné comme lieu de rendez-vous. -- Les bavardages de la colonie sur l'affaire des trois navires de Colombo. -- M. Bruillac me met aux arrêts. -- Il vient me faire des reproches dans ma chambre.
CHAPITRE VIII 155
SOMMAIRE: Préparatifs de départ de l'Île-de-France. -- Arrivée à bord de Céré fils engagé comme simple soldat. -- Son enthousiasme patriotique et ses sentiments de discipline. -- Au moment de l'appareillage de _la Belle-Poule_, tentative de mutinerie d'une partie de l'équipage. -- Admirable conduite de M. Bruillac. Ses officiers l'entourent. L'ordre se rétablit. -- Paroles que m'adresse le commandant en reprenant son porte-voix pour continuer l'appareillage. -- _Le Marengo_ et _la Belle-Poule_ se dirigent vers les Seychelles. -- Mouillage à Mahé. -- Mahé de la Bourdonnais et Dupleix. -- But de notre visite aux Seychelles. -- M. de Quincy. -- Un gouverneur qui tenait encore sa commission de Louis XVI. -- Un homme de l'ancienne cour. -- Chasse de chauve-souris à la petite île Sainte-Anne. -- Danger que mes camarades et moi nous courons. -- Le «chagrin». -- Les caïmans. -- De Mahé, la division se rend aux îles d'Anjouan. -- Croisière à l'entrée de la mer Rouge. -- Croisière sur la côte de Malabar, devant Bombay. -- Aucune rencontre. -- Dommage causé indirectement au commerce anglais. -- Pendant mon quart, _la Belle-Poule_ est sur le point d'aborder _le Marengo_. -- L'équipage me seconde d'une façon admirable et j'en suis profondément touché. -- L'abordage est évité. -- Réflexions sur le don du commandement. -- Mes diverses fonctions à bord, officier de manoeuvre du commandant, chargé de l'instruction des aspirants, des observations astronomiques, des signaux. -- M. Bruillac m'avait proposé de me décharger de mon quart et de le confier à un aspirant. J'avais refusé. Pendant toute la durée de la campagne, je ne manquai pas un seul quart. -- Visite des abords des îles Laquedives et des îles Maldives. -- En approchant de Trinquemalé, rencontre de deux beaux vaisseaux de la Compagnie des Indes. -- Manoeuvre du commandant Bruillac contrariée par l'amiral. -- Un des vaisseaux se jette à la côte et nous échappe. -- À la suite d'une volée que lui envoie, de très loin, _la Belle-Poule_, l'autre se rend. -- C'était _le Brunswick_, que l'amiral expédie en lui donnant pour premier rendez-vous la baie de Fort-Dauphin (île de Madagascar) et False-bay pour le second. -- Continuation de la croisière à l'entrée de la mer de l'Inde. -- Après avoir traversé cette mer dans le voisinage des îles Andaman, la division se dirige vers la Nouvelle-Hollande, et aux environs du Tropique, elle remet le cap vers l'ouest. Nous nous trouvons alors, par un temps de brume, à portée de canon de onze bâtiments anglais, que l'on prend pour onze vaisseaux de la Compagnie. -- L'amiral attaque avec résolution. -- Ces bâtiments portaient trois mille hommes de troupes, qui font un feu de mousqueterie parfaitement nourri. -- Les voiles de _la Belle-Poule_ sont criblées de projectiles. -- M. Bruillac et moi nous avons nos habits et nos chapeaux percés en plusieurs endroits. -- Le vaisseau de 74 canons, _le Blenheim_, qui escortait les dix autres bâtiments, parvient enfin à se dégager. -- Intrépidité et habileté du commandant Bruillac. -- _La Belle-Poule_ canonne _le Blenheim_, pendant une demi-heure, sans être elle-même atteinte. -- Elle lui tue quarante hommes. -- L'amiral qui se trouvait un peu sous le vent, signale au commandant Bruillac de cesser le combat et de le rejoindre. -- La division reprend sa direction vers le Fort-Dauphin. -- En passant près de l'Île-de-France. -- «Elle est pourtant là sous Acharnar.» -- Nous ne trouvons pas _le Brunswick_ à Fort-Dauphin. -- Traversée du canal de Mozambique. -- Changement des moussons. -- La terre des Hottentots.
