LIVRE III
LA CAPTIVITÉ EN ANGLETERRE
CHAPITRE PREMIER 193
SOMMAIRE: Les vaisseaux de la Compagnie des Indes mouillés à Portsmouth célèbrent notre capture en tirant des salves d'artillerie. -- Bons procédés de l'amiral Warren et de ses officiers. -- L'état-major du _Courageux_ nous offre un dîner d'adieu. -- Franche et loyale déclaration de Napier. -- Le perroquet gris du Gabon, que j'avais donné à Truscott, l'un des officiers du _Courageux_. -- Le «cautionnement» de Thames. -- Détails sur la situation des officiers prisonniers vivant dans un «cautionnement». -- Lettre navrante que je reçois de M. de Bonnefoux. -- M. Bruillac me réconforte. -- Lettre de ma tante d'Hémeric. -- Mes ressources pécuniaires. -- Mon plan de vie, mes études, la langue et la littérature anglaises. -- Visite, que nous font, à Thames, M. Lambert (de _l'Althéa_) et sa femme. -- Le souhait exprimé autrefois par M. Lambert se trouve réalisé. -- Il tient parole et nous fête pendant huit jours. -- Il nous dit qu'il espère bien voir un jour M. Bonaparte prisonnier des Anglais. -- Nous rions beaucoup de cette prédiction. -- Avant de repartir pour Londres, M. Lambert apprend à Delaporte sa mise en liberté, qu'il avait obtenue à la suite de démarches pressantes et peut-être de gros sacrifices d'argent. -- Delaporte avait commandé _l'Althéa_ après sa capture. -- Départ de cet admirable Delaporte que j'ai eu la douleur de ne plus revoir. -- Description de Thames. -- Les ouvriers des manufactures. -- Leur haine contre la France, entretenue par les journaux. -- Leur conduite peu généreuse vis-à-vis des prisonniers. -- La bourgeoisie. -- Relations avec les familles de MM. Lupton et Stratford. -- M. Litner. -- Agression dont je suis victime, un jour, de la part d'un ouvrier. -- Rixe entre Français et ouvriers. -- Le sang coule. -- Je conduis de force mon agresseur devant M. Smith, commissaire des prisonniers. -- État d'esprit de M. Smith. -- Il m'autorise cependant à me rendre à Oxford pour porter plainte. -- Visite à Oxford. -- Le château de Blenheim. -- Le magistrat me répond qu'il ne peut entamer une action entre un Anglais et un prisonnier de guerre. -- Retour à Thames. -- Scène violente entre M. Smith et moi. -- Plainte que j'adresse au Transport Office contre M. Smith. -- Réponse du Transport Office. -- M. Smith reçoit l'ordre de me donner une feuille de route pour un autre cautionnement nommé Odiham, situé dans le Hampshire, et de me faire arrêter et conduire au ponton, si je n'étais pas parti dans les vingt-quatre heures. -- Ovation publique que me font les prisonniers en me conduisant en masse jusqu'à l'extrémité du cautionnement, c'est-à-dire jusqu'à un mille. -- Ma douleur en me séparant de mon frère et de tous mes chers camarades de _la Belle-Poule_. -- Autre sujet d'affliction. -- Miss Harriet Stratford. -- Souvenir que m'apporte M. Litner. -- Émotion que j'éprouve.
