LIVRE IV
APRÈS MA RENTRÉE EN FRANCE. MA CARRIÈRE MARITIME DE 1811 À 1824
CHAPITRE PREMIER 273
SOMMAIRE: Séjour à Paris; mes camarades de _l'Atalante_, de _la Sémillante_, du _Berceau_, du _Bélier_. -- Visite au ministère. -- Le roi de Rome. -- J'assiste à une revue de 4.000 hommes passée par l'Empereur dans la cour du Carrousel. -- Les théâtres de Paris en 1811. -- Arrivée à Marmande. -- Joie de mon père. -- Son chagrin de la catastrophe de mon frère. -- Lettre écrite par lui au ministère de la Marine. -- Mon père constate le triste état de ma santé. -- Il presse lui-même mon départ pour Béziers. -- Ma tante d'Hémeric et ma soeur sont épouvantées à mon aspect. -- On me croit poitrinaire. -- Traitement de notre cousin le Dr Bernard. -- Pendant un mois on interdit toute visite auprès de moi et on me défend de parler. -- Affectueux dévoûment de ma soeur. -- Au bout de trois mois j'avais définitivement repris le dessus. -- Excellents conseils que me donne le Dr Bernard pour l'avenir. -- Ordre de me rendre à Anvers pour y être embarqué sur le vaisseau _le Superbe_. -- Lettre que j'écris au ministère. -- Tous les Bourbons sont-ils morts? -- Récit que j'ai l'occasion de faire à ce sujet. -- Avertissement qui m'est donné par le sous-préfet. -- À la fin de mon congé, je pars pour Paris, en compagnie de mon ami, M. de Lunaret fils, auditeur à la Cour d'appel de Montpellier. -- Nous passons par Nîmes, Beaucaire, Lyon. -- Nouveau séjour à Paris. -- J'obtiens, non sans peine, d'être débarqué du vaisseau _le Superbe_. -- Décision ministérielle en vertu de laquelle les officiers de Marine revenus spontanément des cautionnements seront employés au service intérieur des ports. -- M. de Bonnefoux passe à la préfecture maritime de Rochefort. -- Je suis attaché à son état-major ainsi que Collos, nommé enseigne de vaisseau. -- Visite que je fais à Angerville à la mère de Rousseau. -- État des esprits en 1812. -- Mécontentement général. -- Société charmante que je trouve à Rochefort. -- Excellentes années que j'y passe jusqu'à la Restauration en 1814. -- Missions diverses que me donne M. de Bonnefoux. -- Au retour d'une de mes dernières missions, je trouve une lettre de mon ami Dubreuil. Il avait été envoyé en France comme incurable et se trouvait à l'hôpital de Brest inconnu et sans argent. -- J'écris à un de mes camarades de Brest, nommé Duclos-Guyot. -- Je lui envoie une traite de 300 francs et je le prie d'aller voir Dubreuil. -- Nouvelle lettre de Dubreuil pleine d'affectueux reproches. -- J'en suis désespéré. -- J'écris aussitôt à Duclos-Guyot et je reçois presque aussitôt une réponse de ce dernier à ma première lettre. -- Il était absent et, à son retour à Brest, Dubreuil était mort. -- Cette mort m'affecte profondément. -- Séjour d'un mois à Marmande auprès de mon père. -- Voyage aux Pyrénées-Orientales pour affaires de service. -- Je m'arrête de nouveau à Marmande à l'aller et au retour, et j'assiste à Béziers au mariage de ma soeur.