CHAPITRE IX 169
SOMMAIRE: False-bay et Table-bay. -- Partage de l'année entre les coups de vent du sud-est et les coups de vent du nord-ouest. -- Nous mouillons à False-bay. -- Excellent accueil des Hollandais. -- Nous faisons nos approvisionnements. -- Arrivée du _Brunswick_ avec un coup de vent du sud-est. -- Naufrage du _Brunswick_. -- Croyant la saison des vents du sud-est commencée, nous nous hâtons de nous rendre à Table-bay. -- Arrivée de _l'Atalante_ à Table-bay. -- La division est assaillie par un furieux coup de vent du nord-ouest en retard sur la saison. -- Trois bâtiments des États-Unis d'Amérique, trompés comme nous, vont se perdre à la côte. -- _La Belle-Poule_ brise ses amarres. -- Elle tombe sur _l'Atalante_, qu'elle entraîne. -- Le naufrage paraît inévitable. -- Sang-froid et résignation de M. Bruillac. -- L'ancre à jet de M. Moizeau. -- _La Belle-Poule_ est sauvée. -- _L'Atalante_ échoue sur un lit de sable sans se démolir. -- On la relève plus tard, mais ses avaries n'étant pas réparées au moment de notre départ, nous sommes obligés de la laisser au Cap. -- _Le Marengo_ et _la Belle-Poule_ quittent le cap de Bonne-Espérance, peu avant la fin de l'année 1805. -- Visite de la côte occidentale d'Afrique. -- Saint-Paul de Loanda, Saint-Philippe de Benguela, Cabinde, Doni, l'embouchure du Zaïre ou Congo, Loango. -- Capture de _la Ressource_ et du _Rolla_ expédiés à Table-bay. -- En allant amariner un de ces bâtiments, _la Belle-Poule_ touche sur un banc de sable non marqué sur nos cartes. Elle se sauve; mais ses lignes d'eau sont faussées et sa marche considérablement ralentie. -- Relâche à l'île portugaise du Prince. -- La division se dirige ensuite vers l'île de Sainte-Hélène. -- But de l'amiral. -- Quinze jours sous le vent de Sainte-Hélène. -- À notre grand étonnement, aucun navire anglais ne se montre. -- Apparition d'un navire neutre que nous visitons. -- Fâcheuses nouvelles. -- Prise du cap de Bonne-Espérance par les Anglais. -- _L'Atalante_ brûlée, de Belloy tué, Fleuriau gravement blessé. -- Le gouverneur de Sainte-Hélène averti de notre présence probable dans ses parages. -- Tous les projets de l'amiral Linois bouleversés par ces événements. -- Sa situation très embarrassante. -- Le cap sur Rio-Janeiro. -- La leçon de portugais que me donne M. Le Lièvre. -- Changement de direction. -- En route vers la France. -- Un mois de calme sous la ligne équinoxiale. -- Vents contraires qui nous rejettent vers l'ouest. -- Le vent devient favorable. -- Hésitations de l'amiral. -- Où se fera l'atterrissage? À Brest, à Lorient, à Rochefort, au Ferrol, à Cadix, à Toulon? -- État d'esprit de l'amiral Linois. -- Son désir de se signaler par quelque exploit avant d'arriver en France. -- Le 13 mars 1806, à deux heures du matin, nous nous trouvons tout à coup près de neuf bâtiments. -- M. Bruillac et l'amiral. -- Est-ce un convoi ou une escadre? -- La lunette de nuit de M. Bruillac, les derniers rayons de la lune les trois batteries de canons. Ordre de l'amiral d'attaquer au point du jour. -- Dernière tentative de M. Bruillac. -- Manoeuvre du _Marengo_. -- _La Belle-Poule_ le rallie et se place sur l'avant du vaisseau à trois-ponts ennemi. -- Ce dernier souffre beaucoup; mais, à peine le soleil est-il entièrement levé, que _le Marengo_ a déjà cent hommes hors de combat. -- L'amiral Linois et son chef de pavillon, le commandant Vrignaud, blessés. -- L'amiral reconnaît son erreur. -- Il ordonne de battre en retraite et signale à _la Belle-Poule_ de se sauver; le trois-ponts fortement dégréé; mais deux autres vaisseaux anglais ne tardent pas à rejoindre _le Marengo_, qui est obligé de se rendre à neuf heures du matin. -- L'escadre anglaise composée de sept vaisseaux et de deux frégates. -- La frégate _l'Amazone_ nous poursuit. -- Marche distinguée; néanmoins elle n'eût pas rejoint _la Belle-Poule_ avant son échouage sur la côte occidentale d'Afrique. -- Combat entre _la Belle-Poule_ et _l'Amazone_. -- À dix heures et demie, la mâture de la frégate anglaise est fort endommagée, et elle nous abandonne; mais nous avons de notre côté des avaries. -- Deux vaisseaux ennemis s'approchent de nous, un de chaque côté. -- Deux coups de canon percent notre misaine. -- Gréement en lambeaux, 8 pieds d'eau dans la cale, un canon a éclaté à notre bord et tué beaucoup de monde. -- M. Bruillac descend dans sa chambre pour jeter à la mer la boîte de plomb contenant ses instructions secrètes. -- Il me donne l'ordre de faire amener le pavillon. -- Transmission de l'ordre à l'aspirant chargé de la drisse du pavillon. -- Commandement: «Bas le feu!» -- L'équipage refuse de se rendre. J'envoie prévenir le commandant, qui remonte, radieux, sur le pont. -- Le pavillon emporté par un boulet. -- Le chef de timonerie Couzanet (de Nantes), en prend un autre sur son dos, le porte au bout de la corne et le tient lui-même déployé. -- Autres beaux faits d'armes de l'aspirant Lozach, du canonnier Lemeur, du matelot Rouallec et d'un grand nombre d'autres. -- Le vaisseau anglais de gauche, _le Ramilies_, s'approche à portée de voix sans tirer. -- Son commandant, le commodore Pickmore, se montre seul et nous parle avec son porte-voix. «Au nom de l'humanité.» -- M. Bruillac, s'avance sous le pavillon et ordonne à Couzanet de le jeter à la mer. -- _La Belle-Poule_ se rend au _Ramilies_. -- L'escadre du vice-amiral Sir John Borlase Warren. -- Prisonniers. -- Rigueur de l'empereur pour les prisonniers. -- Mon frère sain et sauf. -- La grand'chambre de _la Belle-Poule_ après le combat.
CHAPITRE X 185
SOMMAIRE: Le commandant Parker, à bord de _la Belle-Poule_. -- Un commandant de vingt-huit ans. -- Belle attitude de Delaporte. -- Avec mon frère, Puget et Desbordes, je passe sur le vaisseau _le Courageux_ commandé par M. Bissett. -- Le lieutenant de vaisseau Heritage, commandant en second. -- Le lieutenant de vaisseau Napier, arrière-petit-fils de l'inventeur des Logarithmes. -- Ses sorties inconvenantes contre l'empereur. -- Je quitte la table de l'état-major, et j'exprime à M. Heritage mon dessein de manger désormais dans ma chambre et de m'y contenter, s'il le faut, de la ration de matelot. -- Intervention de M. Bissett. -- Il me fait donner satisfaction. -- Je reviens à la table de l'état-major. -- La croisière de l'escadre anglaise. -- Armement des navires anglais. -- Coup de vent. -- Avaries considérables qui auraient pu être évitées. -- Communications de l'escadre avec le vaisseau anglais, _le Superbe_, revenant des Antilles. -- Encore un désastre pour notre Marine. -- Destruction de la division que notre amiral Leissègues commandait aux Antilles, par une division anglaise sous les ordres de l'amiral Duckworth. -- Portrait de Nelson suspendu pendant l'action dans les cordages. -- Les bâtiments de l'amiral Duckworth, fort maltraités, étaient rentrés à la Jamaïque pour se réparer. -- L'amiral se rendait en Angleterre à bord du _Superbe_. -- Le même jour, un navire anglais, portant pavillon parlementaire, traverse l'escadre. -- Mon ami Fleuriau, aspirant de _l'Atalante_. -- Télégraphie marine des Anglais. -- J'imagine un système de télégraphie que, peu de temps après, j'envoyai en France. -- L'amiral Warren renonce à sa croisière. -- M. Bruillac réunit tous les officiers de _la Belle-Poule_, et nous faisons en corps une visite à l'amiral Linois, qui était encore fort souffrant. Il nous adresse les plus grands éloges sur notre belle défense. -- L'amiral Warren. -- Le combat contre la frégate _la Charente_. -- Quiberon. -- Relâche à Sâo-Thiago (îles du Cap Vert). -- Arrivée à Portsmouth, après avoir eu le crève-coeur de longer les côtes de France. -- Soixante et un jours en mer avec nos ennemis.