‹ Monsieur chasse !Chapitre 40 sur 46 · Scène IX

Scène IX

LES MÊMES, CASSAGNE

Cassagne, sur le seuil de la porte de droite

Dis donc, tu ne m’oublies pas ?

Duchotel

Hein ?… Mais non ! mais non !

Cassagne (4), à Léontine (2)

Ah ! madame ! Je voulais vous dire. (Bas à Duchotel (3). Tu vas voir ! (Haut à Léontine.) Je n’avais pas bien saisi votre question, tout à l’heure, à propos de la chasse. Mais je crois bien que nous avons chassé ensemble, Duchotel et moi !

Duchotel, sursautant

Hein ?

Léontine, railleuse

Vraiment ?

Moricet, à part

Il a la main heureuse !

Duchotel, haut, à Cassagne

Mais non, voyons… tais-toi donc… Qu’est-ce que tu vas raconter avec ta chasse ?…

Cassagne

Comment, mais !…

Duchotel, avec aplomb

Mais non, ma femme sait très bien que nous n’avons pas chassé ensemble. Qu’est-ce que tu as besoin de dire des mensonges !

Cassagne, ahuri

Oh ! mais voyons, c’est toi qui…

Duchotel

Mais non, mais non ! (Aux autres, se tournant vers eux et les bras croisés.) Est-il menteur, hein ? (À Cassagne.) Allons, ça suffit, va par là.

Cassagne

Oh ! mais on ne sait jamais sur quel pied danser avec toi.

Duchotel

Eh bien, c’est bien, ne danse pas… qui est-ce qui te prie de danser et va par là…

Cassagne, se laissant pousser

Oh ! la, la, la, la !… Mais tu penseras, n’est-ce pas, quand le commissaire sera là ?

Duchotel, le poussant

Mais oui, mais oui !

Cassagne, au moment de sortir

Oh ! quelle girouette ! (Maugréant en patois.) D’jamaï d’jamaï naï vi coumaquo ! rascaï qué sies !

Duchotel, referme brusquement la porte sur Cassagne, puis sans quitter le pas de la porte, se retournant vers les autres, froidement après un petit temps

Je n’ai jamais vu un coup de soleil pareil.

Léontine, adossée contre la table du milieu, sur un ton détaché

Quel est le commissaire dont parle monsieur Cassagne ?

Duchotel, allant à elle

Hein ? Le… ah ! ça… oh ! rien ! c’est pour une affaire à lui ! une affaire sans importance !… sa femme qui a été pincée en flagrant délit.

Léontine, même jeu

Avec vous !

Duchotel, étourdiment sur le même ton

Avec moi !… (Se reprenant.) Euh ! non, qu’est-ce que tu me fais dire ? « Avec moi ! » Est-ce que le mari serait ici si c’était avec moi ?

Léontine

Alors, chez quelle maîtresse alliez-vous donc ?

Duchotel

Moi ? je n’allais pas chez une maîtresse.

Léontine, haussant les épaules

Allons donc, vous n’allez pas me raconter des choses pareilles !

Duchotel

Mais je t’assure ! Une maîtresse, moi !… jamais de la vie ! Enfin, Moricet ?

Moricet, qui pendant ce qui précède est allé s’asseoir près de la cheminée, presque dos au public

Je ne sais pas, mon ami, je ne sais pas.

Duchotel, entre ses dents

Merci !

Léontine

Alors, pourquoi ces chasses simulées ?

Duchotel

Hein ? Ah ! ça c’est une surprise… une surprise que je voulais te faire.

Léontine

Ah ! ouat !

Duchotel

Parole, une petite maison au bord de la mer que je voulais te louer.

Léontine

Allons donc, vous n’auriez pas fait tant de mystère, il y a une histoire de femme là-dessous.

Duchotel

Mais non, une maison, je te dis, une petite maison… il n’y a pas de femme dessous.

Léontine, avec une indignation lyrique

Et moi, pendant ce temps, j’attendais naïve et confiante au domicile conjugal.

Duchotel

Non, mais… Léontine…

Léontine

C’est que moi, je suis une femme honnête !… Je suis une femme fidèle, moi !… (À Moricet.) N’est-ce pas, Moricet ?

Moricet, toujours assis

Oui, oui !

Duchotel

Mais moi aussi ! Je suis une… je suis un… (À Moricet.) N’est-ce pas, Moricet ?

Moricet, à la « je m’en fiche »

Oui, oui !

Léontine

C’est que moi, je n’ai jamais cherché à tromper mon mari… Moi ! (À Moricet.) N’est-ce pas, Moricet ?

Moricet

Oh ! non !

Duchotel

Eh ! bien, moi je n’ai jamais songé à tromper ma femme… moi ! (À Moricet.) N’est-ce pas, Moricet.

Moricet, pour concilier les deux parties

Mais non, mais non ! Vous êtes fidèles tous les deux ! là !

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