Scène X
LES MÊMES, BABET, puis GONTRAN
Babet, annonçant au fond
Monsieur Gontran !
Tous, tressaillant
Gontran !…
Gontran, s’arrêtant au fond et se croisant les bras avec un hochement de tête plein de malice gamine
Ah ! ça, qu’est-ce que vous faisiez donc, cette nuit, 40, rue d’Ath… ?…
Tous, bondissant
Oh ! (Toux générale, pour étouffer la voix de Gontran.) Hum ! hum ! hum !
Duchotel, qui est remonté vivement en passant par la droite de la table et est allé à Gontran
Ah ! ce bon Gontran !
Léontine, qui, suivie de Moricet, a esquissé le même mouvement que Duchotel vers le fond, mais est arrivée trop tard pour atteindre Gontran, redescendant ainsi que Moricet par la gauche de la table et courant à Gontran
Ah ! Gontran, vous voilà ! (Elle lui saisit la main droite et le tire à elle. Duchotel le retire, de son côté. Léontine le retire à elle, aidée de Moricet. À Duchotel.) Mais ne le tirez donc pas comme ça !
Duchotel, à Léontine, tout en tirant Gontran à lui
Mais c’est toi qui le tires !
Léontine, tirant à elle
Moi !
Moricet
Du tout, c’est toi !
Léontine, même jeu
Enfin, lâche-le donc !
Duchotel, même jeu
Mais toi aussi !
Gontran, ahuri et absolument écartelé,
tiré qu’il est de part et d’autre
Mais qu’est-ce qu’il y a ?…
Duchotel, profitant de la chose pour entraîner Gontran à droite avant que Léontine ait pu revenir sur lui, vivement et à voix basse.
Pas un mot de cette nuit ! Cinq cents francs pour toi !
Léontine, qui a couru après Gontran, le rattrapant et l’entraînant à gauche, bas et vivement
Pas un mot de cette nuit ! Vous aurez les cinq cents francs que vous demandiez.
Gontran, agréablement surpris
Tiens ! Tiens !
Duchotel, après un temps, à Léontine
Eh ! ben ?… (Léontine et Moricet le regardent.) Voilà, je l’ai lâché !
Léontine
Eh bien ?… moi aussi !
Duchotel
Ah ! oui !
Moricet, après un temps
Du moment que tu le lâches, nous le lâchons !
Duchotel
Oui ! oui !
Duchotel, après un temps, comme si on lui avait parlé
Quoi ?
Léontine, étonnée et souriant
Rien ?
Duchotel
Ah ?
Moricet
Non !
Duchotel
Je croyais. (Les yeux au plafond, respirant bruyamment.) Pffu !
Léontine, même jeu
Pffu !
Moricet, même jeu
Pffu !
Gontran, qui les considère les uns après les autres brusquement
Qu’est-ce qu’ils ont ?
Duchotel, après un temps, semblant prendre un brusque parti pour en finir
Là ! (À Gontran.) Eh ! bien, maintenant… on t’a assez vu !
Léontine et Moricet, en chœur
Oui, oui, on l’a assez vu, on l’a assez vu !
Duchotel, le faisant remonter à droite de la table
Oui, nous avons à causer, tu reviendras plus tard.
Gontran
Ah ?
Duchotel, bas à Gontran au fond
Va m’attendre au salon, je te donnerai les cinq cents francs.
Gontran
Bien. (À Léontine.) Adieu, ma tante !
Léontine, qui est remontée par la gauche, allant à lui
Adieu, Gontran. (Bas, et vivement.) Je vous donnerai les cinq cents francs, allez m’attendre au salon !
Gontran
Bien ! (À part, pendant que Léontine redescend.) Au salon, elle aussi… ! (Philosophiquement.) Ah ! bien, ils se rencontreront.
Duchotel (3), à part et rassuré
Là, comme ça, il ne mettra pas les pieds dans le plat !
Léontine (2), bas à Moricet (1)
Nous l’avons échappé belle !
Duchotel, réagissant sur lui-même et pour donner le change à sa femme, prenant un ton badin qui ne trompe personne
On… on a sonné.
Léontine, dans le même sentiment que son mari, avec des petits hochements de tête affirmatifs et un sourire forcé
On a sonné, oui, oui !
Moricet, comme une cinquième roue à un carrosse
On… on a sonné !
Duchotel, même jeu
Qui ça peut-il être ?
Léontine, même jeu, écartant les bras comme une personne qui ne sait pas
Ah !
Moricet, même jeu
Moi non plus !