CHAPITRE II 285
SOMMAIRE: 1814. -- Prise de Toulouse et de Bordeaux. -- Rochefort menacé. -- Avènement de Louis XVIII. -- M. de Bonnefoux m'envoie à Bordeaux comme membre d'une députation chargée d'y saluer le duc d'Angoulême et de traiter d'un armistice avec l'amiral anglais Penrose. -- Une lettre m'apprend à Bordeaux que mon père est atteint d'une fluxion de poitrine. -- Je cours à Marmande et je trouve mon père très malade et désespéré à la pensée qu'il ne reverra pas mon frère, que la paix allait lui rendre. -- Il meurt en me serrant la main le 27 avril 1814. Il avait soixante-dix-neuf ans. -- Je suis nommé au commandement de la corvette à batterie couverte _le Département des Landes_ chargée d'aller à Anvers prendre des armes et des approvisionnements. -- Avant mon départ, le duc d'Angoulême nommé grand amiral arrive à Rochefort au cours d'une tournée d'inspection des ports de l'Océan. -- Il y séjourne trois jours. M. de Bonnefoux me nomme commandant en second de la garde d'honneur du Prince. -- Je mets à la voile et me rends à Anvers. -- Au retour, une tempête me force de reprendre le Pas-de-Calais que j'avais retraversé et de chercher un abri à Deal, à Deal où, naguère, j'étais errant et traqué comme un malfaiteur. -- Je pars de Deal avec un temps favorable mais au milieu de la Manche un coup de vent me jette près des bancs de la Somme. -- Dangers que court la corvette. Je force de voiles autant que je le puis afin de me relever. -- Après ce coup de vent, je me dirige vers Brest. -- Un pilote venu d'Ouessant me jette sur les Pierres Noires. -- Une toise de plus sur la gauche, et nous coulions. -- Je fais mettre le pilote aux fers et je prends la direction du bâtiment qui faisait beaucoup d'eau. -- La corvette entre au bassin de radoub. -- Le pilote jugé et condamné. -- J'apprends à Brest une promotion de capitaines de frégate qui me cause une vive déception. -- Ordre inattendu de réarmer la corvette pour la mer. -- Je demande mon remplacement. Fausse démarche que je commets là. -- Je quitte Brest et _le Département des Landes_. -- Arrivée à Rochefort où je trouve mon frère, licencié sans pitié par le Gouvernement de la Restauration. -- Il passe son examen de capitaine de la Marine marchande et part pour les États-Unis où il réussit à merveille. -- Voyage de M. de Bonnefoux à Paris. -- Il fait valoir les raisons de santé qui m'ont conduit à demander mon remplacement. -- On lui promet de me donner le commandement de _la Lionne_ et de me nommer capitaine de frégate avant mon départ. -- Le retour de l'Île d'Elbe empoche de donner suite à ce projet. -- Pendant les Cent-Jours, je reste chez moi. -- L'empereur, après Waterloo, vient s'embarquer à Rochefort et passe cinq jours chez le préfet maritime. -- Disgrâce de M. de Bonnefoux. -- Je suis, par contre-coup, mis en réforme. -- Je songe à obtenir le commandement d'un navire marchand et à partir pour l'Inde. -- On me décide à demander mon rappel dans la marine. -- Je l'obtiens et je suis attaché comme lieutenant de vaisseau à la Compagnie des Élèves de la Marine à Rochefort. -- Grand malheur qui me frappe au commencement de 1817. Je perds ma femme. -- Après un séjour dans les environs de Marmande chez M. de Bonnefoux, je vais à Paris solliciter un commandement. -- Situation de la Marine en 1817. -- Je suis nommé Chevalier de Saint-Louis. -- Retour à Rochefort. -- Je me remarie à la fin de 1818. -- En revenant de Paris, je retrouve à Angerville, Rousseau, mon camarade du ponton. -- Histoire de Rousseau.
CHAPITRE III 297
SOMMAIRE: -- L'avancement des officiers de marine sous la seconde Restauration. -- Conditions mises à cet avancement. -- Un an de commandement. -- En 1820, je suis désigné par le préfet maritime de Rochefort pour présider à l'armement de la corvette de charge, _L'Adour_ qui venait d'être lancée à Bayonne. -- En route pour Rochefort. -- Le pilote-major. -- À Rochefort. -- La corvette est désarmée. Il me manque trois mois de commandement. -- La frégate _l'Antigone_ désignée pour un voyage dans les mers du Sud. -- Je suis attaché à son État-major. -- Je demande un commandement qui me permette de remplir les conditions d'avancement. -- Je suis nommé au commandement de _la Provençale_, et de la station de la Guyane. -- Le bâtiment allait être lancé à Bayonne. -- Mon brusque départ de Rochefort. -- Maladie de ma