Scène IX
LES MÊMES, CASSAGNE
Cassagne, sur le seuil de la porte de droite
Dis donc, tu ne m’oublies pas ?
Duchotel
Hein ?… Mais non ! mais non !
Cassagne (4), à Léontine (2)
Ah ! madame ! Je voulais vous dire. (Bas à Duchotel (3). Tu vas voir ! (Haut à Léontine.) Je n’avais pas bien saisi votre question, tout à l’heure, à propos de la chasse. Mais je crois bien que nous avons chassé ensemble, Duchotel et moi !
Duchotel, sursautant
Hein ?
Léontine, railleuse
Vraiment ?
Moricet, à part
Il a la main heureuse !
Duchotel, haut, à Cassagne
Mais non, voyons… tais-toi donc… Qu’est-ce que tu vas raconter avec ta chasse ?…
Cassagne
Comment, mais !…
Duchotel, avec aplomb
Mais non, ma femme sait très bien que nous n’avons pas chassé ensemble. Qu’est-ce que tu as besoin de dire des mensonges !
Cassagne, ahuri
Oh ! mais voyons, c’est toi qui…
Duchotel
Mais non, mais non ! (Aux autres, se tournant vers eux et les bras croisés.) Est-il menteur, hein ? (À Cassagne.) Allons, ça suffit, va par là.
Cassagne
Oh ! mais on ne sait jamais sur quel pied danser avec toi.
Duchotel
Eh bien, c’est bien, ne danse pas… qui est-ce qui te prie de danser et va par là…
Cassagne, se laissant pousser
Oh ! la, la, la, la !… Mais tu penseras, n’est-ce pas, quand le commissaire sera là ?
Duchotel, le poussant
Mais oui, mais oui !
Cassagne, au moment de sortir
Oh ! quelle girouette ! (Maugréant en patois.) D’jamaï d’jamaï naï vi coumaquo ! rascaï qué sies !
Duchotel, referme brusquement la porte sur Cassagne, puis sans quitter le pas de la porte, se retournant vers les autres, froidement après un petit temps
Je n’ai jamais vu un coup de soleil pareil.
Léontine, adossée contre la table du milieu, sur un ton détaché
Quel est le commissaire dont parle monsieur Cassagne ?
Duchotel, allant à elle
Hein ? Le… ah ! ça… oh ! rien ! c’est pour une affaire à lui ! une affaire sans importance !… sa femme qui a été pincée en flagrant délit.
Léontine, même jeu
Avec vous !
Duchotel, étourdiment sur le même ton
Avec moi !… (Se reprenant.) Euh ! non, qu’est-ce que tu me fais dire ? « Avec moi ! » Est-ce que le mari serait ici si c’était avec moi ?
Léontine
Alors, chez quelle maîtresse alliez-vous donc ?
Duchotel
Moi ? je n’allais pas chez une maîtresse.
Léontine, haussant les épaules
Allons donc, vous n’allez pas me raconter des choses pareilles !
Duchotel
Mais je t’assure ! Une maîtresse, moi !… jamais de la vie ! Enfin, Moricet ?
Moricet, qui pendant ce qui précède est allé s’asseoir près de la cheminée, presque dos au public
Je ne sais pas, mon ami, je ne sais pas.
Duchotel, entre ses dents
Merci !
Léontine
Alors, pourquoi ces chasses simulées ?
Duchotel
Hein ? Ah ! ça c’est une surprise… une surprise que je voulais te faire.
Léontine
Ah ! ouat !
Duchotel
Parole, une petite maison au bord de la mer que je voulais te louer.
Léontine
Allons donc, vous n’auriez pas fait tant de mystère, il y a une histoire de femme là-dessous.
Duchotel
Mais non, une maison, je te dis, une petite maison… il n’y a pas de femme dessous.
Léontine, avec une indignation lyrique
Et moi, pendant ce temps, j’attendais naïve et confiante au domicile conjugal.
Duchotel
Non, mais… Léontine…
Léontine
C’est que moi, je suis une femme honnête !… Je suis une femme fidèle, moi !… (À Moricet.) N’est-ce pas, Moricet ?
Moricet, toujours assis
Oui, oui !
Duchotel
Mais moi aussi ! Je suis une… je suis un… (À Moricet.) N’est-ce pas, Moricet ?
Moricet, à la « je m’en fiche »
Oui, oui !
Léontine
C’est que moi, je n’ai jamais cherché à tromper mon mari… Moi ! (À Moricet.) N’est-ce pas, Moricet ?
Moricet
Oh ! non !
Duchotel
Eh ! bien, moi je n’ai jamais songé à tromper ma femme… moi ! (À Moricet.) N’est-ce pas, Moricet.
Moricet, pour concilier les deux parties
Mais non, mais non ! Vous êtes fidèles tous les deux ! là !