Conclusion
Ici finit, avec le semestre, la première partie de ces mémoires.
J’ai passé, depuis, bien des mois et des années au lycée de Châtillon ; il n’y en a pas qui m’aient laissé des souvenirs plus vivants et plus chers que ce temps d’initiation. De cette époque datent les impressions les plus décisives, les habitudes et les amitiés qui ont eu le plus d’influence sur les événements subséquents de ma vie. C’est pourquoi j’ai tenu à en noter les incidents principaux, où plus d’un jeune lecteur peut-être aura retrouvé l’image, affaiblie sans doute, mais fidèle encore, des émotions que lui ont causé hier ou que lui causeront demain des débuts analogues.
Ces premiers pas que l’on fait au collège ont, en réalité, une importance si capitale, – de la direction qu’y prend l’enfant, dès le principe, dépendent à un si haut degré le bonheur et le succès, non seulement de sa vie scolaire, mais de toute sa carrière à venir, – qu’on me pardonnera de m’être étendu, peut-être outre mesure, sur cette phase initiale.
Je rattraperai le temps perdu en sautant à pieds joints sur plusieurs années.
L’enfant entre au lycée à l’état de chrysalide et doit en sortir à l’état de papillon. La période de transformation est si insensiblement graduée pour lui-même, qu’en vérité, quand j’essaie de me reporter à ces années intermédiaires, je ne retrouve plus que des lueurs incertaines et des souvenirs tronqués.
Autant mes impressions premières sont restées nettes et fidèles, autant celles qui les suivent immédiatement deviennent confuses. Les mois et les semestres se mêlent alors dans ma mémoire, et, dans cet étrange personnage aux pantalons toujours trop courts, aux mouvements brusques et maladroits, qui s’est si promptement hâté de se croire un grand garçon, pour s’apercevoir tous les six mois qu’il n’était encore qu’un gamin, – j’ai peine à reconnaître le petit bonhomme que j’étais, en passant pour la première fois sous l’œil de lynx du père Barbotte.
Aussi n’essaierai-je pas de lutter contre ces défaillances de ma mémoire.
La seconde partie de ce journal transportera le lecteur sur une scène à la fois plus vaste et plus rapprochée de l’heure présente.
Laissant de côté le cours régulier de mes classes, paisiblement poursuivies à Châtillon-sur-Lèze, côte à côte avec les mêmes camarades, je franchirai d’emblée une période de six années, pour arriver à la fin de mes études qu’il m’était réservé de terminer à Paris.
Le lecteur sera peut-être aussi surpris que je le fus moi-même d’y rencontrer quelques-unes des figures avec lesquelles il a déjà fait connaissance. Tout ce qu’il m’est permis de souhaiter, c’est qu’il y trouve un peu du plaisir que j’en éprouvai pour mon compte personnel.
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Une édition
Achevé d'imprimer en France le 5 Novembre 2016.