CHAPITRE II 205
SOMMAIRE: J'arrive à Odiham, en septembre 1806. -- La population d'Odiham. -- Les prisonniers. -- Je trouve parmi eux mon ami Céré. -- Je suis l'objet de mille prévenances. -- La Société philharmonique, la loge maçonnique, le théâtre des prisonniers, son grand succès. -- La recherche de la paternité en Angleterre. -- L'aventure de l'officier de marine français, Le Forsoney. -- Ne pouvant payer la somme de 600 francs environ destinée à l'entretien de l'enfant mis à l'hospice, il allait être emprisonné. -- Je lui prête la somme dont il avait besoin; affectueuse reconnaissance de Le Forsoney, qui écrit à sa famille et ne tarde pas à s'acquitter vis-à-vis de moi. -- Une maxime de M. Le Lièvre, agent d'administration de _la Belle-Poule_. -- En juin 1807 un amateur de musique, M. Danley, m'emmène secrètement passer une journée à Windsor. -- Je vois, sur la terrasse du château, le roi Georges III, la reine, quatre de leurs fils, leur fille Amélie. -- Le château de Windsor. -- Nous rentrons à Odiham, où nul ne s'était douté de mon absence. -- Je commets l'imprudence de raconter mon équipée à deux de mes camarades dans la rue, devant ma porte, sous les fenêtres d'une veuve qui, ayant été élevée en France, connaissait parfaitement notre langue. -- La bonne d'enfants, Mary. -- Le billet trouvé par la veuve. -- Énigme insoluble expliquée par notre conversation. -- Articles de journaux qui me donnent, à mon tour, une énigme à deviner. -- Dénonciation au Transport Office. -- L'écriture du billet à Mary, rapprochée de celle d'une lettre de moi à mon frère. -- M. Shebbeare, agent des prisonniers, à Odiham, reçoit l'ordre de me faire arrêter sur-le-champ et partir le lendemain sous escorte pour les pontons de la rade de Chatham. -- Mon indignation. -- D'après les règlements j'étais seulement passible d'une amende d'une guinée, et encore à condition que quelqu'un se fût présenté pour réclamer cette guinée, comme prix de sa dénonciation. -- Petit coup d'État de la police. -- M. Shebbeare, agent des prisonniers à Odiham, ses excellents procédés à mon égard. -- Il me laisse en liberté jusqu'au lendemain. -- À l'heure dite, je me présente chez lui. -- Il me remet entre les mains d'un agent de la police. -- Les pistolets de l'agent. -- Digression sur Rousseau, aspirant de 1re classe pris dans l'affaire de Sir T. Duckworth. -- Son héroïsme. -- Lettre qu'il avait écrite au Transport Office pour reprendre sa parole d'honneur. -- Au moment où je quittais à mon tour Odiham, on venait de le conduire sur les pontons. -- L'hôtel du Georges, la voiture à mes frais. -- Je me sauve par la fenêtre de l'hôtel. -- Mystification de l'agent aux pistolets. -- Joie des prisonniers. -- Hilarité des habitants. -- La nuit close, je me rends dans une petite maison habitée par des Français. -- J'y reste caché trois jours. -- Une jeune fille de seize ans, Sarah Cooper, vient m'y prendre le soir du troisième jour, et elle me conduit par des voies détournées à Guilford, capitale du Surrey, distante de six lieues d'Odiham. -- Dévouement de Sarah Cooper. -- De Guilford une voiture me conduit à Londres, tandis qu'une autre ramène Sarah à Odiham. -- Je descends à Londres à l'hôtel du café de Saint-Paul. -- Dès le lendemain, grâce à des lettres que m'avait remises Céré et qu'il tenait d'une Anglaise, j'avais acheté un extrait de baptême ainsi que l'ordre d'embarquement d'un matelot hollandais nommé Vink, matelot sur _le Telemachus_, qui avait Hambourg pour lieu de destination. -- Le capitaine, qui était seul dans le secret, m'autorise à rester à terre jusqu'au jour de l'appareillage. -- Je passe trente et un jours à Londres, et je visite la ville et les environs. -- Départ de Londres du _Telemachus_. -- L'un des passagers, le jeune lord Ounslow. -- Il me prend en amitié. -- Les vents et les courants nous contrarient pendant cinq jours. -- Nous atteignons Gravesend. -- Au moment où _le Telemachus_ partait enfin, un canot venant de Londres à force de rames, l'aborde. -- Un agent de police en sort et demande M. Vink. -- Mon arrestation. -- Offres généreuses de lord Ounslow. -- Je suis jeté à fond de cale dans le bâtiment où étaient gardés les malfaiteurs pris sur la Tamise. -- J'y reste deux jours. -- Affreuse promiscuité. -- Plus d'argent. -- Le canot du ponton _le Bahama_, de la rade de Chatham.
