‹ Mylord et MyladyChapitre 32 sur 62 · V

V

A dîner ce jour-là, la satisfaction de Sir James et de Lady Dodo fut visible. Deux ou trois fois, ils se parlèrent à voix basse, et le visage gourmé de Sir James trahissait un orgueil satisfait. Reginald les regardait avec étonnement, puis ses yeux allaient de Lady Dorothéa à sa belle-sœur. Celle-ci répondait à sa question muette et semblait dire:

--Voyez-les!...

Le dîner n’en suivit pas moins son cours solennel; on se leva comme de coutume; le café et le thé parurent à leurs heures, et Lady Dodo se consacra au whist de Sir James...

La partie terminée, comme Lady Dorothéa se levait de sa chaise, Reginald, qui l’observait, vit tomber une lettre à terre. Il mit le pied dessus avant qu’elle pût tourner la tête, et saisissant son moment, glissa la lettre dans sa poche. Chacun prit son bougeoir, et l’on se dit bonsoir avec une aménité parfaite.

Sitôt seul, sans s’occuper de l’indiscrétion qu’il commettait et se réservant d’agir avec prudence, Reginald ouvrit la lettre; l’écriture de son frère lui avait sauté aux yeux; voici ce qu’il lut:

«Dear Lady Dorothéa,

«Vous avez fait appel à mon humble science, et je puis vous donner les détails que vous désirez: voici le résumé de mes recherches sur le «strophion», ceinture qui remplaçait le corset pour les dames romaines...»

Ici, Reginald s’arrêta. Suivaient quatre pages serrées de citations traduites du latin... il alla à la fin.

«Pour vous, chère Lady Dorothéa, j’ai été trop heureux de feuilleter mes vieux volumes, comme je serai toujours heureux de faire tout en mon pouvoir, pour plaire à une femme qui est le charme même et la grâce en personne, etc., etc.»

Rien dans cette lettre, sauf la formule un peu ampoulée de la fin, exigée d’ailleurs par la plus simple politesse, rien ne dénotait une autre préoccupation que celle d’un savant enchanté d’avoir à placer des documents.

Aussi, la lecture terminée, Reginald de s’écrier:

--Très-correct, mon vieux James!... Voilà donc le but de la visite de Lady Dorothéa!... Que c’est bien d’elle!... Pourquoi ne pas demander franchement ces renseignements à Sir James... Oui, mais Sir James les eût-il donnés sans ces coquetteries?... Et ces coquetteries sont-elles restées purement scientifiques?... Au diable!... N’approfondissons pas... Cette lettre me donne suffisamment moyen de rassurer ma belle-sœur; n’en demandons pas davantage.

Et remettant lettre et enveloppe dans une seconde enveloppe, l’honnête Reginald écrivit dessus: «Trouvée par terre», et sonnant son valet, lui donna l’ordre de faire remettre immédiatement ce pli à Lady Dorothéa. Puis prenant une autre feuille de papier, il écrivit:

«Dear Maud,

«Dormez en paix! Lady Dorothéa n’a jamais songé qu’à obtenir de votre mari des documents pour son prochain article; je vous en donnerai la preuve demain.

«Votre dévoué,

«REGINALD.»

Et par la même voie, fit remettre cette seconde lettre à la femme de chambre de sa belle-sœur.

A déjeuner le lendemain matin, Reginald pouvait à peine regarder son frère sans rire, en songeant qu’un homme aussi sérieux avait fait des recherches sur le «strophion», ceinture des dames romaines!... Il expliqua tout bas à Lady Pomeroy le contenu de la lettre surprise.

Rassurée, celle-ci entendit néanmoins sans chagrin Lady Dorothéa annoncer son prochain départ.

--Désolée, mon cher Sir James, mais il le faut! J’ai promis lecture d’un nouvel article... Oh! Maud! je vous l’enverrai, quand il sera imprimé; ce sera tout à fait nouveau. Vous le communiquerez, je vous prie, à Mrs Hobart-Moray et au vieux Foley...

Le sujet de cet article ne serait-il pas le «strophion»? dit Lady Pomeroy, sans lever les yeux...

Lady Dodo partit le jour même.

Sir James est plus imposant que jamais!

YACHTING

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