II
Quand Mme Bordas eut fait toutes les fêtes de notre voisinage, lenvie lui vint de sessayer dans les villes.
Là, comme au village, la Montelaise fit florès. Elle chantait la Pologne avec son drapeau à la main; elle y mettait tant dâme, tant de frisson, quelle faisait frémir.
En Avignon, à Cette, à Toulouse, à Bordeaux, elle était adorée du peuple. Tellement quelle se dit:
-- Maintenant, il ny a plus que Paris!
Elle monta donc à Paris. Paris est lentonnoir qui aspire tout. Là comme ailleurs, et plus encore, elle fut lidole de la foule.
Nous étions aux derniers jours de lEmpire; la châtaigne commençait à fumer, et Mme Bordas chanta la _Marseillaise_. Jamais cantatrice navait dit cet hymne avec un tel enthousiasme, une telle frénésie; les ouvriers des barricades crurent voir, devant eux, la liberté resplendissante, et Tony Réveillon, un poète de Paris, disait, dans la journal :
_Elle nous vient de la Provence, Où soufflent les vents de la mer, Où lon respire léloquence, Tout enfant, en respirant lair. Tous les bras sont tendus vers elle... Nous te saluons, ô Beauté: Pour suivre tes pas, immortelle, Nous quitterons notre Cité. Tu nous mèneras aux frontières, A ton moindre geste soumis, Car tous les peuples sont nos frères, Et les tyrans nos ennemis_.