CHAPITRE III 218
SOMMAIRE: _Le Bahama._ -- Rencontre de Rousseau évadé du ponton de Portsmouth, repris au milieu de la Manche et conduit sur _le Bahama_ trois jours auparavant. -- Façon dont les prisonniers du _Bahama_ accueillaient les nouveaux arrivants: «Il filait 6 noeuds! avale ça, avale ça!» Cette mystification nous est épargnée à Rousseau et à moi. -- Chatham et Sheerness. -- Cinq pontons mouillés sur la Medway, entre Chatham et Sheerness, sous une île inculte et vaseuse. -- Description détaillée du ponton. Cette description se passe de commentaires. -- La nourriture; l'habillement. -- Les lieutenants de vaisseau qui commandaient les pontons étaient, en général, le rebut de la Marine anglaise. -- La garnison du ponton. -- Les officiers de corsaires à bord des pontons; il y en avait une trentaine sur _le Bahama_. -- Leur poste près de la cloison de l'infirmerie. -- Rousseau y avait été admis. -- L'antipathie violente des officiers de corsaires pour les officiers du «grand corps». -- La majorité décide, cependant, qu'on m'accueillera. -- La minorité se venge en m'adressant des lazzis. -- Mon explication courtoise, mais ferme, avec l'un des membres de cette minorité, Dubreuil. -- Je m'en fais un ami. -- La masse des prisonniers veut m'astreindre aux corvées communes. -- Je refuse. -- Mon grade doit être respecté. -- Des menaces me sont faites; mais la majorité ne tarde pas à se ranger de mon côté. -- Première tentative d'évasion. -- Les soldais anglais nous vendent tout ce que nous voulons. -- Le projet des barriques vides. -- Rousseau, inventeur du projet. -- Les cinq prisonniers dans les cinq barriques. -- Rousseau, moi, Agnès, Le Roux, officiers de corsaires, le matelot La Lime. -- Les cinq barriques sont hissées de la cale et placées dans une allège avec les autres destinées à renouveler la provision d'eau du _Bahama_. -- Le vent et la marée contrarient l'allège; elle n'entre pas dans le port ce jour-là et est obligée de mouiller à mi-chemin. -- L'équipage de l'allège va coucher à terre. -- La Lime, dont la barrique avait été mise par erreur au fond de la cale, nous appelle. -- Le petit mousse laissé à bord. -- Il donne l'éveil. -- Nous sommes pris. -- Ramenés au ponton. -- Dix jours de black-hole. -- Le black-hole est un cachot de 6 pieds seulement dans tous les sens où l'air ne parvient que par quelques trous ronds très étroits. -- La punition supplémentaire de la réduction à la demi-ration jusqu'à réparation complète des dégâts. -- Conduite honteuse de l'Angleterre. -- L'esprit de solidarité des prisonniers. -- Seconde tentative d'évasion. -- À ma grande joie, ma malle m'arrive d'Odiham. -- Je réalise une dizaine de guinées en vendant ma montre et divers effets. -- Un certain nombre de prisonniers âgés et paisibles sont envoyés dans une prison à terre. -- Rousseau, moi, et deux autres, nous nous substituons à quatre d'entre eux en leur payant leurs places et en nous grimant; nous espérons nous évader en route. -- Nous partons. Le lendemain, le roulage fait une réclamation à l'occasion de ma malle. -- Un appel sévère a lieu. On nous ramène Rousseau et moi au ponton. -- Les deux autres s'évadent et arrivent en France. -- Ma malle m'avait perdu. -- Trois matelots de Boulogne, récemment faits prisonniers, sont embarqués sur le _Bahama_. Ils préparent sans tarder leur évasion. -- Ils font un trou à fleur d'eau en avant de l'une des guérites qui avoisinaient la proue. -- Ils