‹ Mon noviciat, ou les joies de LolotteChapitre 1 sur 26 · Tome 1 · 00

Tome 1 · 00

Je me pique d’être un Démocrate de la première force. Depuis notre heureuſe révolution je n’avais pas imprimé une ſeule ligne qui ne fût concernant les affaires du tems : je me flatte qu’il eſt ſorti de mes preſſes plus de douze milliers peſant d’injures contre la Nobleſſe, la Cour & le Clergé, & plus peſant encore d’éloges des admirables opérations de notre auguſte Aſſemblée Nationale.

Je ſuis donc infiniment au-deſſus de ces miſérables Typographes qu’on voit deſcendre à l’impreſſion de futilités telles que des vers, ou des Romans. Mais celui-ci, que le haſard a fait tomber dans mes mains, m’a paru pouvoir faire exception, & je me ſuis d’autant plus volontiers chargé de l’imprimer, que le manuſcrit ne m’a rien coûté.

Une Dame (aſſez jolie pour une Ariſtocrate, & qui fuyait du côté de la Suiſſe) l’oublia ſur ſa table de nuit dans une auberge. Il paraît que cette Dame était elle-même l’auteur, car elle avait encore oublié, dans le manuſcrit ouvert, un crayon &, juſqu’à cet endroit, il y avoit, au crayon, pluſieurs corrections aux marges & dans les interlignes.

On me conſulta pour ſavoir ſi cela valait la peine de n’aller point au feu. Nous ſommes connaiſſeurs nous autres ; nous avons tant lu ! Pour mon compte, j’en aurais revendu aux Cenſeurs-royaux, lorſqu’il y en avait encore.

Je trouvai l’ouvrage dont il eſt ici queſtion, ariſtocratique à trente-ſix carats, quoiqu’il ne contienne pas une ſeule ſyllabe de politique : mais il était néanmoins bon à publier, parce qu’il peint au naturel la dépravation de mœurs de ces vilains Nobles (& leur ſequelle) que nous avons ſi ſagement chaſſés pour jamais de notre France.

Je me ſuis donc déterminé civiquement à faire les frais de cette édition, trop heureux (dût-il m’en coûter quelque perte) ſi la vue de tant d’images licencieuſes, de nature à ſoulever le cœur de tout bon Démocrate, peut envenimer encore la patriotique haine que nous devons, en francs-nationaux, à ces vrais pourceaux d’Epicure, que notre inconteſtable ſouveraineté nous a mis ſi légitimement en droit de dépouiller, piller, vexer, proſcrite & dégrader.

N. B. Si dans le cours de l’Ouvrage je trouvais bon de jetter quelque note de ma façon, je ne manquerai pas d’y ajouter, note de l’Éditeur.

Page 1