Chapitre 10 SOLITUDE, MAL DONT NUL NE SAURAIT GUÉRIR
Sans doute le malheur vint-il de ce que j’acceptai de croire que tout se trouverait simplifié si, de ceux qui m’attiraient, je parvenais à faire des objets. Ainsi fut obstinément, et en vain d’ailleurs, tentée une transsubstantiation, dont au reste, si elle avait été parfaite, je n’eusse été capable de me contenter.
À la vérité, le mystère demeure. La peau ne m’a rien révélé. J’ai enfin appris que les contours charnels ne marquent point de frontières, et que les corps auront beau se prêter, l’apaisement ne sera point chose de l’esprit.
La lumière demeure froide qui accuse des systèmes voluptueux ou cruels.
Comment ne point s’exaspérer ?
À force de me sentir seul, je me découvre méchant.
S’il m’arrive de le nier, le lendemain, je suis bien forcé d’en convenir. Mais parfois, au milieu de tous les minutieux instruments d’analyse qui les ont si bien combinés, les plaies des âmes, les malheurs de chairs n’exhalent même plus cette odeur chaude et qui, fétide, encore enivre.
Alors tout se fait algèbre, même pour mes sens.
Équation de peau sur les divans, lettres et chiffres humains se joignent, changent de place, cherchent des notions d’égalité, sans d’ailleurs paraître beaucoup s’amuser.
Je puis m’accuser d’avoir trop souvent et trop volontiers parlé d’amour. J’ai tout de même le droit de dire qu’il m’arriva de le faire. Hélas ! au sein de mes sauvageries, demeure une politesse — forme de l’ennui, n’est-ce pas, La Bruyère ? — qui me défend contre certaines grandes joies et douleurs. Nonobstant, je vais écrire, pour la tentation des innocents :
JE + X sur Y = jolie partouse.
Mais que cette partouse ait au moins le mérite de nous fixer un peu sur les besoins et les possibilités de la matière humaine.
Pour moi je ne trouve pas que la division en races blanche, noire, jaune soit, à dire le vrai, bien satisfaisante.
Je vois deux classes :