se jettent dans l'eau glacée, un soir de décembre. L'un d'eux avait des obligations envers M. de Bonnefoux, préfet maritime de Boulogne. Il me propose de m'emmener et jure de me conduire à terre. Je crains de les perdre et je refuse. -- Le trou appartenait à tous un quart d'heure après leur départ. -- Un tirage au sort avait eu lieu. Rousseau avait le nº 5. -- Le nº 2 manque périr de froid et crie au secours. -- Il est remis à bord par les Anglais. -- Le cadavre du nº 1 paraît le lendemain, à marée basse, à moitié enfoui dans les vases de l'île; le malheureux était mort de froid. -- Le commandant du ponton n'a pas honte de le laisser à cette même place jusqu'à ce qu'il tombe en putréfaction. -- Quant aux trois Boulonnais, ils se sauvent et rentrent dans leurs familles. -- Le lieutenant de vaisseau Milne, commandant du _Bahama_. -- Ses goûts crapuleux. -- À deux reprises, le feu prend dans ses appartements pendant des orgies. -- La seconde fois, l'incendie se propage rapidement. -- Dangers graves que courent les prisonniers enfermés dans la batterie. -- Milne, en état d'ivresse, ordonne aux troupes de faire feu sur nous en évacuant les meurtrières, si le feu se propage jusque-là. -- Heureusement l'incendie est éteint. -- Grave querelle parmi les prisonniers. -- L'officier de corsaire Mathieu blesse un soldat prisonnier qui l'insulte et prend du tabac malgré lui dans sa boutique. -- Nous réussissons, non sans peine, à faire évader Mathieu par l'infirmerie. -- Compromis qui intervient. -- Le tribunal arbitral dont je suis le président. -- La séance du tribunal. -- Scène burlesque. -- La sentence. -- L'ordre se rétablit.
CHAPITRE IV 233
SOMMAIRE: -- Au mois de mars 1808. -- Troisième tentative d'évasion; je suis l'auteur du projet, et je m'associe Rousseau et Peltier, aspirant qui vivait dans l'entrepont avec des matelots de son pays. -- La yole du radeau. -- Pendant les tempêtes, la sentinelle du radeau obligée de remonter sur le pont. -- Je perce le ponton à la hauteur des sabords et non pas à la flottaison, comme l'avaient fait les Boulonnais. -- Une nuit de gros temps, à deux heures du matin, je me laisse glisser sur le radeau à l'aide d'une corde. Rousseau, puis Peltier, me suivent. -- L'officier de corsaire, Dubreuil, glisse généreusement cinq guinées en or dans ma chemise au moment où je quitte le ponton. -- Nous nous emparons de la yole et quittons le bord sans être aperçus des sentinelles. -- Nous abordons sur le rivage Nord de la rade et passons la journée dans un champ de genêts. -- La nuit suivante, nous nous remettons en route. Rencontre d'un jeune paysan. -- Peltier a la tête un peu égarée. -- En marche vers la Medway. -- Grande charité de l'Anglais Cole. Il nous reçoit dans sa maison et nous fait traverser la rivière en bateau. -- La grande route de Chatham à Douvres. -- Canterbury. -- Nos provisions. -- La mer. -- La terre de France à l'horizon. -- Châteaux en Espagne. -- Douvres. -- Depuis le départ des Boulonnais, toutes les embarcations sont cadenassées et dégarnies de mâts et d'avirons. -- Exploration infructueuse sur la côte. -- À Folkestone, nous sommes reconnus. -- Nous nous sauvons chacun de notre côté en nous donnant rendez-vous à Canterbury. -- Le lendemain soir, nous nous retrouvons. -- En route sur Odiham. -- Cruelles souffrances endurées pendant nos courses. -- La soif. -- Jeunes bouleaux entaillés par Rousseau. -- Nous atteignons Odiham un