femme. La fièvre tierce. -- Mon arrivée à Bayonne. -- Accident qui s'était produit l'année précédente pendant que je commandais _l'Adour_. -- Mes projets en prenant le commandement de _la Provençale_, mes _Séances nautiques_ ou _Traité du vaisseau à la mer_. -- Le _Traité du vaisseau dans le port_ que je devais plus tard publier pour les élèves du collège de Marine. -- La Barre de Bayonne. -- Tempête dans le fond du golfe de Gascogne. -- Naufrage de quatre navires. Avaries de _la Provençale_. -- Relâche à Ténériffe. -- Traversée très belle de Ténériffe à la Guyane en dix-sept jours. -- Mes observations astronomiques. -- M. de Laussat, gouverneur de la Guyane. -- Je lui montre mes instructions. -- Mission à la Mana, à la frontière ouest de la côte de la Guyane. -- Je rapporte un plan de la rade, de la côte, de la rivière de la Mana. -- Conflit avec le gouverneur à propos d'une punition que j'inflige à un homme de mon bord. -- Lettre que je lui écris. -- Invitation à dîner. -- Mission aux îles du Salut en vue de surveiller des Négriers. -- Sondes et relèvements autour des îles du Salut. -- Mission à la Martinique, à la Guadeloupe et à Marie-Galande. -- La fièvre jaune. -- Retour à la Guyane. -- Navigation dangereuse au vent de Sainte-Lucie et de la Dominique. -- Les Guyanes anglaise et hollandaise. -- Surinam, ancienne possession française, abandonnée par légèreté. -- Arrivée à Cayenne. -- Le nouveau second de _La Provençale_, M. Louvrier. -- Je le mets aux arrêts. -- Mon entrevue avec lui dans ma chambre. -- Je m'en fais un ami. -- Arrivée à Cayenne. -- Mission à Notre-Dame de Belem sur l'Amazone. -- Les difficultés de la tâche. -- Mes travaux hydrographiques. -- Le _Guide pour la navigation de la Guyane_ que fait imprimer M. de Laussat d'après le résultat de mes recherches. -- M. Milius, capitaine de vaisseau, remplace M. de Laussat comme gouverneur de la Guyane. -- L'ordre de retour en France. -- Je fais réparer _la Provençale_. -- Pendant la durée des réparations, je fréquente la société de Cayenne. -- _La Provençale_ met à la voile. -- La Guerre d'Espagne. -- Je crains que nous ne soyons en guerre avec l'Angleterre. -- Précautions prises. -- Le phare de l'île d'Oléron. -- Le feu de l'île d'Aix. -- Le 23 juin 1823, à deux heures du matin, _la Provençale_ jette l'ancre à Rochefort. -- Mon rapport au ministre. -- Travaux hydrographiques que je joins à ce rapport.
CHAPITRE IV 315
SOMMAIRE: -- Je suis remplacé dans le commandement de _la Provençale_, et je demande un congé pour Paris. -- Promotion prochaine. -- Visite au ministre de la Marine, M. de Clermont-Tonnerre. -- Entrevue avec le directeur du personnel. -- Nouvelle et profonde déception. -- Je suis nommé Chevalier de la Légion d'honneur, mais je ne suis pas compris dans la promotion. -- Invitation à dîner chez M. de Clermont-Tonnerre. -- Après le dîner, la promotion est divulguée. -- Tous les regards fixés sur moi. -- Au moment où je me retire, le ministre vient me féliciter de ma décoration. Je saisis l'occasion de me plaindre de n'avoir pas été nommé capitaine de frégate. -- Le ministre élève la voix. Paroles que je lui adresse au milieu de l'attention générale. -- Le lendemain le directeur du personnel me fait appeler. -- Reproches peu sérieux qu'il m'adresse. Il m'offre, de la part du ministre, le choix entre le commandement de _l'Abeille_, celui du _Rusé_, et le poste de commandant en second de la compagnie des élèves, à Rochefort. J'accepte ces dernières fonctions. -- Arrivée à Rochefort. -- Séjour à Rochefort pendant la fin de l'année 1823 et les sept premiers mois de 1824. -- Voyage à Paris pour l'impression de mes _Séances nautiques_. -- Le jour même de mon arrivée à Paris, le 4 août 1824, je suis nommé, à l'ancienneté, capitaine de frégate. -- Mes anciens camarades Hugon et Fleuriau. -- Fleuriau, capitaine de vaisseau, aide de camp de M. de Chabrol, ministre de la Marine. -- Il m'annonce que le capitaine de frégate, sous-gouverneur du collège de Marine à Angoulême, demande à aller à la mer. -- Il m'offre de me proposer au ministre pour ce poste. -- J'accepte. -- Entrevue le lendemain avec M. de Chabrol. -- Gracieux accueil du ministre. -- Je suis nommé. -- Nouvelle entrevue avec le ministre. -- Il m'explique que je serai presque sans interruption gouverneur par intérim. M. de Gallard gouverneur de l'école de Marine.