‹ Monsieur chasse !Chapitre 41 sur 46 · Scène X

Scène X

LES MÊMES, BABET, puis GONTRAN

Babet, annonçant au fond

Monsieur Gontran !

Tous, tressaillant

Gontran !…

Gontran, s’arrêtant au fond et se croisant les bras avec un hochement de tête plein de malice gamine

Ah ! ça, qu’est-ce que vous faisiez donc, cette nuit, 40, rue d’Ath… ?…

Tous, bondissant

Oh ! (Toux générale, pour étouffer la voix de Gontran.) Hum ! hum ! hum !

Duchotel, qui est remonté vivement en passant par la droite de la table et est allé à Gontran

Ah ! ce bon Gontran !

Léontine, qui, suivie de Moricet, a esquissé le même mouvement que Duchotel vers le fond, mais est arrivée trop tard pour atteindre Gontran, redescendant ainsi que Moricet par la gauche de la table et courant à Gontran

Ah ! Gontran, vous voilà ! (Elle lui saisit la main droite et le tire à elle. Duchotel le retire, de son côté. Léontine le retire à elle, aidée de Moricet. À Duchotel.) Mais ne le tirez donc pas comme ça !

Duchotel, à Léontine, tout en tirant Gontran à lui

Mais c’est toi qui le tires !

Léontine, tirant à elle

Moi !

Moricet

Du tout, c’est toi !

Léontine, même jeu

Enfin, lâche-le donc !

Duchotel, même jeu

Mais toi aussi !

Gontran, ahuri et absolument écartelé,
tiré qu’il est de part et d’autre

Mais qu’est-ce qu’il y a ?…

Duchotel, profitant de la chose pour entraîner Gontran à droite avant que Léontine ait pu revenir sur lui, vivement et à voix basse.

Pas un mot de cette nuit ! Cinq cents francs pour toi !

Léontine, qui a couru après Gontran, le rattrapant et l’entraînant à gauche, bas et vivement

Pas un mot de cette nuit ! Vous aurez les cinq cents francs que vous demandiez.

Gontran, agréablement surpris

Tiens ! Tiens !

Duchotel, après un temps, à Léontine

Eh ! ben ?… (Léontine et Moricet le regardent.) Voilà, je l’ai lâché !

Léontine

Eh bien ?… moi aussi !

Duchotel

Ah ! oui !

Moricet, après un temps

Du moment que tu le lâches, nous le lâchons !

Duchotel

Oui ! oui !

Duchotel, après un temps, comme si on lui avait parlé

Quoi ?

Léontine, étonnée et souriant

Rien ?

Duchotel

Ah ?

Moricet

Non !

Duchotel

Je croyais. (Les yeux au plafond, respirant bruyamment.) Pffu !

Léontine, même jeu

Pffu !

Moricet, même jeu

Pffu !

Gontran, qui les considère les uns après les autres brusquement

Qu’est-ce qu’ils ont ?

Duchotel, après un temps, semblant prendre un brusque parti pour en finir

Là ! (À Gontran.) Eh ! bien, maintenant… on t’a assez vu !

Léontine et Moricet, en chœur

Oui, oui, on l’a assez vu, on l’a assez vu !

Duchotel, le faisant remonter à droite de la table

Oui, nous avons à causer, tu reviendras plus tard.

Gontran

Ah ?

Duchotel, bas à Gontran au fond

Va m’attendre au salon, je te donnerai les cinq cents francs.

Gontran

Bien. (À Léontine.) Adieu, ma tante !

Léontine, qui est remontée par la gauche, allant à lui

Adieu, Gontran. (Bas, et vivement.) Je vous donnerai les cinq cents francs, allez m’attendre au salon !

Gontran

Bien ! (À part, pendant que Léontine redescend.) Au salon, elle aussi… ! (Philosophiquement.) Ah ! bien, ils se rencontreront.

Duchotel (3), à part et rassuré

Là, comme ça, il ne mettra pas les pieds dans le plat !

Léontine (2), bas à Moricet (1)

Nous l’avons échappé belle !

Duchotel, réagissant sur lui-même et pour donner le change à sa femme, prenant un ton badin qui ne trompe personne

On… on a sonné.

Léontine, dans le même sentiment que son mari, avec des petits hochements de tête affirmatifs et un sourire forcé

On a sonné, oui, oui !

Moricet, comme une cinquième roue à un carrosse

On… on a sonné !

Duchotel, même jeu

Qui ça peut-il être ?

Léontine, même jeu, écartant les bras comme une personne qui ne sait pas

Ah !

Moricet, même jeu

Moi non plus !

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