soir, à la nuit close, et nous sommes accueillis par un Français nommé R... -- Repos pendant huit jours. -- Céré et Le Forsoney nous procurent tout ce que nous désirions. -- Au moment où nous allions nous mettre en route, la police nous arrête chez M. R... -- En prison. -- Le billet de Sarah. -- Tentative d'évasion. -- Mis aux fers comme des forçats. -- Paroles du capitaine polonais Poplewski. -- Soupçons qui atteignent M. R... -- Céré le provoque. -- M. R... grièvement blessé. -- Nous quittons Odiham. -- Je ne devais revoir ni Le Forsoney ni Céré. -- Histoire de Céré: Sa mort. -- L'escorte qui nous ramène au ponton. -- Précautions prises pour nous empêcher de nous échapper. -- L'escorte de Georges III. -- Projet de supplique. -- Quatre jours à Londres dans la prison dite de Savoie. -- Les déserteurs anglais. -- Les onze cents coups de schlague de l'un d'eux. -- Fâcheuse compagnie. -- Arrivée à Chatham, le 1er mai 1808. -- Magnifique journée de printemps. -- _Le Bahama._ -- Les dix jours de black-hole.
CHAPITRE V 247
SOMMAIRE: -- Exaspération des prisonniers du _Bahama_. -- Réduits à la demi-ration après notre évasion. -- Projet de révolte. -- Disputes et querelles. -- Lutte de Rousseau contre un gigantesque Flamand. -- Les prisonniers ne reçoivent que du biscuit, à cause du mauvais temps. -- Ils réclament ce qui leur est dû, et déclarent qu'ils ne descendront pas du parc avant de l'avoir reçu. -- Milne appelle du renfort. -- Il ordonne de faire feu; mais le jeune officier des troupes de Marine, qui commande le détachement, empêche ses soldats de tirer. -- Je monte sur le pont en parlementaire. -- Je n'obtiens rien. -- Stratagème dont je m'avise. -- À partir de ce jour, les esprits commencent à se calmer. -- Nouvelles tentatives d'évasion. -- Milne emploie des moyens usités dans les bagnes. -- Ses espions. -- Nouvelle agitation à bord. -- Audacieuse évasion de Rousseau. -- Il se jette à l'eau en plein jour en se couvrant la tête d'une manne. -- Il est ramené sur _le Bahama_. -- Tout espoir de nous échapper se dissipe. -- La population du ponton. -- Sa division en classes: les Raffalés, les Messieurs ou Bourgeois, les Officiers. -- Subdivision des Raffalés, les Manteaux impériaux. -- Le jeu. -- Rations perdues six mois d'avance. -- Extrême rigueur des créanciers. -- Révoltes périodiques des débiteurs. -- Abolition des dettes par le peuple souverain. -- Nos distractions. -- Ouvrages en paille et en menuiserie. -- Le bois de cèdre du _Bahama_. -- Ma boîte à rasoirs. -- Je me remets à l'étude de la flûte. -- Les projets de Rousseau. -- La civilisation des Iroquois. -- Charmante causerie de Rousseau, les bras appuyés sur le bord de mon hamac. -- Je lui propose de commencer par civiliser le ponton. -- Nous donnons des leçons de français, de dessin, de mathématiques et d'anglais. -- J'étudie à fond la grammaire anglaise. -- _Le Bahama_ change de physionomie. -- Conversions miraculeuses; le goût de l'étude se propage. -- Le bon sauvage Dubreuil. -- Sa passion pour le tabac. -- La fumée par les yeux. -- En juin 1809, après vingt mois de séjour au ponton, je reçois une lettre de M. de Bonnefoux par les soins de l'ambassadeur des États-Unis. -- Cet ambassadeur, qui avait été reçu à Boulogne par M. de Bonnefoux, obtient du Gouvernement anglais ma mise au cautionnement. -- Je quitte le ponton et me sépare, non sans regrets, de Rousseau, de Dubreuil et de mes autres compagnons d'infortune.
CHAPITRE VI 267
SOMMAIRE: Le cautionnement de Lichfield. -- La patrie de Samuel Johnson. -- Agréable séjour. -- Tentatives infructueuses que je fais pour procurer à Rousseau les avantages du cautionnement. -- Je réussis pour Dubreuil. -- Histoire du colonel Campbell et de sa femme. -- Le lieutenant général Pigot. -- Arrivée de Dubreuil à Lichfield. -- Un déjeuner qui dure trois jours. -- Notre existence à Lichfield. -- Les diverses classes de la société anglaise. -- La classe des artisans. -- L'agent des prisonniers. -- Sa bienveillance à notre égard. -- Visite au cautionnement d'Ashby-de-la-Zouch. -- Courses de chevaux. -- Visite à Birmingham, en compagnie de mon hôte le menuisier Aldritt et de sa famille. -- J'entends avec ravissement la célèbre cantatrice Mme Catalani. -- Les Français de Lichfield. -- L'aspirant de marine Collos. -- Mes pressentiments. -- Le cimetière de Thames. -- Les vingt-huit mois de séjour à Lichfield. -- Le contrebandier Robinson. -- Il m'apprend, au nom de M. de Bonnefoux, que j'ai été échangé contre un officier anglais et que je devrais être en liberté. -- Il vient me chercher pour me ramener en France. -- Il m'apprend qu'un de ses camarades, Stevenson, fait la même démarche auprès de mon frère, qui, lui aussi, a été échangé. -- Mes hésitations; je me décide à partir. -- J'écris au bureau des prisonniers. J'expose la situation et je m'engage à n'accepter aucun service actif. -- Robinson consent à se charger de Collos, moyennant 50 guinées en plus des 100 guinées déjà promises. -- La chaise de poste. -- Arrivée au petit port de pêche de Rye. -- Cachés dans la maison de Robinson. -- Le capitaine de vaisseau Henri du vaisseau _le Diomède_ sur lequel Collos avait été pris. -- Il se joint à nous. -- Cinquante nouvelles guinées promises à Robinson. -- Au moment de quitter la maison de Robinson à onze heures du soir, M. Henri donne des signes d'aliénation mentale, et ne veut plus se mettre en route. Je lui parle avec une fermeté qui finit par faire impression sur lui. -- Nous nous embarquons et nous passons la nuit couchés au fond de la barque de Robinson. -- Ce dernier met à la voile le lendemain matin et passe la journée à mi-Manche en ralliant la côte d'Angleterre quand des navires douaniers ou garde-côtes sont en vue. -- Coucher du soleil. -- Hourrah! demain nous serons à Boulogne ou noyés. -- La chanson mi-partie bretonne, mi-partie française du commandant Henri. -- Terrible bourrasque pendant toute la nuit. -- Le feu de Boulogne. La jetée. -- La barque vient en travers de la lame. -- Grave péril. -- Nous entrons dans le port de Boulogne le 28 novembre 1811. -- La police impériale. -- À la préfecture maritime. -- Brusque changement de situation. -- M. de Bonnefoux m'annonce que je viens d'être nommé lieutenant de vaisseau. -- Robinson avant de quitter Boulogne apprend, par un contrebandier de ses amis, le malheur arrivé à mon frère et à Stevenson. -- Ils avaient été arrêtés au moment où ils s'embarquaient à Deal. -- Le ponton _le Sandwich_ voisin du _Bahama_ en rade de Chatham. -- Départ de M. Henri pour Lorient, de Collos pour Fécamp. -- Je séjourne dix-neuf jours chez mon cousin et je quitte Boulogne avec un congé de six mois pour aller à Béziers.